Mon ami Fred De Mai s'interrogeait ce dimanche. Qu'y a-t-il dans la tête d'un homme? Il y répondait, pour lui, dans un texte qui lui ressemble, où la sincérité n'interdisait pas la pudeur (ou l'inverse).
Le problême est qu'il proposait à d'autres (hommes) de répondre à la même question. - Dont moi-. Me demander en somme un inventaire... Je lui répondrais bien que ce qu'il y a dans ma tête est ce que je dépose sur ce blog, depuis quatre ans. Mais je vois bien qu'il attend autre chose. Pas le grand déballage, non. Impossible à faire, celui-là. Trop d'enjeux, Trop de dangers, trop déranger (ou "dérangé"?). Juste avouer qu'il m'arrive de rêver d'une nuit des longs couteaux où je ferais pour de bon le ménage dans tout ce qui précisément, tient depuis si longtemps meeting dans ma tête...
Fred: je ne suis pas certain que ce cadeau que tu me fais, en m'inscrivant premier de ta liste, soit vraiment un cadeau...
Mais n'étant pas du genre à me déballonner, dans ma tête, il y a...
Les "tours d'horloge qui serrent la gorge", et l'obsession du temps assassin, sérial killer jamais puni pour ses monstrueux forfaits.
Le noeud inextricable des contradictions, paradoxes, aberrations qu'au bout du compte on finit par appeler "sa vision du monde", qui ne sont rien d'autres que les petits arrangements qu'il faut faire avec soi-même. Chacun se bâtit une contenance. Il faut bien vivre...
Il y a le mot suicide, qui vient me chatouiller au moins une fois par jour depuis plus de trente ans. Comme quoi de l'idée aux actes, il y a parfois bien plus qu'un pas. Du courage. Ou de la lâcheté. On ne sait pas. Ce n'est pas un gros mot, "suicide". Juste une éventualité, dont je me demande souvent quel déclic en l'homme le transforme soudain en une solution envisageable.
Il y a des chansons qui ont du sens, et viennent me servir leurs petites morales de trois sous, Un vrai juke-box, à défaut de bibliothèque, tout le monde n'a pas la chance (ou le malheur) d'avoir brillé dans la philosophie.
Il y a le souvenir des amis qui m'ont délaissé, ceux que j'ai délaissés, entre mesquineries et incompréhensions, indifférence croissante; les rires en allés; parfois le sentiment qu'on n'aurait pas du rire.
Il y a le long chemin qui ramène à l'année zéro, qu'on parcourt en tous sens pour voir où et quand ça s'est mis à tourner comme ça a tourné.
Il y a la trace indélébile des vraies années de violence, sang et mort, qui n'auraient jamais du exister.
Il y a quelques phrases entendues venues du père ou de la mère, dont on ne comprend le sens que lorsqu'il est trop tard, et pour lesquelles on regrette de n'avoir pas, sur le moment, su demander d'avantage d'explications.
Il y a le magma intérieur de tout ce qui ne peut être dit, confié, dévoilé, qu'à voix basse ou face au confesseur, et le reste, tout ce qui conduit droit en Enfer, "là où Dieu met ses lunettes noires pour ne pas être reconnu par ses admirateurs".
Il y a la recherche intérieure, jamais aboutie, jamais finie. La tentation d'une spiritualité sans Dieu qui ouvrirait la porte à un début d'apaisement.
Il y a la fatigue qui gagne aussi, peu à peu. Sisyphe a beau vouloir être heureux, il doit avoir, au bout du compte, les guiboles qui parfois flageolent, à force? Non? Et quand la guibole lâche, est-ce que la tête ne flanche pas un peu aussi? (ou l'inverse?)
Il y a des corps et des regards, des soupirs et des instants passés. Il y a des espoirs qu'avec le Temps tout ne s'en aille pas pour de bon. Et quelque sérieux doute sur la validité même du concept "d'espérance".
Il y a ce sentiment d'impuissance, qui peut devenir réalité physiologique, si l'on n'y prend garde, l'âge venant...
Il y a les mots auxquels on ne croit plus. Il y a les maux auxquels on croit encore.
Il y a la générosité, la fraternité, l'écoute et la bienveillance de ceux qui vous entourent d'une amitié fidèle, et vous pardonnent toujours d'être ce que vous êtes, sans chercher à vous (re)dresser.