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Parce que je crois avoir été un des premiers blogueurs d'ici à annoncer, dès janvier 2008, que je prenais tous les paris sur Obama, pari sur son investiture et pari sur sa victoire finale, et parce que j'avais dit qu'une telle perspective me paraissait éminemment souhaitable, je suis tout à fait à l'aise pour dire ici à quel point l'Obamania qui enflamma le monde entre novembre et janvier 2009 m'apparut irrationnelle, exagérée, et pour tout dire, profondément apolitique.
Je conçois naturellement que pour tous ces noirs américains (que d'autres appellent afro-americans, d'autres blacks, ou couloured people, nigga's, blackmen, tant de difficulté à identifier une population...) qui avaient lutté pour la reconnaissance de leurs droits civiques, le symbole de l'arrivée dau plus hautes fonctions de l'un d'eux, tout métis qu'il soit en réalité, valait TOUS les symboles. Et qu'entendre Aretha Franklin et ses gospels à deux pas du Washington Monument enrubannait l'événement de la plus vibrante façon. Je conçois les larmes de ces gens qui comme par procuration croyaient accéder à tous les postes qui jusqu'à ce jour de janvier 2009, leur avaient été fermés. Ok pour le symbole. J'aime les symboles. J'aime à les travailler comme une matière vivante. Mais un symbole n'est jamais toute la réalité. Et l'imaginaire des hommes ne pouvait à se point s'énamourer de celui-là sans que soient déjà inscrites au programme des réjouissances ultérieures, de solides déconvenues.
Car ne vous en déplaise il n'y a pas dans la vraie vie de Messie qui tôt ou tard ne soit ramené à sa dimension d'homme. Et au-delà de son prix Nobel, de son élection, de ce qu'il signifie de rupture possible dans l'Histoire américaine, Obama, nous dit Courrier International cette semaine, s'est singulièrement démessianisé... "L'Amérique un an après", titre l'hebdomadaire en manchette. On devine que la une entière était promise à cette célébration, jusqu'au cauchemar haïtien.
Les constats sont cruels: la situation des noirs en un an s'est détériorée en Amérique. Les jeunes sont ceux qui payent le plus fort tribut à la crise économique enclenchée juste avant l'élection (à croire qu'"ils" l'avaient prévu, fait exprès)... l'ultra-droite se porte comme un charme, les talk-shows ultra conservateurs font florès sur Fox ou ailleurs; les GI sont à peine tirés du bourbier irakien que déjà l'enfer afghan leur tend les bras, en attendant le Yémen et l'Iran, sans supplément de tarif.
En somme, malgré la foi dans les symboles, en dépit des imaginaires collectifs, le réel a repris tous ces droits. La déception n'est-elle pas alors à la mesure des espoirs insensés mis dans les bras d'un homme, du seul fait de sa couleur de peau, fût-elle inédite à la Maison Blanche? L'hebdomadaire cite cette phrase de Bill Clinton: "il y a dix ans cet homme nous aurait servi les cafés". Était-ce dit pour regretter le bon vieux temps? Ou pour apprécier le constat du chemin parcouru en dix ans? J'ai mon idée sur la question, mais laisse à chacun le choix de l'interprétation.
Reste que ce retour au réel devrait, partout où des minorités ont instrumentalisé l'événement, pour croyaient-ils souligner vigoureusement "le retard pris" par les autres nations, à commencer par la nôtre, ce retour au réel dis-je devrait nous permettre d'en finir une bonne fois pour toutes avec tous les angélismes (ce sera mieux parce qu'il est noir, ou femme, ou gay), avec toutes les illusions générées par la discrimination positive (l'effet positif attendu tel une manne, en vertu d'une pensée magique, par et pour tous ceux qui ne se battent pas pour eux-mêmes, et pour y arriver), avec tous les espoirs d'avenirs radieux (un monde plus juste par essence, dès lors qu'il serait dirigé par un minoritaire).
Je croyais aux chances d'Obama, ni pour son visage, ni pour ses origines, et pas pour le symbole -qu'il pouvait par ailleurs représenter-. J'y croyais parce qu'il était simplement le meilleur, le plus convaincant, le plus à même de proposer une suite alternative aux huit ans de bushisme. Je croyais en ses chances pour des raisons politiques. Raison pour laquelle il ne me déçoit pas tant que ça, aujourd'hui. Qui a dit que la politique en temps de guerre et de crise était un chemin pavé de roses, fût-ce pour un gars prénommé Hussein?
Rédigé à 05:20 | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
Est-ce une effet de mon vieillissement naturel, je répugne un peu plus qu'avant à exprimer sur ce blog des "réactions à chaud", sur les z'événements sociétaux qui nous divertissent (au sens pascalien du terme, vous avez bien compris), qui encombrent les pages d'actu, pimentent les débats entre éditorialistes appointés, tandis que le populo les écoute en mâchouillant sa bonne herbe et son picotin frais.
D'abord parce qu'a réagir à chaud, on écrit parfois de belles âneries. Parce qu'il est bon, aussi, de nourrir son émoi des réactions des autres; soit pour ajouter à son propre amusement, ou à son effarement; soit pour relativiser un brin, grâce aux lumières de plus sensés que soi.
C'est pourquoi je n'ai rien dit sur le moment de "l'affaire Peillon". Trop d'apriori contradictoires, m'auront ces derniers jours agité. Tant d'exhortations, indignations, péroraisons... toutes aboutissant à cette même envie d'envoyer les uns et les autres dos à dos, au mur, au piquet, au coin. Revue de détail?
Peillon: de miens amis militants socialistes "de base", m'assuraient naguère encore que cet ex-royalien était "un bon", et "pour de vrai". Un des hérauts du renouveau à venir de ce Parti à La Rose qui n'en finit pas de s'étioler. Déjà, associer dans une même phrase "bon pour de vrai" et "royalien" sonnait à mes oreilles comme un chouette oxymoron. Cet épisode tordu du débat télévisé avorté en dernière minute, vient comme un révélateur: préférer "le coup de comm' " à l'âpreté du débat, ne grandit jamais AUCUN politique. Mais rabaisse un peu plus l'image déjà flétrie d'une gauche assez pauvre en propositions concrètes. Et du coup trop encline à se draper encore, toujours, et chaque fois, dans la même indignation, la probité candide, le lin blanc. Qu'on cesse d'en appeler toujours à la morale, grands dieux! Qu'on en revienne à l'action politique, au débat d'idées, au pragmatisme un peu raisonné.
Aphatie: Celui là commence sérieusement à m'échauffer les oreilles. Parce qu'il a su se bâtir une image d'indépendance, d'où toute connivence semble par principe exclue, - ce qui nous changeait un peu, il est vrai , des dérives classiques en son temps dénoncées par un Serge Halimi dans "les Nouveaux Chiens de Garde"-, le voilà qui désormais s'autorise à jouer les arbitres de la bienséance politique. L'entendre expliquer tel le procureur, ou le surgé, à Peillon ce qui relevait de "son droit" et n'en relevait pas, eut quelque chose d'effarant. Quand donc dans ce pays, les journalistes cesseront-ils de s'auto-désigner gendarmes et censeurs? Tantôt animateurs zélés de la médiocratie, tantôt imprécateurs, mais le plus souvent aux ordres de l'ordre établi, tout de même, j'aimerais qu'ils redeviennent un peu ce qu'ils ont mission d'être en réalité: des informateurs, éclaireurs, révélateurs, sinon de la vérité, du moins de l'état du monde et des idées qui y germent.Ce ne serait déjà pas mal. Ce serait même, à mes yeux, largement suffisant.
La formule empruntée à Albert Londres, "porter la plume dans la plaie", est tellement appréciée d'Edwy Plenel qu'il la ressert en leitmotiv chaque fois qu'il outrepasse cette mission. Dans son sillage, tous ces journalistes ne s'imaginent plus qu'en indéracinables détenteurs du Bien, de l'Acceptable, du Tolérable, de l'Admissible. Eux seuls en détiendraient les critères. Eux seuls pourraient estimer ce qui relève ou non de l'acceptable. Qu'ils n'aient aucune envie de servir la soupe à Marine lepen, j'entends bien. Qu'ils estiment en lieu et place des juges si elle et ses 10% d'électeurs ont ou non leur place dans le débat public, me semble une autre affaire. Plus largement, il faudrait que les journalistes cessent de s'ériger en détenteurs de vérité indépassable, qu'ils ont tôt fait d'ériger en dogmes. Ecouter pour s'en convaincre la plupart des intervenants de la (par ailleurs intéressante) quotidienne "on refait le monde", sur RTL. Moins que les faits eux mêmes, les intervenants journalistes s'y plaisent à confondre analyse, ce qui relève de leur droit le plus élémentaire, et de leur légitimité, et morale imposable à tous, qui est plus qu'une dérive: un abus caractérisé de 4ème pouvoir.
Au passage, on aura vu dans l'affaire Peillon comme ces habiles pourfendeurs des manquements d'autrui, sont aussi prompts à se défendre en choeur. Solidarité magnifique que je ne peux m'empêcher d'appeler corporatisme bien compris. Il y avait du comique de situation à voir Alain Duhamel,face à Peillon, poings sur les hanches comme une servante de Molière, dressé sur ses ergots pour défendre une fois sa propre vertu, outragée par les insinuations assez peu adroites du politicien; puis pour redorer l'image égratignée de ses petits camarades confrères... dont je crois qu'il se contrefiche au fond, comme d'une guigne. Quoi que... Pigiste de luxe dans tant de journaux écrits, parlés, filmés, il doit connaitre plus de journalistes que le pays en dénombre d'encartés...
Restent les arrières-pensées électorales, électoralistes; les calculs et les coups de billard à trois bandes dans ce qui était le "fond" de l'histoire: cette identité nationale que certains jugent "à vomir', d'autres ignoble, d'autres enfin juste digne d'un boycott et du plus profond mépris.
Qu'on me pardonne, mais je trouve inepte de confondre ainsi le fonds d'un débat et les raisons qui l'ont fait émerger, fussent-elles mal intentionnées. Bien sûr, face au profil de "traitre", ou de "faux témoin" désormais impeccablement porté par "le fourbe" Besson, la tentation est grande de se draper encore et encore d'indignation. Aucun ne semble y résister. Pour autant. N'y a-t-il pas de "l'identité nationale" à penser, à réfléchir, à formaliser, dans l'expression des valeurs républicaines? Par exemple dans l'usage du droit d'asile? du refus d'extradition (remember le cas Cesare Battisti) ? Dans l'analyse du passé? Dans la relecture de Voltaire Diderot Camus Zola? Ne sont-ils pas autant de fleurons de cette identité-là? Tous comme ces "justes" ayant caché des enfants juifs? N'y a t il pas de l'identité nationale dans la réappropriation des cours de l'histoire de France? Et pour des acteurs sociaux et sociétaux d'aujourd'hui, dans l'observation de ce que deviennent ces données, dans une société aujourd'hui plus multiethnique, multiculturelle, multireligieuse, qu'elle ne l'était naguère? Qu'y a-t-il là d'aberrant, ou pire, d'ignoble?
Refuser de s'interroger sur le sens à donner aux faits, au simple motif que des calculs de basse politique (remontée ou pas du front national, instrumentalisation des pulsions racistes des uns, ... et pourquoi pas AUSSI celles des autres?) auraient au départ inspiré sa mise à l'ordre du jour, ne relève pas seulement de la posture morale facile. Mais plus encore de l'inconséquence politique. Laquelle précisément, profite souvent aux moins bien intentionnés.
Rédigé à 10:53 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (7) | TrackBack (0)
Que voulez-vous que je dise sur Haïti? D'un côté la misère humaine, à l'état brut. Les corps qui pourrissent dans les décombres, la statistique des morts en folie... Aux pillages répond la justice expéditive.
De l'autre, la noria des commentaires tenus au chaud, savoir si l'Amérique en fait trop, si Obama redore à bon compte son image de messie mondial, si la France est responsable, et à quel titre, ayant quitté l'ile depuis deux cents ans, si le poids de la corruption institutionnalisée pèse lourd dans le drame actuel, si les familles en attente d'adoption sont en droit d'exprimer leur impatience, leur colère, ou seulement leur inquiétude.
Ce type d'événement planétaire bloque mon inspiration. Il étouffe toute expression légère, et vous renvoie brutalement à la futilité de vos bavardages habituels. A côté de nos gesticulations à l'abri des sinistres, celles d'un homme essayant d'échapper à la mort, parce qu'on lui a accroché autour du cou un pneu qu'on a ensuite enflammé, en punition de sa tentative de vol.
Du blues à l'état pur.
Rédigé à 09:36 dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (6) | TrackBack (0)
Ma Tatie Danielle à moi adorait les animaux. Dans son parc où elle ne recevait personne, s'ébattaient chiens et chats assez peu soignés, et leur odeur sur elle était assez reconnaissable. On comptait moins de convives à sa table. Un des proverbes préférés des amoureux de nos amis les bêtes, affirme que "qui n'aime pas les bêtes, n'aime pas les gens". A quoi je rétorque volontiers que "qui les aime trop, souvent n'aime pas les gens non plus", voir notre grande humaniste Brigitte B., dont je n'ai jamais oublié qu'évoquant dans un livre la naissance de son propre fils, elle avait précisé "j'aurais nettement préféré accoucher d'un chien". Cette confidence me laissait rêveur quant aux moyens d'éventuellement y parvenir, tout en nous en disant suffisamment sur ses sentiments maternels.
Ma Tatie Danielle à moi n'aura pas vécu assez longtemps pour feuilleter "Doggy Célébrités", nouveau journal people qui propose tout simplement des reportages sur nos amis les stars qui aiment leurs amies les bêtes. Laure Manaudou et son teckel, Mathilde Seigner et son canasson, Adriana Karembeu et son bichon maltais. C'est parrainé par Brigitte B. et son grand ami Alain D. . Malgré tous mes efforts je n'ai pas trouvé de reportage sur JoeyStarr et son pit, mais nous n'en sommes qu'au numéro 2.
Pas plus n'ai-je trouvé ces pages conseils pratiques sur comment éloigner le foutu bébé du parc à jouer de votre rotweiller préféré, parce qu'ensuite ils s'approchent trop près, les toutous prennent peur, forcément ils se défendent et montrent un peu les quenottes, ensuite c'est l'enchainement bête, le fichu moutard hurle et se débat, ses cris paniquent l'animal qui je vous assure n'est en réalité pas plus dangereux qu'un autre (*) simplement faut pas l'faire chier dans son espace et il a juste le tort d'avoir des mâchoires un peu trop musclées, d'où l'accident bête, un bras arraché, les crocs plantés dans la tête, l'enfant décède lors de son transfert à l'hôpital, mais que font les parents, ils ne peuvent pas SURVEILLER LEURS MÔMES?
(*) Je suis fasciné, chaque fois qu'un enfant agresse un rotweiller et que celui-ci décède lors de son transfert à l'hôpital (**), par cet argument du vétérinaire appelé en expert au micro des radios, nous assénant cette réalité statistique, sans doute rigoureuse au plan du chiffre, mais fort peu pédagogique pour nos amis proprios de toutous irascibles; étant acquis qu'on entend rarement qu'un enfant de deux ans a succombé suite à une attaque en meute de chihuahuas ou bichons maltais, pourrait-on un jour triturer les statistiques dans un sens alternatif? Par exemple : combien de familles d'ahuris possèdent en France des animaux dont ils sont incapables de s'occuper de façon responsable, généralement aussi teigneux qu'eux mêmes sont ignorants des dispositions élémentaires de sécurité et salubrité publiques, qui termineront à la rubrique faits divers, demeurant envers et contre tout exonérés de leurs responsabilités premières par une cohorte de défenseurs d'animaux à tous crins, généralement plus soucieux du bien-être de leurs "amis" que de leurs "semblables".
j'ai eu l'idée de proposer cette belle enquête à Doggy Célébrités. Et je ne sais pas pourquoi, je me suis ravisé, estimant finalement que ce n'était pas trop leur ligne éditoriale... je me trompe?
(**) oui, je sais. L'inverse.
Rédigé à 10:59 dans Ratiocinations | Lien permanent | Commentaires (19) | TrackBack (0)
Hier je buvais un verre avec un mien camarade, blogueur éminent passionné de la chose politique. Il a publié un ouvrage. Ce fait d'armes déjà attise mon admiration. Quiconque a publié m'impose le resse-pect. Car il me renvoie à ma propre incurie. Editeur moi-même dans une vie précédente, j'ai pondu tout un tas de programmes vidéos qui rapportaient plein de sous à leurs producteurs, et je n'étais ma foi pas plus mauvais qu'un autre, -plutôt meilleur, même- pour balancer du concept marketinguement correct, assez pour assumer des campagnes de lancement musclées sur la première télé d'europe, et emplir à bon compte les têtes de gondole des plus gros z'hypers de la place.
Las, les rares fois où je fus impliqué comme auteur rétribué, les produits furent moins aboutis, moins réussis, et moins rémunérateurs. Si j'avais fait le choix de la cordonnerie, j'irais comme Jésus Christ. Pieds nus.
Ainsi, depuis cinq ans que je blogue sur tout et rien, je divague, je diverge, je dis, je médis, je maudis et me contredis, je m'égare, je m'insurge, je m'amuse, je me répands, je me repens, je me moque à mes dépens, alignant au bas mot mille cinq cent pages de textes dont les trois quarts ne valent sans doute pas tripette, mais où je sens parfois, effectivement, un début d'embryon d'idée ou de tonalité qui pourrait valoir le coup "pour autre chose". Mais en vrai, je ne parviens pas à sortir de cet empilement de notes, pour enfin me mettre sérieusement à l'ouvrage. Nombreuzébreuses sont cellezéceux m'ayant encouragé "à faire enfin quelque chose qui marche, mon garçon". A romancer, poétiser, polémiquer, persifler, vilipender, n'importe! A me lancer! Mais rien que l'idée de devoir y penser m'assèche et me paralyse. J'ai dans la tête des wagons de colères, d'indignations, de moqueries, dont je crois avoir ici tracé les grands traits. Il m'arrive de penser et de me dire que parmi ces wagons quelques vraies idées tiennent la route. Mais comme me le faisait justement remarquer le camarade blogueur avec qui je trinquais hier, l'existence de tous ces textes m'empêchent de considérer d'abord les idées qu'ils contiennent. De sorte que je ne parviens pas à imaginer la locomotive (en gros l'idée maîtresse, le "concept", le "pitch") qui pourrait enfin entrainer derrière elle la mécanique. A chaque début d'année nouvelle, je me jure que ce sera cette fois la bonne. Mais c'est encore un marronnier de plus, la résolution ne dépasse pas la quinzaine, meurt de sa belle mort avant février.
Je l'avoue, ce constat me rend triste et morose. Quand j'ai commencé de bloguer, j'avais relevé cette phrase en exergue chez un autre, et qui disait, en gros : le blog est le crack de l'écrivain que je n'ai pas su devenir. Plus les années passent, et plus j'ai cette impression là, qui me colle à la peau, et finit par me bousiller le peu d'inspiration qu'il me reste: regarde la vérité en face: en vrai tu n'es pas capable de faire autre chose.
Arrive un moment où il faut bien, tout de même, arrêter de se mentir. Alors je me dis que peut-être, effectivement, j'aime le blog pour ce qu'il est, un substitut, un ersatz. Du crack, ou de la méthadone. Une éjaculation précoce d'amant trop maladroit. La masturbation frénétique, exhibitionniste, d'un solitaire inapte à la séduction. L'oeuvre dérisoire d'un graphomane velléitaire.
En d'autres lieux, il m'arrive de présenter des écrits qui sont je crois appréciés, qui n'ont rien à voir avec l'univers des blogs. Le point commun est qu'ils se suffisent à eux-mêmes, ne reposent pas sur "un concept", "une idée", un "parti pris éditorial". Demandez moi de conceptualiser, pour qui vous voudrez, ce n'est pas un problème. Sauf lorsqu'il s'agit de moi. Je perds alors toute distance, toute lucidité, toute pertinence.
Alors? Blogue et tais toi.
Rédigé à 15:15 dans Confidences | Lien permanent | Commentaires (31) | TrackBack (0)
- Une dame de la maison de retraite : « Elle est gentille, ma fille, hein ?! »
- Tatie Danielle : - « Oui... mais qu'est-ce qu'elle est laide ! »
Cette réplique, tirée du film de Chatiliez, je me la suis pris "presque" en pleine face, un jour où ma Tante X..., avec qui je n'avais jamais eu de vraies relations jusqu'à cette rencontre, me demanda tout à trac à voir une photo de ma fille. Qui fit jaillir ce gentil commentaire : "ah oui, c'est vraiment ce qu'on appelle l'âge ingrat". On n'est pas plus aimable...
Il faut le dire, Tante X... avait la langue bien aigrelette. Evoquant devant moi la mémoire de son demi-frère, mon Oncle Féfé que j'avais beaucoup aimé, un genre d'Henri Salvador qui avait connu une jeunesse un peu agitée: "on ne savait pas de quoi il vivait. Ou plutôt, on ne le savait que trop bien..."
Dès sa naissance elle avait pris ma mère, de 7 ans sa cadette, comme souffre douleur: jalousie classique de la petite dernière qui voit soudain débarquer dans l'espace familial une soeur pas vraiment attendue. Les deux se haïssaient. Sur son lit de mort, la dernière chose que ma mère me fit jurer, c'est que "Tante X... ne fût pas conviée à son enterrement"...
Mais les rares fois où je la croisais sur ma route, j'avais tout de même l'impression de parler à un clone de ma mère, à nouveau vivante. Des expressions. Quelque chose dans le regard. Des intonations. Une sorte de version Dark Vador. Le côté obscur de mes aïeux. Ma mère pouvait avoir la langue perfide (oui, je sais, c'est de famille), mais n'était en rien "méchante". Pas plus que ne l'est en réalité votre serviteur.
Tout ça pour dire que Tante X..., Tatie Danielle en pire, a été enterrée ce jour, aux côtés de mes grands-parents. Une foule immense se pressait près du cercueil. Nous étions ... 5, plus un prêtre polonais. Sur les 5, trois "pièces rapportées", et 2 membres de la famille. Pour quelqu'un qui avait "la foi", je me dis qu'arriver au bout de son chemin en ayant su fédérer aussi peu d'affection autour de soi (les 2 présents l'étaient davantage par sens du Devoir, et par respect pour nos ascendants)... autant être franchement païen, athée, mécréant...
De quoi renforcer ma conviction, résumée par Brassens en ce quatrain que j'adore: si l'Eternel existe, enfin de compte il voit, que je m'conduis guère plus mal que si j'avais la foi...
Après les patenotres de l'abbé polonais, nous avons traversé le cimetière, pour aller dire un petit bonjour à ma vieille maman (elle aurait 80 piges cette année, mais partit bien avant son hiver). Je lui ai transmis le bonjour de sa soeur. Souhaitons qu'elles ne passent pas leurs nuits éternelles à se chamailler derechef. Mais on n'est jamais trop prudent. Si vous passez vers le Cimetière d'Asnières, rue du Ménil, et que vous y voyez, la nuit, des éclats d'éclairs sans orage... alors n'en doutez pas, ma mère et sa soeur sont de nouveau sur le pont...
Rédigé à 17:08 | Lien permanent | Commentaires (20) | TrackBack (0)
Tout lecteur "historique" de ce blog connait ma passion pour la "saga Leclerc", où l'on suit jour après jour les heurs et malheurs de cette famille de consommateurs modèle et sympathiques, quoi qu'assez étroits dans l'énoncé de leurs visées métaphysiques - Philippe! T'es passé chez Leclerc??? (didascalie: ton inquiet)-.
Le dit Philippe est un bon père qui bosse comme un damné et calcule tout au centime près, raison pour laquelle il nous fait une vague fixette sur les promos, les réductions immédiates en caisse, la carte fidélité et tout ça VALABLE SUR DE NOMBREUX PRODUITS (didascalie: ton insistant). La mère, dont on ne sait pas trop ce qu'elle glande dans la vie, en tous cas ne semble pas la première au rayon partage des tâches. Son style ce serait plutôt le genre un chouïa speedée (on va y revenir), consumériste névrosée qui aurait lu tous les livres d'Isabelle Alonso, voyez le genre? Mathilde joue volontiers les gendarmes, surveille le cabas que l'autre benêt a déjà eu le mérite de remplir après son taf' . Extrait
- Philippe, tu as pris SIX boites de Kro?? (didascalie : grave inquiet)
- Réponse de Philippe: 50% de remise immédiate en caisse! (didascalie: méga triomphant)
Ils ont deux mômes. L'aînée me semble avoir appris à compter en refaisant les tickets de caisse, le soir à la veillée, sur les genoux de papa. Le deuxième doit être un peu autiste, on n'en entend jamais parler. Autour d'eux gravitent une belle-mère trois quart neuneu, qui passe son temps à fouiller dans le frigo pour voir ce qu'il y aurait à grignoter, un collègue de bureau crétin (mais suffisamment malin pour jouer les pique assiettes plus souvent qu'à son tour).
Ces derniers temps, j'ai senti comme une évolution sensible chez Philippe. Comme s'il avait un peu perdu de sa bonne humeur naturelle. S'entendent dans ses répliques un fiel inédit jusqu'alors. Comme s'il était le SEUL A SE BATTRE, à passer chez LECLERC, à faire des calculs, et que PERSONNE d'autre ne s'en rendait compte: ni les mômes toujours à se baffrer devant la dernière play station. Ni la belle-doche uniquement préoccupée par le pillage des minibabybel pourtant bien planqués dans le bac du bas. Ni la Mathilde, toujours plus exigeante (elle veut DES MARQUES! des GRANDES marques! Mais TOUJOURS à prix Leclerc!), et nettement moins frivole qu'aux débuts de leur lovestory.
Bref, les deux, l'air de rien, me semblent rattrapés par la crise. La routine de vie de couple! qui sabote, insidieuse! Pourtant Leclerc leur fait des promos y compris sur des dvd BLUE-RAY! Mais probable qu'ils n'ont pas encore ouvert de rayon sex toys, ni de librairie "spécialisée", chez Leclerc. je sens qu'il bat un chouïa de l'aile, ce couple. On est déjà entré dans la zone dépressionnaire.
Vous savez ce qui me laisse augurer du pire? Depuis le début de l'année, Philippe et Mathilde ont pris une babysitteur. Une Montréalaise, Tabarnac! Elle garde les mômes, commente leur habileté à la playstation, et l'aut'Philippe se croit obligé de préciser qu'il a acheté le jeu ...où ça, dis moi? Or et voilà le noeud de l'affaire, tout droit débarquant de son Québec, la gourdasse, forcément, connait rien, je veux dire RIEN, aux fameuses réductions immédiates en caisse! Du coup Philippe m'apparait bien parti pour lui jouer le grand numéro de Pygmalion. L'initiateur. Le gars "arrivé", qui connait "les vraies valeurs", et qui pourrait assez vite, si vous voulez mon avis, entrainer la petite québécoise dans une folie tourbillonnante, entre rayon DVD et promos coquines sur toutes les culottes Princesse TamTam.
Le coup de la baby sitteuse, c'est la louve dans la bergerie! Je serais que Mathilde, je ferais gaffe à mes arrières... Et dans moins d'un mois, c'est la Saint Valentin, je vous le rappelle. Bon sang, j'e rêve désormais d'une adaptation cinéma. Qu'est ce qu'il fait, ces prochains mois, Eric Rohmer?
Rédigé à 12:54 dans Cinéma, Reveries, Saga Leclerc | Lien permanent | Commentaires (17) | TrackBack (0)
Pour le magazine The Guardian, l'année 2009 aura été l'année de la triche. Prêts à tout pour gagner, les sportifs professionnels vont toujours plus loin. Courrier International reprend le papier pour raconter, notamment,comment l'équipe des Harlequins utilisait des cartouches de faux sang achetées dans les magasins de farces et attrapes, pour impressionner les arbitres et permettre des remplacements de joueurs... Le papier en remet au passage une louche sur la main de Thierry Henry qui vaut bien celle de ma soeur dans le pantalon du zouave, et note que le poids de l'argent dans le sport rend irrémédiable le développement des pratiques illicites.
Il me semble que ces exemples nous confinent dans un registre d'une candeur extrême. J'en venais en vrai à me demander s'il ne faudrait pas inverser pour de bon le leit-motiv, entendu dans tout bon café du commerce, évoquant qu'il y a "trop d'argent dans le foot"; et se demander si à l'inverse, il n'y aurait pas "trop de foot dans l'argent". L'argent qui n'est pas "sale et mauvais en soi", contrairement à ce que racontait l'hypocrite de Jarnac (je parle de Mitterrand l'oncle, dont l'anniversaire de la mort est du reste passé totalement à la trappe, cette année). Ce qui devrait être discuté, serait plutôt l'usage qu'on en fait... ou qu'on n'en fait pas.
Or ne peut-on se demander si ces fameuses "valeurs du sport", dont on nous chante partout les vertus, et de façon tellement unanime que c'en devient suspect, ne seraient pas au fond le premier responsable de cette imbécillité des masses qu'on constate partout, aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain? Foules vociférant leur mépris de l'adversaire. Usage forcené de l'insulte. Impitoyable cruauté pour la "faiblesse" de l'autre. Prééminence du groupe sur l'individu. Total irrespect de la parole donnée, auquel répond l'avilissement systémique devant la Loi du plus fort. Slogans imbéciles érigés en dogmes indépassables (seule la victoire est jolie...) Et que dire cette exploitation immodeste, sans vergogne aucune, des victoires sportives supposées symboliser l'accession aux sommets des nations qui s'en prévalent (le mythe crétin de la France blackblanbbeur en 98)...
Oui, sans doute serait-il temps d'arrêter de polluer les valeurs de l'argent (ou pour le dire différemment, des authentiques réussites fondées sur le travail intellectuel et manuel, l'action collective, et reposant sur une "vision", un "projet", une "volonté partagée").
Marx disait que la religion est l'opium du peuple. Le sport aujourd'hui serait-il son crack?
Rédigé à 19:21 | Lien permanent | Commentaires (5) | TrackBack (0)
Il n'y a évidemment aucune raison de se réjouir, après la mort de ces joueurs togolais et de leur entraîneur, tirés comme des lapins à la frontière angolaise (et pas ougandaise comme écrit par erreur) alors qu'ils se déplaçaient en autocar, à quelques heures du début de la "Coupe d'Afrique des Nations" de football.
Il y a quelques semaines, c'était le match Egypte-Algérie qui se réglait, aux abords du stade, à grands coups de caillasses. La grande unité du peuple africain est décidément plus facile à chanter avec Bob Marley, qu'à réaliser dans le vrai monde. Il n'y aurait là rien de "spécifique", l'homme étant partout un loup pour l'homme, si l'on ne nous servait par ailleurs la permanente grand-messe de "correction globale et mondiale" dédiée à l'Africanophilie gratuite et obligatoire pour tous.
Chacun sachant qu'elle culminera cet été, avec "la-grande-fête-de la première-coupe-du-monde-de -foot -africaine", la fusillade de cette semaine pourrait aux cyniques apparaitre une assez épatante répétition générale, de ce que peut offrir "l'Afrique à son meilleur". D'autant que curieusement, tous les thuriféraires faux-culs si prompts à nous la vanter, se font assez discrets. Comme s'ils étaient saisis d'un sérieux coup de froid, à l'heure de refourguer les poncifs obligés.
Sauf qu'il ne faut pas "vexer", "humilier", "vilipender", "stigmatiser", les Africains de France. "Chez qui nous n'avons que des amis". Il faut donc continuer d'inventer des fariboles bien pensantes et des contes à dormir debout. Comme d'affirmer que "le football africain est formidable"; alors que ce qui y est en réalité formidable, c'est la traite organisée d'enfants surexploités, avec filières locales de ventes et reventes, incluant trafic de faux papiers et corruption forcenée à tous les étages. Ou de faire croire qu'il "rivalise désormais avec les meilleurs", alors qu'on n'a jamais vu une équipe africaine en position de lutter sérieusement avec les grosses équipes européennes, sud-américaines, ou même asiatiques. Les Africains ont des "joueurs". Jamais d'équipe complète, capable d'aller "au bout". Aucun entraineur ou stratège de premier niveau. Au mieux, leurs équipes nationales sont entraînées par des troisièmes couteaux dont on n'a pas voulu ailleurs. Mais cela ne saurait être dit. Oubliant que tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute, les Africains préfèrent-ils les mensonges au gout de miel, aux vérités acides?
Préfèrent-ils entendre loués leur goût de la fête et leur sens aigu de la fraternité? quand bien même les ethnies se haïssent les unes les autres, sont promptes à se massacrer en choeur? Oubliés, les résultats du dernier match Hutus-Tutsis?
Par chez nous, on préfère de beaucoup stigmatiser l'Europe où séviraient "les pires nationalismes" et "les haines de l'autre", quand l'Afrique serait le formidable berceau d'une humanité meilleure pour demain. Mais c'est en Ouganda, nous rappelle cette semaine Courrier International, que l'homosexualité est un crime passible de la prison à perpétuité. Et qu'on y parle même de la punir de peine de mort. Curieusement, on n'entend alors personne dans "les communautés gay" de chez nous, dénoncer cette homophobie-là, bien réelle, et assez terrifiante... Tandis qu'il se trouvera toujours cent zozos prêts à clouer au pilori le gros Nicollin, pour tel propos foireux (mais sans danger aucun) servi dans l'euphorie d'après match... Etrange échelle de valeur.
De même trouve-t-on judicieux de s'acharner sur Tintin au Congo, image obsolète, et en réalité bien plus naïve qu'assassine, de la vieille colonisation. Mais on fermera les yeux sur mille exactions d'aujourd'hui, portées par des juntes sans foi ni loi. "Le sanglot de l'homme blanc", pour reprendre la célèbre expression de Bruckner dénonçant le rapport hypocrite de l'Européen à l'Afrique, n'a pas fini de produire sa langue de bois d'ébène: celle d'un continent qui serait (comme par magie? ) vertueux en soi, paradis seulement corrompu par la vilaine civilisation occidentale. Ce rousseauisme matiné d'angélisme et de diabolisation, m'apparait la nouvelle mamelle du néocolonialisme démagogique, servi chaud et bouche en coeur par tous ces amoureux de culture africaine...
Avec le mondial, vont se trouver chaque jour maintes occasions d'agiter poncifs, colifichets bien pensants, préchi précha diversitaires. D'autant que nous avons chez nous l'extravagante Rama Yade, VRP idéale pour la revente de symboles à l'emporte-pièce; parions qu'elle ne laissera passer aucune occasion de rappeler l'honneur pour les Français de jouer contre le pays de Mandela, quand bien même l'honneur n'a fichtrement rien à voir la-dedans.
Mais faisons-lui confiance pour bien tout mélanger. Du salmigondis, elle est une experte. Donnez-lui deux images: Une? "Jesse Owens, quatre fois médaillé aux JO d'Hitler en 36". Deux? "Mexico 68. Tommie Smith et Carlos lèvent le poing ganté en hommage aux Black panthers." Elle seule saura vous remixer les deux, pour évoquer dès son discours de prise de fonction au Secrétariat aux Sports, "cette image forte [par elle gardée en mémoire], de "l'Afro-américain Jesse Owens brandissant son poing rebelle face aux nazis"...
Avec une conteuse pareille, nul doute que 2010 sera l'année de l'African Dream. Au moins pour ceux qui sauront échapper aux balles perdues.
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