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24/03/2005

Du blog aux jeunes abrutis

Ce matin, un journaliste évoque ces blogs d'ados où nos jeunes niaiseux iraient un peu "trop loin", raillant parfois jusqu'à l'insulte leurs professeurs, lesquels, "traumatisés", exprimeraient ensuite leur "désarroi" à une administration "prête à sévir".

A titre d'illustration, le micro est tendu à l'un de ces crétins émessènisés, qui loin de se rendre compte que "le droit à l'image" et l'interdiction de l'injure ou de la diffamation s'appliquent aussi à des glands comme lui, se désigne comme "victime", car explique-t-il, venir ainsi sur son blog constitue "une intrusion dans sa vie privée".

Ignoble boutonneux, déjà maniant la langue de bois du néo moderne, à la fois irresponsable et plaintif. Pretendre à protéger sa vie privée en la mettant sur internet. Qui sont les parents?

21/10/2004

Jean Marc est fortiche

Pour qui voudrait sonder l'infini de la bêtise ambiante, écouter l'émission quotidienne de Jean-Marc Morandini, sur Europe 1 (10h30-12h00, toute la semaine) s'avère une source intarissable d'étonnement, de consternation, voire parfois d'affolement... Tout dans cette chronique quotidienne de la télévision française tend à nous démontrer à quel point nos compatriotes semblent avoir perdu le sens commun autant que celui de la critique.
Y écouter d'abord les commentaires passionnés, ébaubis ou indignés, qui suivent les petits événements de la télé dite "réalité". Mais ces gens-là ont-ils vraiment le droit de vote?? Enrique a taloché Julie, qui a piqué une crise de nerfs et a filé se plaindre dans le bureau de Gérard Louvin. Pensez vous qu'il a bien fait? Qu'elle va bientôt se faire sortir? Que vous devriez fermer le poste pour lire un livre, de temps en temps? Pour vos réactions, appelez nous tout de suite au 01 42....
Entendre ensuite le susdit Morandini morigéner mollement des animateurs qui dérapent, d'un ton de moraliste effarouché mais pas trop critique quand même, vu que ces dérapages sont précisément ce qui lui permet de tenir le crachoir, chaque jour que fait Patrick Le Lay. Et de gonfler ainsi ses points de retraite par un moyen somme toute inespéré, l'essentiel étant que le public ait la mémoire courte.
Se souvenir en effet que le même fut en son temps l'un des artisans les plus zélés de la trash TV, qui fait aujourd'hui son miel, d'un air faussement affligé - Bon sang, "jusqu'où s'arrêteront-ils?"- des âneries de ses collègues de bureau.
Entendre ensuite, grâce à nos cherzoditeurs, des débats tendus sur des thèmes aussi essentiels que Fogiel exagère-t-il? Delarue fait il sa fortune sur le dos du malheur quotidien? Arthur nous prend il vraiment pour des cons? Et Ardisson? Et Drucker? Enrique est-il un macho? (celui-là je ne sais pas du tout qui c'est, mais j'ai au moins compris que ce n'est pas vraiment Vincent McDoom, qu'au demeurant je ne connais pas non plus. Dieu me préserve).
Se régaler ensuite, saisie au vol, de l'intervention d'une Chienne de Garde, outrée comme il se doit, prête à lancer une pétition pour que le dit Enrique quitte la star ac' au plus tôt. Pour la castration, on verra plus tard.
Se demander enfin si après les émissions qui singent le réel et en inventent un de rechange, puis les émissions qui commentent les émissions de tévé, nous n'aurons pas bientôt les journaux qui se moquent de la radio qui commentent les émissions de télé qui nous font croire que les studios tévé sont la seule vraie vie. Et conclure en se disant que décidément, il faudrait peut-être songer à réhabiliter le vieux slogan gaucho des seventies. Ouvrez les yeux, jetez votre télé!

Les Guignols censurés?

La semaine passée, Les Guignols de l'info sortaient de leur manche un de ces sketches "limites", dont ils ont parfois le secret, quittaient le terrain de la caricature et de la parodie pour frôler de très près la calomnie et l'insulte. Ce n'est pas que je porte plus que cela dans mon coeur la consternante Evelyne Thomas, et ses propos rase bitume instaurant la confusion entre qualité supposée des programmes et niveaux réellement atteints en termes de parts de marché. De là à la décrire comme une fan d'Hitler et de l'inquisition, il y a tout de même une marge. Suivant une protestation officielle d'Etienne Mougeotte, la direction de C+ décidait finalement de ne pas rediffuser le sketch à l'occasion du Best Of dominical, se désolidarisant alors de Bruno Gaccio et sa bande, qui protestent.
Au-delà de cet épiphénomène, l'incident me donne l'occasion de dire ce que je pense du niveau actuel de l'émission, naguère "culte" lorsqu'elle était réellement insolente et frappait tous azimuts; mais qui désormais porteuse de sa propre idéologie, devient à ce titre, banalement prévisible. Les auteurs confondent allègrement caricature et acharnement, dès que telle ou telle personnalité n'a pas l'heur de leur convenir. Ainsi Chevènement aura-t-il été systématiquement décrit comme un crypto fasciste ayant un jour employé le mot de "racaille" pour caractériser de jeunes délinquants... Récemment François Bayrou, opposé à l'entrée de la Turquie en Europe, (ce qui est bien son droit politique, quoi qu'on en pense par ailleurs), était aussitôt dépeint comme un démagogue en réalité raciste. Plus généralement, tout catholique sera systématiquement décrit comme un fanatique intégriste et cynique. Et dans le même temps la poupée de Ben Laden se voit, elle, ramenée à l'image finalement pas si antipathique d'un terroriste bonasse, plutôt rigolo (rappelez vous "l'ispice di cônasse" devenu il y a deux ans un gimmick bon enfant). Un peu excessif, l'Oussama, mais ayant sûrement ses bonnes raisons... En résumé, en décidant de s'impliquer, jusqu'à devenir défenseurs de certains points de vue, par exemple pro arabes et clairement anti-israéliens, ou présentant systématiquement les altermondialistes comme d'honnêtes humanistes, tous les autres étant peu ou prou vendus à la cause libérale, les Guignols ont depuis belle lurette, perdu une bonne part de leur crédibilité... et sont devenus beaucoup moins drôles et talentueux... ceci expliquant sans doute en partie cela. Le même commentaire vaudrait exactement pour Karl Zéro.

Le retour de Delpech

Delpech Ah, le nombre de regards perfides ou moqueurs qu'il m'aura fallu affronter, chaque fois que je lâchais dans une conversation, tout le bien que je pensais d'un chanteur à mon avis totalement sous estimé nommé Michel Delpech. Bien sûr tout ce qu'il a enregistré n'atteint pas les sommets, on trouve dans sa discographie des musiques un peu trop sirupeuses, des textes gentillets. Mais trouvez moi un artiste qui a enregistré autant de tubes inscrits dans notre inconscient collectif, par la magie de mélodies simples et élégantes sans être racoleuses, et de textes touchant juste et précis, dans des thèmes d'actualité. Il faut juste pour s'en convaincre, réécouter cette version de Chez Laurette, remodelée au violon, absolument superbe. Et se rappeler ensuite Les Divorcés, Le Loir et Cher, Wight is Wight, Quand j'étais chanteur, Marianne, et tant d'autres... sans oublier ces V.F. de chansons de Paul Simon, parfaitement réussies. Delpech, c'est l'authentique chanteur populaire dans ce que le mot peut avoir de meilleur. Eh bien, le voici qui sort un nouvel album, et toute la critique semble pour le coup s'enthousiasmer. Ce come back, tel un rayon de soleil en plein automne, est aussi rare que bienvenu.

18/10/2004

Etes vous coach?

Le petit monde de la communication a le secret pour inventer des mots valises, des fourre-tout où chacun met sa propre définition, sans jamais se trouver sur la même longueur d'ondes que l'interlocuteur. Ainsi des deux mots coach et coaching qui font un tabac dans les émissions dites de service public, et qui désormais regroupent à peu près tout ce que l'on veut: entraîneur sportif; chef des ventes (coach de vendeurs); manager de services (le coaching comme synonyme de team building); pseudo-psys, profs de danse, ou de chant, ou de macramé, rebaptisés coaches pour suivre la tendance; on trouve des coaches pour maigrir, pour réapprendre à parler, des coaches par téléphone, d'autres par internet, qui ne rencontreront jamais leurs pigeons (pardon, leurs patients, non, clients, euhh enfin, leurs coachés, quoi).
Sans parler des formateurs en PNL, AT (analyse transactionnelle), des psys en manques de débouchés, voire bientôt des maîtres d'apprentissage qui se rebaptiseront coachs en charcuterie, ébénisterie, plomberie. J'oubliais les spécialistes du relooking, les re-engineers, les outplacers, jean passe, et des meilleurs.
Dans ce capharnaüm, l'usage même abusif d'un même mot n'en est pas moins révélateur du profond malaise ressenti par un nombre croissant d'individus, à vivre leur vie, à gérer seuls leur existence, à bâtir leur chemin, sans soutien extérieur. Cela dit, nous n'avons pas à ce stade de la discussion dit ce qu'était pour nous un coach, ce qui reviendrait à trier le bon grain de l'ivraie, à se définir comme détenteur de LA bonne définition.
A chacun donc de se débrouiller dans le maquis pour trouver celui ou celle qui saura, non pas vous donner des conseils ou des indications, mais bien vous accompagner sur le chemin de VOS PROPRES SOLUTIONS. Ce qui signifie écoute plus que parole.

Pour faire court: si votre coach est bavard, il est peut-être temps d'en changer...

17/10/2004

Schonberg flingue l'ambiance

Chaque dimanche soir c'est la même chose. Histoire de se persuader que le week end est bel et bien fini, que la semaine reprendra dès le lendemain ses droits, avec son joyeux cortège quotidien de crimes, attentats, massacres, boucheries, séismes,malheurs, sinistres, rien de tel qu'un journal de 20 heures, sur France 2, avec Elisabeth Schonberg, ordonnatrice en chef de sa voix lancinante et lasse, d'une plainte monocorde qui te collerait le bourdon au gagnant du gros lot d'Euromillions. Avec elle aucun doute, la paix, la concorde, ne sont pas pour demain. Vous me direz que ce n'est pas elle qui fait l'actualité. C'est à se demander. Seule Claire Chazal parvient à la concurrencer, mais c'est au même moment. Je les soupçonne toutes deux d'être un poil sadiques: histoire de bien profiter de leur semaine de repos, elles te plombent ta semaine de boulot, suivant à la lettre le bon vieux principe qui dit qu'il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux...

16/10/2004

Pires et Silvestre font la bouille

Le footballeur Robert Pires n'était pas content parce que l'autre soir, à Chypre, il n'a joué (mal) qu'une mi-temps. Il fut du coup remplacé à la pause par un garçon (Moreira) qui n'avait que deux sélections à son actif, alors que Pirès approche les 80 "capes". Du coup, il resta bouder, tout seul, dans le vestiaire, pour bien signifier son désaccord. Son ancienneté, ajoutée à ses titres d'ancien champion du monde et d'europe, lui donnerait-elle des droits spécifiques? Celui de faire quoi qu'il advienne ses 90 minutes, sans que le sélectionneur puisse lui préférer une autre solution? Faut-il lui envoyer une lettre recommandée avec AR pour le prévenir qu'il est éventuellement "remplaçable"? Il y a là un orgueil je crois assez français, qui consiste à penser qu'au-delà d'une certaine expérience, on peut revendiquer un statut de titulaire de droit, membre de droit, et que l'on peut exiger des égards particuliers, dus à son rang. Cela s'appelle à mon avis avoir le melon, et se prendre pour un autre.
De son côté (gauche) Mikael Silvestre a joué l'un des plus mauvais matches qu'on puisse rêver. Une gaucherie (précisément) telle qu'il en venait à rater ses touches. On aurait dit qu'il avait deux pieds... gauches, et aussi deux mains! L'explication tient à ce qu'à Manchester United, son club, le garçon joue arrière central, et qu'il aspire en Equipe de France à tenir le même poste, désir auquel le sélectionneur n'a pas accédé. De là à penser qu'il a raté son match "exprès", manière de marquer sans le dire sa désapprobation, il n'y a que quelques pas qu'aucun journaliste bien sûr ne se hasardera à franchir, mais la supposition a du bruler les lèvres de nombreux spectateurs. Là aussi, un sportif est-il en situation de revendiquer une place, un statut ? Est-on membre de l'Equipe de France comme un fonctionnaire, c'est-à-dire inamovible ou indéplaçable sans son acquiescement?
Ces garçons richissimes et plus gâtés que coqs en pâte, ne se moqueraient-ils pas un tout petit peu du monde?

Un sujet bien délicat

La récente sortie d'un dirigeant du front national, remettant en cause à petits mots feutrés, la réalité des chambres à gaz, ce qui l'expose à des poursuites judiciaires pour négation de crimes contre l'humanité, remet aussi sous les feux de la rampe la Loi Gayssot. Pour une étude riche des questions de droit liées au négationnisme, voir un site particulièrement documenté intitulé Pratique de l'histoire et dévoiements négationnistes. Mon interrogation ne se situe pas sur ce sujet.

Comme le journaliste Robert Ménard, fondateur de l'association Reporters sans frontières et coauteur d'un ouvrage intitulé "La censure des bien pensants" (ed. Albin Michel), je suis partisan pour la France d'une évolution qui n'a ri-gou-reu-se-ment aucune chance d'arriver: à savoir une TOTALE, je dis bien TOTALE, liberté de parole, copiant le principe américain du 1er amendement connu sous le nom de Freedom of Speech. Non que je sois en aucune matière et le moins du monde sympathisant des thèses extremistes ou révisionnistes, mais, -pour faire court- parce que je pense que les lois restreignant chez nous (aussi en Allemagne) la liberté de parole sont en réalité INEFFICACES. Au début des années 90, la Loi Gayssot avait entre autres objectifs de lutter contre le racisme ou l'antisémitisme, et au-delà, soyons clairs, de limiter la sphère d'influence du fn. Moyennant quoi nous avons eu tout de même le 22 avril 2002... Depuis plus de 25 ans, Faurisson est interdit de parole, et a même vu un de ses ouvrages préfacés par Noam Chomsky, qu'on ne saurait soupçonner d'une quelconque sympathie pour ce genre de prose, au motif qu'il lui semble anormal qu'un point de vue, quel que discutable qu'il puisse être, n'ai pas le droit de s'exprimer. Je pense que laisser les propos les plus aberrants voire les plus détestables, être verbalisés au grand jour, reste le meilleur moyen de les discréditer; tandis que les limiter, a fortiori les punir, nourrit la bonne vieille thèse du complot (si cette parole est interdite c'est que "quelque part elle dérange et remet en cause la vérité officielle", par contrecoup suspecte. L'interdiction encourage les courants de sympathie qu'elle prétend contrecarrer. On me dira que dans les années 30, la presse fasciste de caniveau étalait sa haine au grand jour. On ne peut pas pour autant lui imputer Vichy et ses lois ignobles, qui demeurent conséquences de la défaite militaire.
De même, je pense que l'adoption de lois punissant par exemple les propos sexistes (réclamés par de nombreuses associations féministes) ou homophobes (actuellement discutée à l'Assemblée) propos pour lesquels - j'insiste- je n'ai aucune espèce de sympathie, entretiendront au bout du compte les ressentiments, et feront grandir dans l'ombre la bienveillance pour de pseudos trublions qui tireront une popularité du fait "qu'ils dérangent", et qu'on les estimera "injustement interdits de parler". Ils endosseront du coup l'habit confortable de victime qui par les temps qui courent, constitue un excellent argument de promotion, chacun puisant d'abord sa légitimité, je l'ai déjà soulevé, dans un statut de victime potentielle.
L'exemple récent de Dieudonné est révélateur. Au lieu de le laisser s'empétrer tout seul dans son fatras, de lui tendre même le micro, on en a fait une sorte de martyr, qui du coup multiplie les interviews sur des sites communautaristes où il déverse toujours à mots couverts et sous entendus, une logorrhée antisémite. En le faisant passer au tribunal, on a donné du poids à une parole à bien des égards inepte.
De même la sortie du personnage du fn est-elle évidemment calculée, a-t-elle été soupesée, et permettra au parti populiste de satisfaire à bon compte son "coeur de cible".
J'ai évidemment conscience qu'on peut être opposé au point de vue que je défends, et qu'il y a bien des arguments contre. Je n'en reste pas moins intimement convaincu que ces lois "bien intentionnées" sont non seulement inefficaces, mais ce qui est plus ennuyeux, contre-productives à long terme. Exemple en Allemagne, où l'on voit le NPD entrer de nouveau dans un parlement régional...

13/10/2004

Les paradoxes du fumeur

J'écoutais l'autre jour, en voiture, l'émission de Dechavanne sur Europe 1, pour ou contre le tabac. Je ne suis pas parvenu à joindre le standard, mais voilà en gros ce que j'aurais aimé lui dire.

Je ne suis pas anti-fumeur, je suis anti-tabac. Je sais de quoi je parle, à 12 ans je fumais régulièrement, car mes parents trouvaient qu'il valait mieux ne "pas se cacher" pour fumer. Belle idiotie. En ce qui me concerne j'ai toujours dit à ma fille que jusqu'à ses 18 ans et un jour, je lui ferai une guerre comme elle n'imagine pas, si je la chope avec au bec un clope. A 15 ans, elle est non fumeuse, c'est toujours cela de gagné.

En ce qui me concerne, comme à l'époque il n'était pas interdit de fumer dans la cour du collège, puis dans les classes du lycée, (une de ces belles conneries post 68) à 15 ans je fumais près d'un paquet par jour, sans compter les oinjs, sur la corde à linge.

J'ai fumé jusqu'à 32 ans, j'étais monté à deux paquets quotidiens. Un jour je m'aperçus que j'avais deux cendriers, un à gauche de l'ordinateur, un à droite. Dans chaque, une cigarette allumée. Ainsi j'en étais à fumer deux cibiches à la fois, sans m'en être rendu compte...

Je fus pendant plus de 10 ans un fumeur malheureux culpabilisant chaque jour de faire la queue au bureau de Tabac avec les autres malades. Je sentais bien qu'il se jouait quelque chose de pas net pour ma santé, mais je ne parvenais pas à m'arrêter. Intox.

Lorsque ma fille naquit, je me donnai dix mois pour stopper les conneries.

Le souvenir de cet homme croisé un jour dans un couloir de l'Institut Gustave Roussy, traînant comme un boulet son tube à chimio, trachéotomysé, si maigre dans son pyjama rayé et tirant pourtant comme un perdu sur une de ses dernières Gauloise, ne fut pas pour rien dans ma décision. Que son fantôme en soit remercié. Cela fait aujourd'hui près de 15 ans que je me suis sevré de cette drogue néfaste. Et bien content, même si j'ai pris un paquet de kilos, et découvert que j'étais plus sensible au stress que je ne le soupçonnais auparavant.

Aujourd'hui je mesure toute l'absurdité des raisonnements du fumeur, d'autant que je les ai peu ou prou tenus moi-même.

Le fumeur s'estime raquetté. Oubliant qu'il lui suffirait d'arrêter pour que cesse le racket. Oui, mais nous dit-il, pourquoi devrais-je arrêter puisque j'aime ça!

Aussitôt le fumeur en appelle donc au respect de sa liberté. Il se décrira souvent comme victime de l'intolérance des non fumeurs et plus largement de la société (encore un, voir mon post précédent) qui le harcelle. Oubliant bien sûr que c'est lui qui en réalité impose sa fumée, son odeur, l'air irrespirable, à son entourage. Le fumeur ne pensera jamais à aérer le lieu qu'il empeste. Parfois il vous reprochera d'aérer, car il fait froid dehors!

Ma femme n'a jamais fumé, fallait-il qu'elle m'aime pour supporter tout ce temps où je l'ai empestée, en totale inconscience.

Au restaurant, notamment, le fumeur ne voit aucun inconvénient à vous pourrir le hors d'oeuvre, le plat de résistance et le dessert, en orientant ostensiblement sa fumée dans votre direction. Et si le voisin fume le cigare, c'est encore mieux, bien sûr.

Le fumeur en appelle au respect de sa liberté, mais il nie dans le même temps qu'il ne peut se passer du tabac, et cela est précisément la négation même de la liberté, qui suppose qu'on ait réellement le choix. Ce qu'il réclame en fait, c'est le droit de rester enchaîné à sa dépendance. Il le revendique même, prenant des vessies pour des lanternes, il confond sa liberté et son aliénation. A croire que tout individu ait besoin de tenir un drapeau, une bannière sous laquelle se ranger.

Le fumeur souvent refuse de voir les messages en noir sur les paquets, cela le perturbe. Il s'invente alors une autre réalité. Je connais une fumeuse qui s'est fabriquée une boite marquée "un instant de plaisir", qui masque les messages "fumer tue", "fumer donne le cancer". Le mieux: cette amie est médecin, pédiatre, elle a deux enfants à qui elle balance tranquillement sa fumée dans le pif, sans se poser la moindre question...

D'ailleurs, de plus en plus de fumeurs sont des fumeuses. Souvent des femmes revendiquant leur émancipation. Mais qui signent par leur addiction leur soumission à l'accoutumance.

Souvent ces fumeuses seraient promptes à traiter le premier mec venu de macho. Oubliant que lorsqu'elles fument c'est aussi inconsciemment pour accéder à un des codes les plus ridicules de la soi disant virilité.

La fumeuse qui réclame l'égalité des sexes, commence ainsi par singer un des comportements masculins les plus critiquables. Réclamons en somme l'égalité dans la bétise.

Souvent le fumeur de gauche en appelle avec vigueur au respect de sa liberté. A aucun moment ne lui vient à l'idée qu'il est en fait la victime consentante et complice de l'industrie la plus cyniquement capitaliste qui soit, celle qui ne recule devant aucune immoralité pour intoxiquer de nouveaux jeunes, dont la motivation ultime est d'empoisonner le monde, allant jusqu'à mentir sans vergogne sur la composition de ses produits. Le fumeur de gauche critique le capitalisme, mais cautionne par son addiction ce contre quoi il prétend par ailleurs lutter. Et ne fait jamais ce rapprochement pourtant évident. Dans le même temps qu'il dénonce le cynisme de TF1 (par exemple) il ne songe ni à Marlb... ni à Ph.Mor... ni à Peter Stu...; Etonnant, non?

Le fumeur oublie notamment que des entreprises de tabac vont jusqu'à payer des productions audiovisuelles où apparaitront soit la marque, soit les codes et couleurs de la marque, soit des gens qui fument. Je me souviens notamment d'un film avec Jeanne Balibar (j'ai horreur de l'amour) où toutes les deux minutes, un personnage demandait une cigarette à un autre. Je parierais ma chemise que le film fut en partie financé par une Agence en réalité mandatée par une compagnie du tabac.

Le fumeur ne veut pas savoir qu'il s'empoisonne. J'ai entendu un fumeur pourtant intelligent, scientifique de surcroît, me lancer que la science ça va ça vient, et que si ça se trouve, dans dix ans, on redécouvrirait des bienfaits à la cigarette. Tous les arguments lui sont bons, jusqu'aux plus invraisemblables. Mourir de ça ou d'autre chose?

Personnellement, quitte à mourir, ce qui n'est pas certain,
j'ai décidé que ce sera d'autre chose. On verra bien...

Phobophobe

Adressez-vous la moindre critique aux Etats-Unis d'Amérique? Vous êtes un de ces odieux americanophobes, qui déshonorent une nation. Trouvez-vous que des femmes voilées des pieds à la tête semblent un spectacle difficilement compatible avec une société moderne où l'égalité entre les sexes ne devrait plus trop se discuter? Aucun doute, vous êtes un intolérable islamophobe. Mais vous pouvez aussi être judéophobe, notamment lorsque vous émettez quelque critique sur les interventions sanglantes de Tsahal en territoires occupés. L'un n'est bien sûr pas contradictoire avec l'autre. Vous serez naturellement corsophobe, dès lors que vous trouverez étonnant que des gamins de 15 ans puissent s'y promener l'uzi en bandoulière, alors qu'il est évident qu'il s'agit là d'une spécificité culturelle à laquelle vous n'entendez rien, en tant que "pinzutte". Les Corses seraient-ils eux, pinzuttophobes? Passons rapidement sur tous les homophobes, lesbophobes, biphobes et transphobes (je n'invente rien, je l'ai lu). Encore que dans ce dernier cas il faille faire preuve d'une sacrée souplesse d'esprit, car de deux choses l'une. Ou vous fréquentez parfois les allées sombres du Bois de Boulogne, et vous n'êtes probablement pas si transphobe que cela. Ou vous vivez dans la vie moyenne et lambda: la probabilité de rencontrer effectivement un transexuel reste alors bon an mal an assez proche de zéro. Dans les deux cas, la transphobie nous apparait comme une maladie sans doute fort peu répandue, quoi qu'intolérable, ce dont vous êtes j'espère convaincu...
Tous ces néologismes dont le politiquement correct french touch, nous abreuve quotidiennement, n'ont en réalité d'autre vocation que de discréditer d'entrée l'interlocteur dès lors qu'il ne partage pas 100% du point de vue supposé acceptable - en gros, dès qu'il ne se comporte pas comme un absolu béni-oui-oui.-
Cette position victimaire offre l'extraordinaire avantage de ne jamais avoir à répondre sur le fond des sujets, tout en culpabilisant le contradicteur, renvoyé à sa phobie, mot qui par ailleurs le construit comme un malade, inapte à vivre dans le joli monde communautaire où nous sommes désormais sommés de nous ébattre sans moufter.
Chacun étant par nature une victime en puissance, à un ou plusieurs égards, il y a fort à parier que d'autres néologismes vont éclore, Je propose d'inventer d'ors et déjà:

blondophobe: raconte des blagues sur les Blondes pour les faire passer pour des idiotes. Variante du macho.
vieillophobe: tous ceux qui font du jeunisme.
jeunophobe: les autres.
cynégéphobe. Alain Bougrain Dubourg, et tout adversaire de la chasse (également appellée cynégétique).
parisianophobe: tous ceux qui habitent en province, et pensent plus ou moins que "parigot tête de veau".
heterophobe. tout militant gay. (déjà utilisé ça et là, cela dit)
obésophobe, maigrophobe, nanophobe, gigantophobe: éprouvent un vague sentiment de malaise devant la "différence physique"
taureauphobe. l'amoureux de la corrida, également appelé aficionado.
Et son ennemi juré, le corridaphobe. défenseur du taureau.
canophobe. toute personne ralant apres avoir glissé sur une déjection canine à Paris.
cyclophobe. tout individu de préférence assis au volant d'une automobile, pensant que les vélos n'ont pas tous les droits, notamment celui de s'affranchir des règles élémentaires du code de la route, sous prétexte qu'ils ne polluent pas.
motophobe. le même, version deux roues motorisées, inquiet de voir slalomer des bécanes inconscientes entre deux files du périf', spécialement aux heures de pointe.
rollerophobe. trouver agaçant que 50.000 gugusses puissent vous bloquer la circulation une heure durant pour le plaisir de régresser en bande jusqu'à l'âge pourtant ingrat du patin à roulettes.
Je propose de mon côté laicophobe: tous ceux qui accusent les laïcs d'être contre les religions.
etc. etc.
Le concours est lancé. Allez-y de vos propositions, on devrait parvenir assez vite à emplir un nouveau dictionnaire, après celui des idées reçues de Flaubert.