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14/03/2010

A l'Atelier, Fabrice Lucchini saluait Philippe Muray

C'était donc hier, vers 15 heures, sur la petite place Charles Dullin, entre Abbesses et Montmartre, un théâtre de poche, mais qu'on allait bientôt retrouver garni jusques aux cintres d'auditeurs attentifs, et pour l'essentiel déjà conquis. Il y avait là, peut-être, tous les admirateurs parisiens de Muray. Pas forcément les plus nombreux, mais bast. Pourquoi vouloir les distinguer de ceux qui manifestement pratiquent de longue date les séances de lectures de Fabrice Lucchini? On se retrouvait entre mauvaises graines, et c'était l'essentiel.

Pour moi, j'avais sérieusement regretté d'avoir manqué ses Fables de la Fontaine... Quelle vie, cette vie... On  y rate tant de rendez-vous plausibles, pour constater ensuite qu'on n'en fait rien de vraiment abouti... N'importe, je n'allais pas louper cette lecture de Muray, tout de même! Et justement... si! J'ai bien failli... sans le message d'un lecteur (qu'il faudra penser à bénir, et sa descendance, pour trois générations AU MOINS), j'allais passer à côté de l'affaire, tout à fait inconscient que l'idée même eût pu jaillir dans le cerveau du comédien... Et à vrai dire, lui-même se déclara surpris qu'elle ait  su rassembler un public "si nombreux, un samedi après midi, veille d'élection..."

Il aura lu cinq ou six longs textes, si j'ai bonne mémoire. Dont le cruellissime "sourire de Ségolène", écrit en 2004, prophétique, comme chaque fois. Mettez vous bien cela dans la tête, Muray est un génie prophétique. Il annonce TOUT ce qui sera notre quotidien avec chaque fois cinq à dix années d'avance.  Ce "sourire qui n'a jamais ri", fait encore plus froid dans le dos, après. Et d'autant plus qu'on songe à toutes "celles zé ceux" qu'il aura bernés, en 2007. Ce sourire de Madone promettant l'Apocalypse du Bien Totalitaire aux foules envapées de Charletty... Voilà en bref extrait, ce qu'en disait Muray, trois ans auparavant... (c'est moi qui graisse, les temps les plus drolatiques ou violents)

Je souris partout est le slogan caché de ce sourire et aussi son programme de gouvernement. C’est un sourire de nettoyage et d’épuration. Il se dévoue pour en terminer avec le Jugement Terminal. Il prend tout sur lui, christiquement ou plutôt ségolènement. C’est le Dalaï Mama du III e millénaire. L’Axe du Bien lui passe par le travers des commissures. Le bien ordinaire comme le Souverain Bien. C’est un sourire de lessivage et de rinçage. Et de rédemption. Ce n’est pas le sourire du Bien, c’est le sourire de l’abolition de la dualité tuante et humaine entre Bien et Mal, de laquelle sont issus tous nos malheurs, tous nos bonheurs, tous nos événements, toutes nos vicissitudes et toutes nos inventions, c’est-à-dire toute l’Histoire. C’est le sourire que l’époque attendait, et qui dépasse haut la dent l’opposition de la droite et de la gauche, aussi bien que les hauts et les bas de l’ancienne politique.

Lucchini donna également vie, force, vigueur, à l'extravagant défilé des nouveaux métiers inventés par Martine Aubry du temps qu'elle s'entichait de résorption du chômage... Et c'était l'hilarante procession des "coordonnateurs petite enfance", "accompagnateurs de randonnées", "médiateurs en milieux carcéraux", "animateurs pour personnes dépendantes", "jongleurs de rues", mille autres invraisemblables métiers du temps moderne dont nul ne sait en réalité décrire la mission concrète, et que l'auteur devinait comme autant d'indices d'un monde où le vœu pieux prend force de loi...

Il y eut de même ce réjouissant poème sur la fin d'une touriste éthique,décapitée par un djihadiste ancien franciscain... Cette autre envolée s'en prenant au "débat"... Débattre... Oui, mais de quoi!? Débattre! De tout ou de rien, n'importe, mais débattre! Sauf! Sauf DE "CE QUI NE FAIT PLUS DEBAT,"  (la gay pride, les vélib, paris-plage, la techno parade, toutes ces nouveaux rassemblements festivistes et au-delà tout ce qu'invente et impose le gentil bobofascisme en rollers, toutes ces idées modernes, donc forcément indiscutables, sans discussion possible universelles.

Il y eut cet autre texte sur l'infantilisation du monde, avec sa grande ronde des victimes se retrouvant pour EXIGER (et obtenir) REPARATION... Et cette réflexion sur ce qu'est devenue, depuis le temps de Malraux,  "la culture"... enfermement et non plus liberté...

On repartit, soulagé et satisfait des applaudissements, soulagé surtout, d'avoir entendu d'autres que soi rire, comme on avait envie de rire devant ce terrifiant  (lui eut dit, peut-être, "réjouissant") constat du monde historique en train de s'écrouler..

Voilà ce qu'écrivent de lui ses proches, sur le site philippe-muray.com

À travers tous ces essais, Muray analyse ce qu’il nomme « la mutation anthropologique en cours », d’Homo sapiens sapiens à Homo festivus, puis à Festivus festivus. Se situant, comme il l’a dit, « quelque part entre Hegel et Desproges », il décrit notre époque comme celle de la « festivisation généralisée » et de l’engloutissement de « l’ancien monde historique » dans le trou noir de « l’hyperfestif ». Avec un humour ravageur, il assène l’hypothèse de la « fin de l’Histoire », décrite comme un processus d’indifférenciation généralisée. Cette indifférenciation, désir de fond de la « nouvelle humanité », se manifeste par l’infantilisation, la féminisation et la « réanimalisation » de l’espèce et de la société. Homo festivus, affranchi du « péché originel » comme de tout « principe de réalité », désire le règne « onirique » et éternel du Bien chantant sa propre louange. C’est-à-dire la liquidation terminale du « négatif », de la dimension sexuée et tragique de l’existence humaine.

J'ai envoyé sur le site du théâtre de l'Atelier, un petit mot à Fabrice Lucchini:

Merci.

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Le sourire de la Maldonne c'était la promesse d'un miroir aux alouettes pour des foules qui attendaient d'être éblouies par l'illumination de ses dents de star blanchies aux spots des médias. C'est la société qui a fabriqué Ségolène. Miroir, miroir dis-moi que je suis belle. Malheureusemnt dans la réalité quand on se regarde en face on rit souvent jaune.

Dire que j'avais mes deux places depuis trois semaines, réservées et même payées, et que j'ai eu la flemme, hier, de bouger de ma Normandie...

Faut-il être con, tout de même, hein ?

Malgré, ou à cause de, Festivus Festivus, "j'ai bien peur que la fin du monde soit bien triste ..." (Georges B.)

"Cette indifférenciation, désir de fond de la « nouvelle humanité », se manifeste par l’infantilisation, la féminisation et la « réanimalisation » de l’espèce et de la société. "

Et pour toutes ces raisons-là, ne suis-je plus que la passagère clandestine de ma propre époque....

Love Resse !

Merde de merde de merde, j'ai manqué ça ! Est-ce que ce théâtre a une touche Replay, une fonction Catch-up ? Ou Mossieur Resse peut-il avoir l'amabilité de nous le rejouer un soir dans un bistrot chaleureux à l'ancienne... je paierais ma tournée générale le soir de la générale (pourvu que le bistrot soit petit). Promis.

Je viens de tenter de réserver au Théâtre de l'Atelier : tout est vendu jusqu'à la fin (29 mars).

Merci de me prévenir du jour et de l'endroit !...

J'ai souvenir d'un passage de Lucchini à Bouillon de Culture avec Madeleine de Romilly. Et notre magicien de se lancer dans une grande tirade pour venter les mérites du latin et du grec face au rap, démontrant justement que c'était ce dernier qui était un vecteur d'aliénation et d'asservissement psychologique, tandis que nos langues mortes favorisaient la culture générale, donc l'épanouissement intellectuel et étaient donc une garantie de liberté individuelle ...
Celà déclamé dans un style "djeun" et slam, c'était grandiose !

Merci Mossieur ! Superbe ....

Dominique : Jacqueline de Romilly ?

Certes, toutes mes excuses ...

"passagère clandestine de ma propre époque", très beau ...

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