Toute la semaine nous avons entendu évoqué partout le cas scandaleux, choquant, indécent par temps de crise, de cet Henri Proglio nimbé de salaires pharaoniques (1,6 million par an pour la Présidence d'EDF, auxquels devaient s'ajouter +400.000 pour Véolia, en récompense de 10% de son temps, passé au chevet de cette entreprise là). Finalement, le double PDG aura battu en retraite, sous la pression nous affirme-t-on de l'opinion publique et des sites internet; tout comme Jeannot Sarkozy renonçait voilà quelques semaines à la Présidence de l'EPAD, incarnant un peu trop le népotisme du pouvoir en place.
L'opinion publique et les sites internet aiment à rire. Les sommes astronomiques annoncées ne sont RIEN comparées aux émoluments des "grands patrons" du Cac. Elles ne sont RIEN par rapport à ce qu'encaissent nos chanteurs préférés débitant platement leurs âneries, RIEN par rapport à ce que palpent les acteurs de ciné ahanant de pauvres dialogues dans les films piteux du cinéma nombriliste français, RIEN comparés aux émoluments d'un footeux moyen de ligue professionnelle pour jouer avec la balle de cuir. Si le salaire de Proglio peut sembler himalayesque au regard de ce que touchent ses employés (qui d'ailleurs ne sont pas les plus mal lotis de la place) il n'a en réalité RIEN d'exceptionnel. Le vrai scandale, dans son cas précis, relevait davantage de cette possibilité inédite de tenir les rênes de deux sociétés, l'une publique et l'autre privée, embringuées dans le même business, et demain en butte à de probables conflits d'intérêt. Ou dans cette clause de retraite "chapeau" masquant mal un salaire différé pour le coup assez démentiel. Or, ces clauses-là n'ont pas disparu du contrat.
L'opinion publique a préféré se faire une fixette sur les deux millions de patates, pour un homme affichant de réelles compétences, quand elle ne trouve rien à redire à ce que des parfaits abrutis, rimeurs faméliques, slameurs de sous-sols, navrants comédiens, minables intermittents et sportifs analphabètes se bourrent les poches dans de semblables proportions, pour des boulots d'incompétents. Je soupçonne alors mes temporains de préférer voir récompensée la médiocrité. Soit que cela leur paraisse réparer une injustice immanente, soit qu'elle leur laisse davantage d'espoir pour eux-mêmes d'accéder un jour aux Pactoles. A moins qu'elle ne favorise leur propre identification à des héros, qui du moins, leur ressemblent.
Ignorant tout des Arnault, Pinault, Mulliez, qui vivent heureux et cachés et s'offrent en un mois le salaire annuel du patron d'Edf, les moutons de la vox populi se sont surtout rués sur celui qu'on leur désignait comme le sombre héros de la semaine. Sans songer un instant à tous les escrocs qui leur font les poches, jour après jour, sept jour sur sept, non stop. Mais il est vrai que ceux là leur vendent du rêve, de l'aventure, ce qui n'a pas de prix. Proglio ne leur vend que le moyen de se brancher sur les machines à distribuer ce rêve. Par quoi l'aveuglement s'ajoute à l'ingratitude. Les moutons sont cruels quand ils se mettent en meute.
Gosh !
Me voilà mouton virulent, qui me gausse de Proglio pour mieux écouter Money Honey, chez moi.
Mouais c'est vrai qu'ils touchent plus les autres ; encore qu'à leur égard on pourrait aussi dire qu'ils ne touchent pas grand chose en regard des grands patrons ricains..., le truc qui n'arrête jamais en fait.
Mouais c'est vrai que Gad Elmaleh qui défend le bouclier fiscal c'est bien plus choquant, que Hallyday en Suisse aussi.
Il n'empèche 450 000 euros annuels, soit 30 SMIC pour passer 10% de ton temps dans un poste "non exécutif" (ce qui veut tout dire) au CA de Véolia, ça signifie que Proglio à une productivité 300 fois plus forte que celle d'un ouvrier de base ou d'une standardiste de l'entreprise. Et ça j'ai un peu de mal à le croire.
Que tu aies raison sur le reste n'en interdit pas l'étonnement, l'agacement (la rage j'aimerais bien), pour une situation d'écart de rémunération que rien ne justifie (et certainement pas la soi-disant loi de l'offre et de la demande).
Amicalement.
Rédigé par : The Civil Servant | 23/01/2010 à 18:13
Je comprends le raisonnement, comme tu comprends le mien. Ce qui me frappe c'est la capacité à se focaliser soudain sur un cas précis parce que la vibe médiatique l'a pointé du doigt, alors qu'on accepte cent fois pire le reste du temps. ce que je pense derrière, c'est que "même" nos indignations nous sont désormais suggérées par big brozz. Pourquoi je parle de bouc émissaire. Pendant qu'on le saigne, le reste de la troupe est peinarde.
Rédigé par : Mossieur Resse | 23/01/2010 à 18:23
ouais !
Rédigé par : Largy | 23/01/2010 à 18:30
on est quand mm pas verni, france... ya deja tf1 et m6 qui ont essaye toute l'année passé de nous apprendre a vivre avec 3euros par mois parceque, la crise etant grave, il fallait s'y préparer; surtout pcq ces "grands" cruels et méchants messieurs mangeaient tout... et au cas ou un doute planait encore; que ca allais inevitablement arriver vu que au moins la moitié de la population allait crever de la grippe A et que seul un cahos sans précédents allait en résulter.
2009, bad trip médiatique.
Un gros flan avarié mm avant sa préparation.
Et encore... certes les "Arnault, Pinault, Mulliez", les footeux, les bardes... mais mince, *la meme semaine*; google conclue par un x5 sur ses revenus... si si, juste là, en desous de l'article de proglio, sur tous les medias web, mm facebook...
bref, un manque de credibilité totale, affligeante même.
Dans tous les cas ca fait plaisir de lire ces lignes tant la situation devient intolérable, inquiétante quant au média vis a vis de son audience, au moins ici, en france.
Rédigé par : paul | 24/01/2010 à 10:15
Brillante analyse !
J'ai eu un frisson d'angoisse en lisant ça : "c'est que "même" nos indignations nous sont désormais suggérées par big brozz"
C'est surement vrai... Et c'est juste flippant ! Merci Mossieur de rester éveillé quand, cerné par le troupeau frisé, on s'assoupit parfois.
Rédigé par : Laurent | 24/01/2010 à 15:46