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13/03/2010

"Marin ne tire pas sur un autre marin"

Je m'apprêtais à vous écrire quelques mots de retour du Théâtre de l'Atelier, qui a le bon goût de se situer Place Charles Dullin, qui fut en théâtre le père spirituel de Louis Jouvet, lequel est un inspirateur de Fabrice Lucchini, la boucle se bouclait parfaitement, tout cela sonnait bel et bon. J'allais vous raconter  ce bonheur éphémère de voir la salle pleine pour écouter 90 minutes de textes écrits par Philippe Muray, dont chaque lecteur attentif de ce blog sait l'admiration que je lui voue, et lus par un type époustouflant.

A plusieurs reprises, Lucchini commentant certains passages, utilisa le mot de "génie". Et le public attentif, pour moitié Murayiste, pour l'autre Lucchinien, ou l'inverse, ou les deux, ne protestait pas. Je voulais donc transmettre en retour quelques mots de satisfaction, mais...

Mais Jean Ferrat est mort dans la journée, je l'ai appris par un message express sur mon téléphone, et voilà qui gâche singulièrement mon plaisir. Comme je l'ai jeté vite, sur Twitter : chaque fois qu'une de ces voix se tait, j'ai la sensation qu'on m'arrache un morceau de ma vie.

Je n'avais peut-être la même passion intransigeante pour Ferrat, que pour Brassens et Ferré.

JeanFerrat1
Mais c'est l'homme de Nuit et Brouillard (je twisterais les mots s'il fallait les twister pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez..).

L'homme de Ma Môme (elle est pose pas dans les magazines, elle travaille en usine, à Créteil)...

L'homme de "A Brassens" (toi dont tous les marchands honnêtes, n'auraient pas de tes chansonnettes, donné deux sous, voilà que pour leur déconfiture, elles resteront dans la nature, bien après nous...)

L'homme de Potemkine (Marin ne tire pas sur un autre marin... Ils tournèrent leurs carabines...)

C'était le chanteur préféré de ma marraine, j'écoutais les 45 tours sur son teppaz, les fois où elle me gardait.

"La fuite monotone et sans hâte du temps" nous prend obstinément tous ceux qui un jour ont écrit des phrases qui donnaient un peu de sens à nos vies. Bien sûr, restent leur mots, les musiques, mais aussi la tristesse de penser au prochain qui s'en ira. Quoi que... A présent, ils ne sont plus tellement nombreux, ceux qui ont nourri mon enfance et ma jeunesse de rimes à valeurs ajoutées.

Et en un sens ça tombe plutôt bien, je n'ai plus beaucoup de larmes en stock.

De Muray, on reparlera  demain.

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Commentaires

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Une grande perte, je trouve, aujourd'hui qui reste-t-il ? Aznavour ? Ferrat a bercé ma jeunesse et je n'ai jamais cessé de l'aimer. Je suis très attristée par sa mort.
Tu sais, on a des ressources de larmes qu'on ne peut pas imaginer. On en verse des litres et des litres, on pense ne plus jamais avoir autant de peine, et puis survient un chagrin plus grand que tous les précédents.

Hélas il reste toujours "un dernier grand de la chanson" pour disparaître. Il y a un an "l'un des derniers grands" était Bashung. On peut craindre pour Aznavour. Et personnellement j'ai un attachement très particulier, historique, avec Hugues Aufray (80 ans). Même Carla Bruni sera l'une des dernières grandes (bien après Juliette Gréco) et Benjamin Biolay sera l'un des derniers grands à son tour. Le rapport entre Bruni et Biolay ? Aucun.

Moi aussi j'ai de la sympathie pour aufray même si sans dylan, il serait resté un chanteur pour colos de vacances. Moustaki, pierre perret, aznavour, gréco, se mettent à flipper grave. le forestier attend son tour qui finira par venir. benjamin qui???

Môssieur,Grincheux, Madame,

magnifique billet, et surtout "chaque fois qu'une de ces vois se tait, j'ai la sensation que l'on m'arrache un morceau de ma vie".

J'ignorais qu'il avait écrit une ode à Georges B. (ni Bruni ni Biolay, voir mon récent commentaire sur l'une de vos récente note).
Lors de son décès, de Georges, j'ai même pas été "cap." de "rigoler pour faire semblant de ne pas pleurer"

J'ignorais qu'il avait écrit une ode à George B. (non pas Bruni) Merci de me l'apprendre.

Et Jacques Higelin, aucun de vous ne l'apprécie ?
Lui aussi est parvenu à un âge respectable ...

1) Désolé pour la redite du commentaire précédent ("J'ignorais, etc.", l'émotion sans doute ...

2/ Comme écrit précédement chez Grincheux il est à craindre que Michel Drucker ne récupère l'évènement, lui qui se targuait tant de leur amitié !

3/ Malgré les circonstances une petite blagounette:
teppaz au scrabble est'il accepté ?
(Grincheux voudra bien admirer mon grand respect des règles de la forme interrogative ...)

...Camarade.

Dernier grand mon cul! (mon salut à Queneau)

Ha, ha, ha! Gageons que le jour où l'Higelin fera sa dernière pirouette, il se trouvera un joyeux farceur pour balancer (volume à 11!) "Trois tonnes de TNT" sur les images montées à la hâte par un stagiaire de "Vivement dimanche".
Et qu'enfin l'affreux clebs de Drucker déchiquette l'insoutenable Coffe. Encore un" dernier des géants" dans son genre.

Ah cet Hugo, Frais toujours ! Pas aloïsien pour deux sous, comme le petit Charles qui, à 86 ans, chante qu'il n'a rien oublié, lui non plus !
PS : j'ai ouï dire que Carla "chante pour toi (?) la seule de toutes les choses qui vaille d'être là, qui vaille d'être là"...

Quelqu'un a des nouvelles de Leni Escudero?

Rha môssieur resse qu'est-ce que vous êtes passéiste,
il n'y que nous , z"humains, qui mourront, les poètes ne meurent jamais .
quand on n'a plus d'idéaux et que parler de soi est notre seul fonds de commerce, vas-y que je te twitte l'insignifiance de mon quotidien et que je te bling-bling le vide de ma pensée sur facebook , et vas-y que je te victoire de la musique un chanteur sans texte et sans voix , je veux parler de benjamin biolay, Extrait de "assez parlé de moi" :

"J'avale la peur, j'avale la mort, j'avale ma sueur, j'ai mal au cœur
Je bois la mer, je vois derrière les meurtrières des imposteurs
Je crois le sot qui voit le doigt, au clair de lune, juste le doigt
Dans la lagune, juste le doigt, dans la belle brune, juste le doigt
Mais assez parlé de moi, mais assez parlé de moi
Mais assez parlé de moi"

un texte un doigt engagé , non?

Mon Dieu... Que de bavardage pour dire le vide.

Je m'suis pointé là par hasard un beau soir de deche,
Le blues au cul le coeur gros et le gosier à sec,
Couchés sur le trottoir un paquet de pauvres mecs,
et une super panthere qui te propose son bifteck
dans ce boxon, boxon, où c'que tous les paumés vont,
boxon, boxon...BOX-ON-ON-ON...

C'est ce Higelin là que j'aimais, et aussi celui de chope ta soupape, leslie. En revanche celui de "pars surtout ne te retourne pas", peut aller se faire mouiller la compresse jusqu'à la nuit des temps.

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