Un enfant de cinq ans dévore son rottweiller
L'autre jour, un commentateur me suggérait de continuer à tenir ici la chronique de la bêtise ambiante. Pour en rire ou en pleurer. Mais en n'oubliant pas que la bêtise rôde aussi par ici, en ce lieu, dans ma tête, entre les lignes, ne fût-ce qu'en mode subliminal.
Parenthèse: entendu dans une travée du Monoprix, deux ados... pour goûter, je me mettrais bien en mode nutella. Hier, un joueur du XV de France, commentant sur l'Equipe.fr la deuxième mi-temps laborieuse de son team: "on s'est mis en mode survie". A quand le slogan "viens donc te mettre en mode Resse"?
Bêtise ambiante, disions-nous. Sur le Post.fr, sur tout sujet un peu touchy, il faut sans coup férir s'enfiler la farandole sans fin des fièrement pour, et des férocement contre.
Un énième rottweiller défigure un gamin de cinq ans. Son "frère" en somme, puisque dans ces familles le clébard a généralement les mêmes droits que le petit dernier. J'attendrai encore un peu pour l'inverse, que suggère mon titre hélas plus racoleur que réel. Mais il faut bien faire un peu grimper l'audience, non?
En réalité, plus banal, c'est toujours ce bon vieux Rott qui a dévoré le moutard d'une famille que je peine à plaindre, eu égard au nombre sans fin de faits divers de la même eau, se terminant toujours par le déchiquetage en règle du mouflet.
Mais aussi, que diable allait-il faire dans la caisse du chien?
S'organise ensuite l'inévitable pugilat virtuel de ceux qui incriminent les parents, inconscients, presque assassins, et de ceux qui en face font front et flèche de tous arguments. Me fascine alors la meute des canophiles militants, "savants sur la question", dont le crâne doit être bourré jusqu'à la gueule par des journaux irresponsables, cautionnés par des vétérinaires âpres au gain qui leur assurent qu'il n'y a pas de chien dangereux, juste des maîtres incompétents. Nos brillants dresseurs vont donc assurés et surs d'eux-mêmes, persuadés qu'ils maîtrisent le gros toutou jusqu'au jour où celui-là arrachera à son tour les bras, les jambes, et la tête, et la tête, au moutard qui passait par là. J'attends le jour bénit, qui ne saurait plus tarder, où c'est lui qu'on incriminera franchement.
La majorité des commentateurs, sur le Post. fr en est déjà à reprocher qu'on n'ait su assurer au domicile la coexistence pacifique de la bêêête et de l'enfant. Façon de les renvoyer dos à dos, et voyez par conséquent comme nous allons dans le bon sens.
Le meilleur demeure toutefois la tendance dénonçant clairement le complot journalistique, avec cet argument nouveau : quand c'est un berger allemand qui mord un enfant, vous n'en parlez jamais... Il y aurait donc deux poids deux mesures. Une cabale anti rott, dont on ignore les raisons, mais qui n'en débouche pas moins, et là, spéciale dédicace à mon ami Grincheux, qui en goutera tout le sel, sur cette terrible sentence inédite: "dans ces affaires, on stigmatise le rotweiller"...
Je jure que je l'ai lu, et sincèrement... je ne vois pas ce qu'on pourrait ajouter.