Et si vous votiez sur un seul tour?
Je dis "vous", parce que moi, hein... Je pêche à la ligne en eaux troubles, désormais.
J'entends tout un chacun pleurnicher les taux d'abstention exorbitants constatés ce dernier week-end. Chacun y va de son explication. Ce seraient les gens de la vraie gauche, désespérés qu'on ne trouve plus de "vrais candidats de gauche" capables de mettre en place une "vraie politique de gauche" dans ce pays. Cette argumentation, entendue chez le vieux coco Claude Cabannes, m'apparait d'autant plus surprenante qu'entre Besancenot, et le PC associé à Mélanchon, cela fait déjà deux façons de se démarquer du PS sans "sombrer dans les extrêmes", étant entendu que Besancenot ne se situe pas à l'extrême gauche, mais selon l'expression en cours dans tout bon média à la gauche de la gauche, laissant entendre qu'il n'y a d'extrême qu'à droite, ce que j'ai déjà signalé ici comme un des artifices de la langue de bois médiatique.
Une autre explication à ce taux d'abstention record serait, à l'inverse", à trouver dans la désespérance de l'électorat de droite, contrit de la politique d'ouverture voulue par Sarkozy. Egalement étonnant, puisque pour ne pas avoir trois ou quatre transfuges dans un gouvernement de 25, ces électeurs prendraient ouvertement le risque d'avoir une "vraie majorité" de gauche-écolo, en somme une façon de s'auto-punir.
D'autres pensent que c'est la faute à la crise, à la désespérance, et je les prie de ne pas oublier ceux pour qui selon l'expression du cher vieux disparu stalinien Jacques Duclos, tout cela c'est blanc-bonnet et bonnet- blanc.
Il y aurait une autre raison, qui serait peut-être que les gens sont las, fatigués, désabusés, de cette façon même de procéder. Je ne parle évidemment pas des irréductibles anarchistes pour qui, par quelque bout qu'on la prenne, l'élection sera TOUJOURS le piège à cons tant de fois dénoncé, et n'importe "nos parents qui se sont battus pour le droit de vote". Je parle de ceux que ce système désespère (et maire), parce qu'ils savent qu'au premier tour, on manifeste quelque colère inutile avant de se "rattraper" plus sérieusement au deuxième.
C'est pourquoi je trouverais intéressant qu'on instaurât (peut être pas pour la présidentielle, mais pour d'autres types d'élections, nationales comme locales) le vote à un tour. Pour les élections sur une tête (député) le premier arrivé remporte la queue du mickey. Pour les élections par liste (régionales, municipales) celui arrivé en tête prend la majorité, les opposants se partageant un nombre de postes proportionnels à leur score. On me dira que ce système permettra des élus FN. Certes mais d'une part, je ne vois pas ce qui distinguerait ce parti des autres, si antipathique soit-il. Soit il est hors la loi, et on l'interdit, soit il est dans le jeu démocratique et il doit bénéficier des mêmes droits que Lutte Ouvrière ou le Modem. On pourrait estimer que toute liste obtenant de 5 à 10% des voix pourrait être représentée.
On éviterait ainsi les tripatouillages d'entre deux tours, on remobiliserait l'électeur hésitant qui du coup prendrait plus volontiers ses responsabilités. Resteraient les abstentionnistes purs et durs, et les partisans du décompte du vote blanc, dont je n'ai en réalité jamais bien compris leur dessein: une fois qu'on a compté les votes blancs, que fait-on du résultat de plus que ce qui en est fait aujourd'hui? On appelle qui pour représenter ces blancs?
On me dira qu'avec mon système, Pécresse aurait gagné la région ile de france contre Huchon. Pas forcément! Huchon aurait peut-être présenté une liste commune avec les Verts pour que l'union fît la force! Mais au moins l'accord aurait-il été scellé dès le départ, et pas entre deux tours, pour "un arrangement entre amis" qui ne fait guère honneur en réalité aux grandes ambitions politiques.
Le vote à un tour, m'apparait en résumé plus moderne, plus spectaculaire, comme ces matches de Coupe de France qui jadis se faisaient par confrontations "aller-retour", et se jouent désormais "sec", en 90 minutes et éventuellement jusqu'aux tirs aux buts.
Y a des fois, je me verrais bien au Conseil Constitutionnel, moi. Je te remettrais tout ça au boulot...