13 posts categorized "Belles phrases"

02/05/2005

Autiste (Reading)

Rien à dire. Commenter le monde? Les sentiments? Les doutes? Les inquiétudes? Les petits bonheurs? les rencontres lumineuses? Le mail touchant d'un ami? La blague éculée reçue pour la dixième fois en un mois? Ce qui n'en finit pas de se faire attendre? Je ne sais rien dire aujourd'hui. Alors tiens, la parole à Boris, pour ce que je considère comme un des plus merveilleux poèmes du 20 ème siècle, et l'entendre dit par Pierre Brasseur, est je vous l'assure, un moment de forte intensité. Bonne lecture et à bientôt.

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver
Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort...

Boris Vian

19/04/2005

Pamplemousse Papam

En parfait connaisseur des affaires de l'écurie romaine, lorsque j'appris qu'une  fumée blanche était apparue, je pensai immédiatement à une importante fuite d'huile sur la Minardi n°17, occasionnant une casse moteur dans la ligne droite.

Très vite on me rappela par oreillette que je n'étais pas expert en écurie, mais dans la curie. Rejoignant mon adulte, retrouvant mes esprits, je constatai alors l'étonnante rapidité de décision du conclave. Une brève et fine analyse me conduisit à cette conclusion. A l'évidence, l'élu était:

1. un des favoris du scrutin. La décision emportée en à peine deux jours de vote, constitue un fait rarement vu depuis l'élection d'Heudebert 7, en 914, je vous dit cela de mémoire, mais Maurice Olivari me confirmera.

2. un type plutôt âgé, auquel on ne voulait en conséquence faire perdre aucun temps précieux. Au taffum rapidem, fut d'ailleurs le premier chant entamé par le choeur joyeux des cardinaux soulagés.

3. un gars ponctuel. Elu juste avant le JT de 20 heures. Du travail de pro. Donc un Suisse. Ou alors roulant en Audi, Mercédès ou BMW, voitures sur lesquelles on sait pouvoir compter.

La suite me donnerait raison. Un pape allemand. Ach! Gross malheur, a-t-on pourtant pleuré du côté de Rio, Sao Paulo, ainsi que chez Mgr Gaillot, où chacun voyait déjà en haut de l'affiche un de ces gars du tiers monde qui fréquentent les favellas plus souvent que la Banque Ambrosiano. Et pourquoi pas un nègre, tant qu'ils y étaient?

Je sais que vous attendez ma réaction. Mon commentaire.

La nomination d'Helmut, Karl, Gunther, Siegfried, Joszef à la direction de l'équipe ne constituera pas, faites confiance à un vieux renard rompu à toutes les subtilités de la politique vaticane, le signe annonciateur d'une révolution violente, au plan des mœurs et des tendances.

En clair, pour le mariage entre eux des prêtres homosexuels, pour les distributeurs de préservatifs au sein des lieux de culte, pour la béatification de Janis Joplin, pour la parité hommes/femmes au niveau des diocèses, comme pour le rab de poulet frites aux séminaires les vendredis saints, il faudra, peut-on penser, attendre encore un peu.

Reste ce nom, Benoit XVI, qu'aucun blogueur invité à prendre ici des paris, n'avait pronostiqué. Ca commence comme Benoit Misère, un roman de léo ferré, ce qui n'a rigoureusement rien à voir. Ca se termine comme Louis XVI, ce qui ne fait guère envie, même si l'élu est connu pour avoir la tête bien posée sur les épaules.

J'avais affirmé ma préférence pour Eutychien 2, qui avait de l'allure et aurait agréablement surpris. Mais de nos jours les gens n'ont plus le goût à rien.

17/04/2005

Petits bijoux signés Léo

Ferre3 C'est un désespoir qui a pas les moyens, la mélancolie...

Il est de toute première instance que nous façonnions nos idées comme s'il s'agissait d'objets manufacturés. Je suis prêt à vous procurer les moules. Mais....

La musique se vend comme le savon à barbe. Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule. Tout est prêt, les capitaux, la publicité. Qui donc inventera le désespoir?

Et l'on se sent glacé dans des lits de hasard, et l'on se sent tout seul, peut-être, mais peinard, et l'on se sent floué par les années perdues...

A porter ma vie sur mon dos, j'ai déjà mis cinquante berges, sans être un saint ni un salaud, je ne vaux pas le moindre cierge...

La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés. Elle les ignore.

Si tu savais ce que je sais, on te montrerait du doigt. Alors, il vaut mieux que tu ne saches rien. Comme ça tu es peinard. Anonyme. Citoyen.

Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir.

Je voudrais devenir le non vierge, le non avenu, par manque de lucidité. La lucidité se tient dans mon froc!

27/03/2005

Et moi et moi et moi

J'ai tout de même envie de revenir, quelques jours après l'émission - qu'au demeurant je n'ai pas vue-,  sur ce classement des "100 français les plus importants de tous les temps". Outre que le sujet en soi révèle une aptitude à poser de vraies questions (Rimbaud est il, par exemple, plus ou moins important que Corneille, sujet de réflexion juteux),  il souligne à quel point les médias de masse non seulement entretiennent, mais même fabriquent de toutes pièces la plus extrême confusion dans l'esprit du spectateur, en gommant toute dimension symbolique aux personnages à qui l'on prétend rendre hommage, toute nuance entre  l'essentiel et le secondaire, le divertissant et l'historique, se trouvant effacée au profit d'une omniprésence du poids de l'affect (les français que vous AIMEZ), de la notoriété médiatique (José Bové) et de la sacro sainte vox populi, pour qui Bourvil comptera toujours plus qu'Allain ou Alfred de Musset.

L'idée même de sens de la vie des personnages se trouve rayée du débat par l'idée du classement. Dès lors, ce gigantesque sac à n'importe quoi que devient la mémoire collective, peut convoquer ensemble au Sénat Dalida et Jean Moulin, Marie Curie et Raymond Poulidor, Victor Hugo et Aimé Jacquet, De Gaulle et Fernandel, Napoléon et Luc Besson.

On s'étonne que Mike Brandt, Bernard Ménez, Françoise Hardy, Etienne Daho, Louison Bobet, n'y figurent point, mais 100, c'est 100, n'est ce pas... Et l'on se console en constatant que Michel Drucker peut cotoyer Rimbaud, Claude François Louis Pasteur, et Coluche Molière.

Ce fatras ne nous évite bien sûr aucun poncif: sportifs en grand nombre réhabilités, artistes "populaires" magnifiés, humanitaires plébiscités pour le plus grand confort de la bonne conscience universelle. Et il ne vient à l'idée d'aucun de ces producteurs de service public que le concept même de l'émission, et les résultats navrants qu'elle exprime, relèvent tout bonnement de la connerie la plus fondamentale.

23/03/2005

faut que ça saigne

Viande Jadis, qui n'aimait pas la bavette d'aloyau, le faux filet, l'andouillette, le boeuf mironton, le lapin moutarde, le jarret sur lit de choucroute, la tête de veau ravigote, était "végétarien".

Et "pas plus fier pour autant", aurait ajouté mon grand-père.

Justement. Quel con, mon grand-père.

Bien sur qu'il faut en etre FIER!

Car aujourd'hui, qui ne l'a encore compris est bien le roi des abrutis, il n'y a en ce monde que deux postures possibles.

Celle de la victime, -je vous l'ai dit et répété- qui à cet égard, se place en situation d'exiger des droits spécifiques, en réparation de sa douleur. D'une société par avance terrifiée à l'idée qu'elle pourrait dire non, et passer ainsi pour "discriminatoire", on peut tout obtenir. Ne riez pas, les exemples pullulent. C'est à de tels indices qu'on voit qu'un certaine Europe du nord est en marche.

L'autre posture est celle du "fier". En anglais, pride. Autre promesse de succès, comme le démontrent tous les pays modernes dignes de ce nom que le monde entier nous envie, où les marches de fierté gay, bi, lesbo, trans, trav, passifs, actifs, alternatifs et continus, constituent désormais un sommet attendu de la vie sociétale, avec le lancement de la Ferme 2 et la soirée des Voisins, dont j'entends déjà les premiers préparatifs joyeux en arrière cour, attendez moi, les amis, je vous rejoins.

Donc, FIER.

Fier de tout, de rien. D'être ou ne pas être. Fier de porter partout le fer de la rebellion dans le ventre du monde ancien. d'être fier. Et Fier d'être victime. La boucle est bouclée.

Donc notre gusse du début. Qui n'aime la viande ni rouge ni blanche, ni crue ni cuite,  depuis que sa vieille môman, un soir, l'avait forcé à terminer sa langue de boeuf, il avait sept ans, et jamais le souvenir ne cesserait par la suite de le hanter. Que celui qui n'a pas connu ces supplices de nausée sournoise, quand la viande trop longtemps mastiquée, vieille boule de pâte écoeurante à force de n'avoir plus aucun goût, joue les prolongations dans l'arrière fond de la glotte en s'obstinant à ne pas tomber loin du gosier, lui jette la première escalope.

Végétarien? Bof. Rien. Sauf que maintenant, si! Le gars, un nouveau monde s'ouvre à lui. Va pouvoir se venger. Car désormais il y a:

                                            la Veggie Pride, le 21 mai 2005:

                   « Fête de la fierté végétarienne et végétalienne »(*)

Au programme de l'édition 2005, lu sur un de ces sites qui font d'internet la joie quotidienne de mes vieux jours ébahis:

- "dénoncer la végéphobie" (*) Il y avait longtemps. "Par sa simple existence, le végétarisme met en cause la légitimité de l'exploitation animale. C'est pourquoi il est ignoré, ridiculisé, diffamé. On veut nous faire honte de notre compassion. Nous ne nous laisserons pas intimider", lancent sans rire, vague menace dans le propos, ces énièmes croisés du bien triomphateur, à n'en pas douter promis aux plus grands succès. La guerre des carottes va commencer. Et bientôt la nouvelle loi qui ira avec: "suceur de radis"? 6 mois de prison. "Betterave à bavette", 10 milles euros d'amende. Pas déconner avec ça, hein.

- Puis: défendre nos droits. Qu'est ce que je vous disais?  Veulent (EXIGENT) un "Temps de parole équitable". Equitable par rapport à QUI? Jean-Luc Petit Renaud, Jean Pierre Coffe?  Maïté? Equitable OU? a la cantine? au marché? sur mon blog? Veulent quoi? Un temps de parole sur TF1, dans le jour du Saigneur, chez Ardisson? A la soirée des Césars? Equitable comment? Parviendraient à me faire peur, pour un peu...

... veulent des repas végétariens dans les collectivités. Cuistot de cantine, je vous l'annonce, c'est plus un métier. Un sacerdoce, oui.

Et le mieux: "droit de refuser toute participation à l'exploitation animale par notre travail ou nos impôts..."

Phrase tout à fait extraordinaire, qui nous confirme que nous sommes bien au 21 eme siècle: là où l'on peut exiger TOUT, d'une revendication qui ne signifie RIEN, de ce ton peremptoire d'enfant roi capricieux, qui ferait beaucoup pour le rétablissement des chatiments corporels dans toute société où le bon sens aurait encore droit de cité.

On ne parle pas à table, tant qu'on a pas fini son assiette de foie de génisse. 

(*) oui oui. véridique

05/03/2005

Spéciale dédicace à Frère Kodak

Capitaine qui m'a donné l'envie de reviser un peu l'encyclo des injures du Capitaine.

Et d'en réactualiser quelques-unes telles que:

- Bayadère de carnaval! - Mitrailleur à bavette! Naufrageurs! - Moujiks! Catachrèses! Phlébotomes! Pignoufs! Clysopompe! Crétin des Balkans!

En plus de mes trois préférées: Jocrisse! TchoukTchouk nougat! et Satrape!

10/11/2004

A méditer

Choisir, c'est renoncer...

01/11/2004

Le sens de la vulgarisation

Dans le Hors Série du NouvelObs, consacré à la psychanalyse, je découvre parmi d'autres cette phrase chantournée du Professeur Marcel Conche, de la Sorbonne, qui nous fait remarquer, non sans pertinence, "que celui qui dit que le déterminisme est universel, se contredit car il ne pourrait pas porter le jugement que le déterminisme est universel comme ayant un sens de vérité si le déterminisme était universel."
J'étais sur le point de vous l'écrire, mais il me l'a oté des doigts, et franchement, je n'aurais pas mieux dit.
On entend parfois que la force des grands savants, c'est que lorsqu'ils vous parlent, vous vous sentez devenir intelligent... Qu'en conclure, dans le cas contraire?

21/10/2004

Au hasard d'une discussion...

... Me revient cette jolie phrase, si fantastiquement juste, de Michel Audiard.
"Les cons, ça ose tout.
C'est même à ça qu'on les reconnait"...

10/09/2004

Capté dans le Canard...

... Enchaîné, de cette semaine, sous la signature de JLP (Jean-Luc Porquet, sans doute), cette belle formule de GK Chesterton: "depuis que les hommes ne croient plus en rien, ils croient à tout"...