J'écoutais l'autre jour, en voiture, l'émission de Dechavanne sur Europe 1, pour ou contre le tabac. Je ne suis pas parvenu à joindre le standard, mais voilà en gros ce que j'aurais aimé lui dire.
Je ne suis pas anti-fumeur, je suis anti-tabac. Je sais de quoi je parle, à 12 ans je fumais régulièrement, car mes parents trouvaient qu'il valait mieux ne "pas se cacher" pour fumer. Belle idiotie. En ce qui me concerne j'ai toujours dit à ma fille que jusqu'à ses 18 ans et un jour, je lui ferai une guerre comme elle n'imagine pas, si je la chope avec au bec un clope. A 15 ans, elle est non fumeuse, c'est toujours cela de gagné.
En ce qui me concerne, comme à l'époque il n'était pas interdit de fumer dans la cour du collège, puis dans les classes du lycée, (une de ces belles conneries post 68) à 15 ans je fumais près d'un paquet par jour, sans compter les oinjs, sur la corde à linge.
J'ai fumé jusqu'à 32 ans, j'étais monté à deux paquets quotidiens. Un jour je m'aperçus que j'avais deux cendriers, un à gauche de l'ordinateur, un à droite. Dans chaque, une cigarette allumée. Ainsi j'en étais à fumer deux cibiches à la fois, sans m'en être rendu compte...
Je fus pendant plus de 10 ans un fumeur malheureux culpabilisant chaque jour de faire la queue au bureau de Tabac avec les autres malades. Je sentais bien qu'il se jouait quelque chose de pas net pour ma santé, mais je ne parvenais pas à m'arrêter. Intox.
Lorsque ma fille naquit, je me donnai dix mois pour stopper les conneries.
Le souvenir de cet homme croisé un jour dans un couloir de l'Institut Gustave Roussy, traînant comme un boulet son tube à chimio, trachéotomysé, si maigre dans son pyjama rayé et tirant pourtant comme un perdu sur une de ses dernières Gauloise, ne fut pas pour rien dans ma décision. Que son fantôme en soit remercié. Cela fait aujourd'hui près de 15 ans que je me suis sevré de cette drogue néfaste. Et bien content, même si j'ai pris un paquet de kilos, et découvert que j'étais plus sensible au stress que je ne le soupçonnais auparavant.
Aujourd'hui je mesure toute l'absurdité des raisonnements du fumeur, d'autant que je les ai peu ou prou tenus moi-même.
Le fumeur s'estime raquetté. Oubliant qu'il lui suffirait d'arrêter pour que cesse le racket. Oui, mais nous dit-il, pourquoi devrais-je arrêter puisque j'aime ça!
Aussitôt le fumeur en appelle donc au respect de sa liberté. Il se décrira souvent comme victime de l'intolérance des non fumeurs et plus largement de la société (encore un, voir mon post précédent) qui le harcelle. Oubliant bien sûr que c'est lui qui en réalité impose sa fumée, son odeur, l'air irrespirable, à son entourage. Le fumeur ne pensera jamais à aérer le lieu qu'il empeste. Parfois il vous reprochera d'aérer, car il fait froid dehors!
Ma femme n'a jamais fumé, fallait-il qu'elle m'aime pour supporter tout ce temps où je l'ai empestée, en totale inconscience.
Au restaurant, notamment, le fumeur ne voit aucun inconvénient à vous pourrir le hors d'oeuvre, le plat de résistance et le dessert, en orientant ostensiblement sa fumée dans votre direction. Et si le voisin fume le cigare, c'est encore mieux, bien sûr.
Le fumeur en appelle au respect de sa liberté, mais il nie dans le même temps qu'il ne peut se passer du tabac, et cela est précisément la négation même de la liberté, qui suppose qu'on ait réellement le choix. Ce qu'il réclame en fait, c'est le droit de rester enchaîné à sa dépendance. Il le revendique même, prenant des vessies pour des lanternes, il confond sa liberté et son aliénation. A croire que tout individu ait besoin de tenir un drapeau, une bannière sous laquelle se ranger.
Le fumeur souvent refuse de voir les messages en noir sur les paquets, cela le perturbe. Il s'invente alors une autre réalité. Je connais une fumeuse qui s'est fabriquée une boite marquée "un instant de plaisir", qui masque les messages "fumer tue", "fumer donne le cancer". Le mieux: cette amie est médecin, pédiatre, elle a deux enfants à qui elle balance tranquillement sa fumée dans le pif, sans se poser la moindre question...
D'ailleurs, de plus en plus de fumeurs sont des fumeuses. Souvent des femmes revendiquant leur émancipation. Mais qui signent par leur addiction leur soumission à l'accoutumance.
Souvent ces fumeuses seraient promptes à traiter le premier mec venu de macho. Oubliant que lorsqu'elles fument c'est aussi inconsciemment pour accéder à un des codes les plus ridicules de la soi disant virilité.
La fumeuse qui réclame l'égalité des sexes, commence ainsi par singer un des comportements masculins les plus critiquables. Réclamons en somme l'égalité dans la bétise.
Souvent le fumeur de gauche en appelle avec vigueur au respect de sa liberté. A aucun moment ne lui vient à l'idée qu'il est en fait la victime consentante et complice de l'industrie la plus cyniquement capitaliste qui soit, celle qui ne recule devant aucune immoralité pour intoxiquer de nouveaux jeunes, dont la motivation ultime est d'empoisonner le monde, allant jusqu'à mentir sans vergogne sur la composition de ses produits. Le fumeur de gauche critique le capitalisme, mais cautionne par son addiction ce contre quoi il prétend par ailleurs lutter. Et ne fait jamais ce rapprochement pourtant évident. Dans le même temps qu'il dénonce le cynisme de TF1 (par exemple) il ne songe ni à Marlb... ni à Ph.Mor... ni à Peter Stu...; Etonnant, non?
Le fumeur oublie notamment que des entreprises de tabac vont jusqu'à payer des productions audiovisuelles où apparaitront soit la marque, soit les codes et couleurs de la marque, soit des gens qui fument. Je me souviens notamment d'un film avec Jeanne Balibar (j'ai horreur de l'amour) où toutes les deux minutes, un personnage demandait une cigarette à un autre. Je parierais ma chemise que le film fut en partie financé par une Agence en réalité mandatée par une compagnie du tabac.
Le fumeur ne veut pas savoir qu'il s'empoisonne. J'ai entendu un fumeur pourtant intelligent, scientifique de surcroît, me lancer que la science ça va ça vient, et que si ça se trouve, dans dix ans, on redécouvrirait des bienfaits à la cigarette. Tous les arguments lui sont bons, jusqu'aux plus invraisemblables. Mourir de ça ou d'autre chose?
Personnellement, quitte à mourir, ce qui n'est pas certain,
j'ai décidé que ce sera d'autre chose. On verra bien...