17/03/2010

Et si vous votiez sur un seul tour?

Je dis "vous", parce que moi, hein... Je pêche à la ligne en eaux troubles, désormais.

J'entends tout un chacun pleurnicher les taux d'abstention exorbitants constatés ce dernier week-end. Chacun y va de son explication. Ce seraient les gens de la vraie gauche, désespérés qu'on ne trouve plus de "vrais candidats de gauche" capables de mettre en place une "vraie politique de gauche" dans ce pays. Cette argumentation, entendue chez le vieux coco Claude Cabannes, m'apparait d'autant plus surprenante qu'entre Besancenot, et le PC associé à Mélanchon, cela fait déjà deux façons de se démarquer du PS sans "sombrer dans les extrêmes", étant  entendu que Besancenot ne se situe pas à l'extrême gauche, mais selon l'expression en cours dans tout bon média à la gauche de la gauche, laissant entendre qu'il n'y a d'extrême qu'à droite, ce que j'ai déjà signalé ici comme un des artifices de la langue de bois médiatique.

Une autre explication à ce taux d'abstention record serait, à l'inverse", à trouver dans la désespérance de l'électorat de droite, contrit de la politique d'ouverture voulue par Sarkozy. Egalement étonnant, puisque pour ne pas avoir trois ou quatre transfuges dans un gouvernement de 25, ces électeurs prendraient ouvertement le risque d'avoir une "vraie majorité" de gauche-écolo, en somme une façon de s'auto-punir.

D'autres pensent que c'est la faute à la crise, à la désespérance, et je les prie de ne pas oublier ceux pour qui selon l'expression du cher vieux disparu stalinien Jacques Duclos, tout cela c'est blanc-bonnet et bonnet- blanc.

Il y aurait une autre raison, qui serait peut-être que les gens sont las, fatigués, désabusés, de cette façon même de procéder. Je ne parle évidemment pas des irréductibles anarchistes pour qui, par quelque bout qu'on la prenne, l'élection sera TOUJOURS le piège à cons tant de fois dénoncé, et n'importe "nos parents qui se sont battus pour le droit de vote". Je parle de ceux que ce système désespère (et maire), parce qu'ils savent qu'au premier tour, on manifeste quelque colère inutile avant de se "rattraper" plus sérieusement au deuxième.

C'est pourquoi je trouverais intéressant qu'on instaurât (peut être pas pour la présidentielle, mais pour d'autres types d'élections, nationales comme locales) le vote à un tour. Pour les élections sur une tête (député) le premier arrivé remporte la queue du mickey. Pour les élections par liste (régionales, municipales) celui arrivé en tête prend la majorité, les opposants se partageant un nombre de postes proportionnels à leur score. On me dira que ce système permettra des élus FN. Certes mais d'une part, je ne vois pas ce qui distinguerait ce parti des autres, si antipathique soit-il. Soit il est hors la loi, et on l'interdit, soit il est dans le jeu démocratique et il doit bénéficier des mêmes droits que Lutte Ouvrière ou le Modem. On pourrait estimer que toute liste obtenant de 5 à 10% des voix pourrait être représentée.

On éviterait ainsi les tripatouillages d'entre deux tours, on remobiliserait l'électeur hésitant qui du coup prendrait plus volontiers ses responsabilités. Resteraient les abstentionnistes purs et durs, et les partisans du décompte du vote blanc, dont je n'ai en réalité jamais bien compris leur dessein: une fois qu'on a compté les votes blancs, que fait-on du résultat de plus que ce qui en est fait aujourd'hui? On appelle qui pour représenter ces blancs?

On me dira qu'avec mon système, Pécresse aurait gagné la région ile de france contre Huchon. Pas forcément! Huchon aurait peut-être présenté une liste commune avec les Verts pour que l'union fît la force! Mais au moins l'accord aurait-il été scellé dès le départ, et pas entre deux tours, pour "un arrangement entre amis" qui ne fait guère honneur en réalité aux grandes ambitions politiques.

Le vote à un tour, m'apparait en résumé plus moderne, plus spectaculaire, comme ces matches de Coupe de France qui jadis se faisaient par confrontations "aller-retour", et se jouent désormais "sec", en 90 minutes et éventuellement jusqu'aux tirs aux buts.

Y a des fois, je me verrais bien au Conseil Constitutionnel, moi. Je te remettrais tout ça au boulot...

Bon sang, serais je devenu fasciste s'en m'en rendre compte???

Hier, je me lance dans ma vindicte anti-écolo du soir. J'y pointe qu'en ma qualité immonde d'automobiliste abject, je vis souvent dans Paris un enfer... qui a été largement "amélioré" depuis que mes amis verts ont des responsabilités dans la capitale, et dans la région francilienne.

Se faisant, je n'ignore pas que les exécrables du fn ont fait leur fonds de commerce de la "défense des automobilistes", dénonçant le racket qu'ils subissent "vraiment", notamment par des limitations doublées de radars sur des zones où ils ne se justifient pas, sauf pour gonfler le rendement.

Un de mes bons amis, sur Facebook, réagit à cette diatribe en soulignant, avec évidemment une pointe de cruauté taquine, les points de convergence entre mon coup de gueule et le programme honnis.

Que lui répondre...

Qu'il me laisse en gros les solutions suivantes:

1. assumer le caractère méta-réac de mon propos, et donc admettre que je suis devenu un putain de facho. Infréquentable. A rayer des listes d'amis, virtuels, ET "in real life".

2. me taire et ruminer ma colère, mais dans mon for intérieur seulement, honteux et confus de me sentir rabaissé au niveau de l'infâme.

3. renoncer à prendre ma voiture, perdre en conséquence le temps-qui-est-de-l'argent que je mettrai pour aller voir mes clients, à gagner ma putain de vie, sous prétexte qu'ainsi en ont décidé une frange de tyranneaux modernistes, qui sur-vendent leur soutien électoral en rackettant le parti socialiste, grossissant le poids réel de leurs électeurs par un basique phénomène de levier bien compris. 

4. Ou, comme le suggère mon ami, enfourcher un vélo. Vous m'y voyez, SERIEUSEMENT, à vélo? Et ai-je encore seulement le droit, s'il vous plait, DE NE PAS AIMER FAIRE DU VELO??? Ni vélib, ni VTT, ni cross, ni course, ni hollandais? Ai-je le droit d'être TROP GROS pour ne pas m'imposer ce pensum? Ai-je le droit de ne pas entendre l'injonction que "ce serait bon pour mes coronaires"?

En dehors de ces admonestations, ce que pointe la réaction de mon ami, c'est qu'à partir du moment où le fn souligne un sujet de mécontentement, et s'en empare,  toute personne qui s'exprime dans le même sens devient FORCEMENT suspecte de connivence avec lui. Bientôt, pourra-t-on encore dénoncer les communautarismes sans être taxé de racisme?... Franchement je pense que c'est déjà le cas. Mais bon, le doute subsiste encoçre. Pour un temps.

C'est bien entendu , sur ce point précis, que s'exerce la perversité du débat. On la connait depuis les origines du sophisme.

A dit "x". B dit "x". Donc A=B. 

Comme la réduction d'un propos à sa ressemblance au FN vous disqualifie par "principe moral", il devient dès lors tabou d'aborder tout sujet par lui évoqué. Et voilà comment se construit peu à peu un totalitarisme de la pensée, que je n'appelle même pas pensée unique, puisqu'il est interdit d'exprimer "les autres"... quand bien même elles existent bel et bien.

Pour s'en tenir au seul cas des voitures, la disparition programmée des places de stationnements (même payants) fait d'abord le bonheur des exploitants des parkings souterrains privés, qui augmentent leurs tarifs à tour de bras et jusqu'à la déraison. Dire cela, serait presque être néo-nazi?

Pour moi, je choisis une autre solution: je maintiens mes propos, qui ne me rapprochent en rien de l'idéologie nationaliste, que je déplore. Mais je déplore plus encore cette démocratie qui par amalgames successifs désigne quiconque ne pense pas "dans les clous", comme un suppôt (conscient ou inconscient) du fascisme.

16/03/2010

Remettre ensemble ce qui est épars...

C'est la base d'une certaine philosophie... Difficile à expliquer. Réunir les éléments disjoints pour retrouver l'unité. Et si possible rechercher la quintessence.

On peut s'inspirer de cette démarche, proche de l'alchimie, pour tout un tas de choses quotidiennes, allant des essentielles aux totalement superflues. C'est un exercice souvent "heuristique" , qui permet d'avancer sur sa voie ou sur la réalisation de ses projets. Réunir.

Je viens ainsi de regrouper mes 3 blogs en un seul. Le premier s'appelait "le côté obscur de la Farce", il dura neuf mois, je croyais à l'époque qu'un blog était comme un jeu à durée déterminée, on en arrêtait un, on en reprenait un autre... C'était évidemment une erreur de jugement. Le deuxième, Lao Tseu contre Hervé Resse, était ma tentative éditoriale de combattre "la zen attitude", idée qui a l'époque me gonflait sérieusement les amygdales. Le concept dura trois mois, je m'en lassai, j'arrêtai de bloguer tout l'hiver, puis revint avec ce blog-ci.

J'ai donc importé "toutes les notes", et ce blog devient mon lieu d'expression unique. Encore que non! il reste encore RadioResse.com, où je mettais chaque jour une des bandes musicales de ma vie, d'Edith Piaf à Springsteen, de Tri Yann aux Mothers of Invention, de Johnny Thunders à Michel Delpech. Ce blog a ses quelques nostalgiques, mais cela demandait tellement de temps... nous étions jeunes, alors.: bloguer prenait une vie...

En attendant, je me retrouve avec un lieu unique où sont enfin  regroupées les plus de 2000 notes écrites depuis six ans...

Prochaine étape: transférer tout cela sur word...

Régionales: une nouvelle qui me transporte d'aise

A peine a-t-il été brillamment réélu à la tête de la "région capitale" (rime parfaitement avec la peine du même nom) le bon Président Huchon annonce qu'il ne verra aucun problème à confier la "présidence de la commission Transports" à un élu de son allié Ecologique.

Voilà qui m'encourage forcément, si j'hésitais encore, à me rendre aux urnes ce prochain dimanche, histoire d'apporter ma modeste pierre à cet édifice enthousiasmant !

Ainsi, la suppression d'une file sur les quatre que compte le Périphérique, si souvent envisagée, jamais mise en oeuvre pour on ne sait quelle raison fallacieuse, va-t-elle ENFIN devenir réalité! Déjà surchargé aux heures pleines, le boulevard circulaire deviendra-t-il ce véritable enfer jadis promis, et sans rire, aux automobilistes par l'extravagant Con-Tas-Sot, élu funeste de la Mairie Parisienne.

J'attends de même l'interdiction de la voie sur berges! Le retour du péage à l'entrée de la ville, comme au bon vieux temps du Moyen-âge. La généralisation des aberrations du code, tant appréciées des riverains du Boulevard Port Royal, du quartier Saint Marcel, ou du boulevard Magenta! La confirmation d'un code de la route à deux vitesses, d'autant plus incompréhensible qu'il ne sera en réalité écrit nulle part, qui exonérera par principe chaque cycliste de toute responsabilité, envers lui-même et les autres, l'encourageant implicitement à  foncer plein pot sans regarder ni à gauche ni à droite, ce qu'au reste il fait déjà, convaincu que l'espace public lui appartient, et même n'appartient qu'à lui, tout autre étant un affreux pollueur décadent. Ce qui ne l'empêchera pas, toutefois, de bousculer aussi, le piéton passant à proximité, au mépris de toute réelle éthique écologique qui devrait s'entendre comme un respect mutuel, et non comme une adaptation de la loi de la jungle allant du plus gros, (l'autobus) au plus faible en suivant ce principe premier: quiconque est plus gros que moi n'est qu'un assassin potentiel, mais gare à quiconque est plus faible !

On en finira ensuite avec les parkings à l'air libre, ou le peu qui restent, une fois retirés les espaces livraisons, les parkings vélibs, les places handicapés,  les centaines de mètres dévolus aux taxis qui ne s'y garent jamais sans oublier ceux des autocars de touristes et des transports de fonds, sera réservé à dieu sait quelle autre catégorie d'éxonérés, l'essentiel étant d'interdire à tout travailleur pollueur de pénétrer le sacro-saint intra muros réservé aux seuls nantis bobos, aux sièges sociaux ainsi qu'aux commerçants.

Cet enfer programmé nous rendra forcément moins insupportables ces transports en commun qui pour peu qu'on s'éloigne de cinq a six kilomètres des boulevards extérieurs, vous condamnent à des temps d'attente exorbitants, hiver comme été, pour regagner vos modestes pénates banlieusardes. Les uns s'y entassent quand les autres s'y retrouvent, bien isolés dans la rame, le soir venu, priant tous les saints du calendrier de ne pas voir s'y pointer quelques malfrats en maraude, pour qui le RER est d'abord ce magnifique terrain de jeu, de chasse, et de business lucratif. Mais ces accidents "de parcours", n'interviennent généralement qu'assez tard, et loin du centre ville. Là où ne vont jamais, en sommes les zélés z'élus franciliens.

Bref, si j'attendais d'eux une première bonne nouvelle, je m'estime servi bien au-delà du réel. L'implacable logique écologique poursuit sa route triomphante. J'en salive déjà, car je sais que ces esprits féconds trouveront en plus quelque initiative à laquelle nul sérial killer, aucun rédacteur de polar gore, aucun obsédé du complot extraterreste, et nul accro à l'ergot de seigle, également connu sous le nom de diéthylamide de l'acide lysergique , n'auraient jamais songé pour pourrir la vie de leurs contemporains.

15/03/2010

Tu sais ce qu'elle te dit, ma Planète?..

Ce n'est pas pour me vanter, mais quand en août dernier, cherchant une nouvelle accroche, une base-line inédite pour ce blog entrant dans sa sixième année, je mis le doigt sur cette histoire de "planète" (Mossieur Resse, c'est bon pour ta...), je ne pensais pas toucher avec autant de précision LE poncif ultime, LE stéréotype agissant majeur, depuis lors promis à la plus obsessionnelle des mises à contribution.

Jusqu'à l'absurde et jusqu'à complète saturation... Ta Planète, Notre Planète, ou mieux encore (sa dimension universelle) LA Planète, avec comme dans Pitre, un "P" majuscule, sans doute pour mieux  souligner sa dimension désormais "Sacrée", Iconique.

Planète pour fourguer les voitures quui c'est génial ne polluent plus du tout, Planète pour placer des jean's en coton super éthique, du savon responsable, des parfums équitables. Planète pour des ampoules basse consommation, pour choisir son boeuf, et bientôt ses quatre planches éternelles -mossieur, ce bois de hêtre est super durable, vous y serez au poil pour l'éternité. Planète pour expliquer qu'il faut manger, faire du sport, se laver, faire ses besoins, et l'amour, autrement. "Planète" pour faire entrer dans la tronche de nos chérubins le sacro-saint dogme environnemental... Planète où chaque enfant de chaque classe de chaque école de chaque département de chaque région se retrouve dès la primaire enrôlé dans la Grande Armée des Trieurs de Poubelles. Armée d'analphabètes, certes! mais tous incollables sur les couleurs jaune, bleue, verte, et ce qu'il faut mettre où....

Planète dont chacun va finir par oublier le nom tout simple qu'elle portait en réalité, jusqu'à ce que s'en empare la frénésie compassionnelle ambiante. Terre. La terre est bleue comme une orange, proposait Eluard, et les premiers astronautes confirmèrent de là-haut, l'intuition du poète. Mais TA Planète, elle est quoi? Verte. C'est mieux. Comme la première bouteille de Perrier venue, comme un tire-gommes dans la fouille du costard en velours côtelé de Dany l'ex rouge. Et quelque part, ça devrait faire moins rêver. Mais non. Planète est sur toutes les lèvres.

Mais c'est que chaque évocation vise à nous rappeler d'abord à quel point est malade, comme elle va mal, comme elle souffre, et  pour placer chacun de nous à son chevet, comme autant de bienveillantes infirmières à l'heure du thermomètre. Lui éviter de mourir. En prendre soin. La dorloter. L'antropomorphisme a cessé de s'en prendre aux animaux, ces humains comme les autres, aux plantes à qui il faut parler et faire écouter du Mozart. "La Planète" est désormais cet enfant souffreteux qui nous infantilise, en faisant mine de nous responsabiliser. Et chacun de reprendre à son compte le concept,  fruit des amours coupables dont seuls publicitaires et politiques sont en vérité capables.

Et personne, en face, personne pour leur répondre, à la manière de Zazie (la vraie, celle de la fiction) Planète Mon Cul!!

Dis, tu sais ce qu'elle te dit, "ma" planète??

Splendeur et misères des vilains abstentionnistes...

Faudra-t-il que je commente les 53% et quelques d'abstention au premier tour des Régionales? Tandis que les partis politiques font mine de se désoler de ce désintérêt populaire pour la chose publique, j'entends certains ressortir la vieille théorie soulignant qu'un fort taux d'abstention profite d'abord au front national. Je ne vois pas pourquoi il favoriserait plus ce parti-là que mettons... les écologistes, ou le front de gauche... Est-ce à dire qu'on imagine que tous les vilains fachos votent, que cela relève d'un fait acquis, et que les pêcheurs à la ligne du dimanche se compteraient exclusivement chez les égarés "des partis traditionnels"?

Et si c'était le contraire? Et si parmi les 50% qui seront restés chez eux ce dimanche, figuraient AUSSI des lassés du FN? Des nostalgiques du vieux de Saint Cloud, trouvant un peu momolle sa fifille, un peu trop lisse, pas assez milice?... Et s'il en était, aussi, qui préféraient rester chez eux, plutôt que de se déplacer, de crainte de céder à leur tour, à l'ignoble vote protestataire?...

Qu'est-ce qui nous dit que le grand gagnant de l'abstentionnisme de ce soir, ne fut pas en réalité le mouvement écologique,dont les affidés sont tellement sûrs de leur bon droit, tellement bardés de certitudes, convaincus d'être et sans discussion possible, le bien, le mieux, le bon de ta planète, son avenir et sa sauvegarde... qu'ils ne sauraient jamais, eux, se tromper, renoncer, ou s'abstenir? Droits dans leurs rollers, triomphants sur leurs spads et portant haut le flambeau de l'environnementalement responsable, du durable à donf et de l'équitable insatiable, eux aussi ne sont-ils pas largement favorisés par cette proportionnelle? Ayant découragé tous ceux qui désormais savent que par quelque bout qu'on prenne l'affaire, ils en mangeront jusqu'à plus soif, du brouet tyrannécolo de centre-ville, du dogme éthique, même s'ils en sont saturés jusque là, les Greens peuvent se vanter d'être aujourd'hui, selon toute probabilité, les plus surestimés du jeu politique, au regard de leur implantation réelle (décomptez donc le nombre d'adhérents du parti des Verts, pour voir).Et Cohn Bendit le sait bien, qui faisait ce dimanche le tour des rédactions comme d'autres passent relever les compteurs. Il s'agissait bien de se montrer incontournables, indélogeables, indéracinables. Moins il y aura de votants, plus l'avenir des Verts sera réjouissant, et d'autant plus qu'il saura sur-vendre au PS son poids relatif dans toute coalition.

C'est d'ailleurs par quoi l'abstentionniste est un loup pour lui-même. Baissant les bras devant les militants harceleurs de l'écoloreligion, il renonce à leur porter la contradiction par les urnes, et de ce simple fait leur ouvre en grand les portes des pouvoirs régionaux. On pourrait en dire autant des listes diversitaires qui ont ici et là fleuri, dont les membres n'ont d'autre projet politique que de montrer qu'ils existent, comme s'il y avait une vertu suffisante à être ce que l'on est, autorisant à s'en réclamer pour prétendre aux suffrages de ses congénères. A peine seront-ils élus qu'à ce titre ils exigeront de nouveaux droits, à commencer par celui d'interdire de parler à quiconque ne partage pas leur étrange conception de la démocratie nouvelle. C'est déjà le cas, par parenthèse, de ce club Averroes, qui prétend par une loi interdire de parole les propos qu'ose tenir par exemple le méchant Zemmour, ou quiconque marcherait sur ses brisées. Ou qui viendrait à regretter, comme le fait ces jours-ci Caroline Fourrest, la fin de l'universalisme à l'ancienne...

C'est sans doute pour s'entraîner à ce silence promis aux récalcitrants dans mon genre, que certains renoncent à exercer leur droit citoyen. Profitons-en, avant qu'il devienne bientôt obligatoire, ce dont on ne doute pas. Demain, il ne suffira plus que tous ceux-là me tyrannisent, encore faudra-t-il que parmi tous ceux-là, je choisisse, de gré ou de force, ma bourrelle ou mon bourreau!!

14/03/2010

A l'Atelier, Fabrice Lucchini saluait Philippe Muray

C'était donc hier, vers 15 heures, sur la petite place Charles Dullin, entre Abbesses et Montmartre, un théâtre de poche, mais qu'on allait bientôt retrouver garni jusques aux cintres d'auditeurs attentifs, et pour l'essentiel déjà conquis. Il y avait là, peut-être, tous les admirateurs parisiens de Muray. Pas forcément les plus nombreux, mais bast. Pourquoi vouloir les distinguer de ceux qui manifestement pratiquent de longue date les séances de lectures de Fabrice Lucchini? On se retrouvait entre mauvaises graines, et c'était l'essentiel.

Pour moi, j'avais sérieusement regretté d'avoir manqué ses Fables de la Fontaine... Quelle vie, cette vie... On  y rate tant de rendez-vous plausibles, pour constater ensuite qu'on n'en fait rien de vraiment abouti... N'importe, je n'allais pas louper cette lecture de Muray, tout de même! Et justement... si! J'ai bien failli... sans le message d'un lecteur (qu'il faudra penser à bénir, et sa descendance, pour trois générations AU MOINS), j'allais passer à côté de l'affaire, tout à fait inconscient que l'idée même eût pu jaillir dans le cerveau du comédien... Et à vrai dire, lui-même se déclara surpris qu'elle ait  su rassembler un public "si nombreux, un samedi après midi, veille d'élection..."

Il aura lu cinq ou six longs textes, si j'ai bonne mémoire. Dont le cruellissime "sourire de Ségolène", écrit en 2004, prophétique, comme chaque fois. Mettez vous bien cela dans la tête, Muray est un génie prophétique. Il annonce TOUT ce qui sera notre quotidien avec chaque fois cinq à dix années d'avance.  Ce "sourire qui n'a jamais ri", fait encore plus froid dans le dos, après. Et d'autant plus qu'on songe à toutes "celles zé ceux" qu'il aura bernés, en 2007. Ce sourire de Madone promettant l'Apocalypse du Bien Totalitaire aux foules envapées de Charletty... Voilà en bref extrait, ce qu'en disait Muray, trois ans auparavant... (c'est moi qui graisse, les temps les plus drolatiques ou violents)

Je souris partout est le slogan caché de ce sourire et aussi son programme de gouvernement. C’est un sourire de nettoyage et d’épuration. Il se dévoue pour en terminer avec le Jugement Terminal. Il prend tout sur lui, christiquement ou plutôt ségolènement. C’est le Dalaï Mama du III e millénaire. L’Axe du Bien lui passe par le travers des commissures. Le bien ordinaire comme le Souverain Bien. C’est un sourire de lessivage et de rinçage. Et de rédemption. Ce n’est pas le sourire du Bien, c’est le sourire de l’abolition de la dualité tuante et humaine entre Bien et Mal, de laquelle sont issus tous nos malheurs, tous nos bonheurs, tous nos événements, toutes nos vicissitudes et toutes nos inventions, c’est-à-dire toute l’Histoire. C’est le sourire que l’époque attendait, et qui dépasse haut la dent l’opposition de la droite et de la gauche, aussi bien que les hauts et les bas de l’ancienne politique.

Lucchini donna également vie, force, vigueur, à l'extravagant défilé des nouveaux métiers inventés par Martine Aubry du temps qu'elle s'entichait de résorption du chômage... Et c'était l'hilarante procession des "coordonnateurs petite enfance", "accompagnateurs de randonnées", "médiateurs en milieux carcéraux", "animateurs pour personnes dépendantes", "jongleurs de rues", mille autres invraisemblables métiers du temps moderne dont nul ne sait en réalité décrire la mission concrète, et que l'auteur devinait comme autant d'indices d'un monde où le vœu pieux prend force de loi...

Il y eut de même ce réjouissant poème sur la fin d'une touriste éthique,décapitée par un djihadiste ancien franciscain... Cette autre envolée s'en prenant au "débat"... Débattre... Oui, mais de quoi!? Débattre! De tout ou de rien, n'importe, mais débattre! Sauf! Sauf DE "CE QUI NE FAIT PLUS DEBAT,"  (la gay pride, les vélib, paris-plage, la techno parade, toutes ces nouveaux rassemblements festivistes et au-delà tout ce qu'invente et impose le gentil bobofascisme en rollers, toutes ces idées modernes, donc forcément indiscutables, sans discussion possible universelles.

Il y eut cet autre texte sur l'infantilisation du monde, avec sa grande ronde des victimes se retrouvant pour EXIGER (et obtenir) REPARATION... Et cette réflexion sur ce qu'est devenue, depuis le temps de Malraux,  "la culture"... enfermement et non plus liberté...

On repartit, soulagé et satisfait des applaudissements, soulagé surtout, d'avoir entendu d'autres que soi rire, comme on avait envie de rire devant ce terrifiant  (lui eut dit, peut-être, "réjouissant") constat du monde historique en train de s'écrouler..

Voilà ce qu'écrivent de lui ses proches, sur le site philippe-muray.com

À travers tous ces essais, Muray analyse ce qu’il nomme « la mutation anthropologique en cours », d’Homo sapiens sapiens à Homo festivus, puis à Festivus festivus. Se situant, comme il l’a dit, « quelque part entre Hegel et Desproges », il décrit notre époque comme celle de la « festivisation généralisée » et de l’engloutissement de « l’ancien monde historique » dans le trou noir de « l’hyperfestif ». Avec un humour ravageur, il assène l’hypothèse de la « fin de l’Histoire », décrite comme un processus d’indifférenciation généralisée. Cette indifférenciation, désir de fond de la « nouvelle humanité », se manifeste par l’infantilisation, la féminisation et la « réanimalisation » de l’espèce et de la société. Homo festivus, affranchi du « péché originel » comme de tout « principe de réalité », désire le règne « onirique » et éternel du Bien chantant sa propre louange. C’est-à-dire la liquidation terminale du « négatif », de la dimension sexuée et tragique de l’existence humaine.

J'ai envoyé sur le site du théâtre de l'Atelier, un petit mot à Fabrice Lucchini:

Merci.

13/03/2010

"Marin ne tire pas sur un autre marin"

Je m'apprêtais à vous écrire quelques mots de retour du Théâtre de l'Atelier, qui a le bon goût de se situer Place Charles Dullin, qui fut en théâtre le père spirituel de Louis Jouvet, lequel est un inspirateur de Fabrice Lucchini, la boucle se bouclait parfaitement, tout cela sonnait bel et bon. J'allais vous raconter  ce bonheur éphémère de voir la salle pleine pour écouter 90 minutes de textes écrits par Philippe Muray, dont chaque lecteur attentif de ce blog sait l'admiration que je lui voue, et lus par un type époustouflant.

A plusieurs reprises, Lucchini commentant certains passages, utilisa le mot de "génie". Et le public attentif, pour moitié Murayiste, pour l'autre Lucchinien, ou l'inverse, ou les deux, ne protestait pas. Je voulais donc transmettre en retour quelques mots de satisfaction, mais...

Mais Jean Ferrat est mort dans la journée, je l'ai appris par un message express sur mon téléphone, et voilà qui gâche singulièrement mon plaisir. Comme je l'ai jeté vite, sur Twitter : chaque fois qu'une de ces voix se tait, j'ai la sensation qu'on m'arrache un morceau de ma vie.

Je n'avais peut-être la même passion intransigeante pour Ferrat, que pour Brassens et Ferré.

JeanFerrat1
Mais c'est l'homme de Nuit et Brouillard (je twisterais les mots s'il fallait les twister pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez..).

L'homme de Ma Môme (elle est pose pas dans les magazines, elle travaille en usine, à Créteil)...

L'homme de "A Brassens" (toi dont tous les marchands honnêtes, n'auraient pas de tes chansonnettes, donné deux sous, voilà que pour leur déconfiture, elles resteront dans la nature, bien après nous...)

L'homme de Potemkine (Marin ne tire pas sur un autre marin... Ils tournèrent leurs carabines...)

C'était le chanteur préféré de ma marraine, j'écoutais les 45 tours sur son teppaz, les fois où elle me gardait.

"La fuite monotone et sans hâte du temps" nous prend obstinément tous ceux qui un jour ont écrit des phrases qui donnaient un peu de sens à nos vies. Bien sûr, restent leur mots, les musiques, mais aussi la tristesse de penser au prochain qui s'en ira. Quoi que... A présent, ils ne sont plus tellement nombreux, ceux qui ont nourri mon enfance et ma jeunesse de rimes à valeurs ajoutées.

Et en un sens ça tombe plutôt bien, je n'ai plus beaucoup de larmes en stock.

De Muray, on reparlera  demain.