Au bal, aux balles perdues ohé ohé...
Il n'y a évidemment aucune raison de se réjouir, après la mort de ces joueurs togolais et de leur entraîneur, tirés comme des lapins à la frontière angolaise (et pas ougandaise comme écrit par erreur) alors qu'ils se déplaçaient en autocar, à quelques heures du début de la "Coupe d'Afrique des Nations" de football.
Il y a quelques semaines, c'était le match Egypte-Algérie qui se réglait, aux abords du stade, à grands coups de caillasses. La grande unité du peuple africain est décidément plus facile à chanter avec Bob Marley, qu'à réaliser dans le vrai monde. Il n'y aurait là rien de "spécifique", l'homme étant partout un loup pour l'homme, si l'on ne nous servait par ailleurs la permanente grand-messe de "correction globale et mondiale" dédiée à l'Africanophilie gratuite et obligatoire pour tous.
Chacun sachant qu'elle culminera cet été, avec "la-grande-fête-de la première-coupe-du-monde-de -foot -africaine", la fusillade de cette semaine pourrait aux cyniques apparaitre une assez épatante répétition générale, de ce que peut offrir "l'Afrique à son meilleur". D'autant que curieusement, tous les thuriféraires faux-culs si prompts à nous la vanter, se font assez discrets. Comme s'ils étaient saisis d'un sérieux coup de froid, à l'heure de refourguer les poncifs obligés.
Sauf qu'il ne faut pas "vexer", "humilier", "vilipender", "stigmatiser", les Africains de France. "Chez qui nous n'avons que des amis". Il faut donc continuer d'inventer des fariboles bien pensantes et des contes à dormir debout. Comme d'affirmer que "le football africain est formidable"; alors que ce qui y est en réalité formidable, c'est la traite organisée d'enfants surexploités, avec filières locales de ventes et reventes, incluant trafic de faux papiers et corruption forcenée à tous les étages. Ou de faire croire qu'il "rivalise désormais avec les meilleurs", alors qu'on n'a jamais vu une équipe africaine en position de lutter sérieusement avec les grosses équipes européennes, sud-américaines, ou même asiatiques. Les Africains ont des "joueurs". Jamais d'équipe complète, capable d'aller "au bout". Aucun entraineur ou stratège de premier niveau. Au mieux, leurs équipes nationales sont entraînées par des troisièmes couteaux dont on n'a pas voulu ailleurs. Mais cela ne saurait être dit. Oubliant que tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute, les Africains préfèrent-ils les mensonges au gout de miel, aux vérités acides?
Préfèrent-ils entendre loués leur goût de la fête et leur sens aigu de la fraternité? quand bien même les ethnies se haïssent les unes les autres, sont promptes à se massacrer en choeur? Oubliés, les résultats du dernier match Hutus-Tutsis?
Par chez nous, on préfère de beaucoup stigmatiser l'Europe où séviraient "les pires nationalismes" et "les haines de l'autre", quand l'Afrique serait le formidable berceau d'une humanité meilleure pour demain. Mais c'est en Ouganda, nous rappelle cette semaine Courrier International, que l'homosexualité est un crime passible de la prison à perpétuité. Et qu'on y parle même de la punir de peine de mort. Curieusement, on n'entend alors personne dans "les communautés gay" de chez nous, dénoncer cette homophobie-là, bien réelle, et assez terrifiante... Tandis qu'il se trouvera toujours cent zozos prêts à clouer au pilori le gros Nicollin, pour tel propos foireux (mais sans danger aucun) servi dans l'euphorie d'après match... Etrange échelle de valeur.
De même trouve-t-on judicieux de s'acharner sur Tintin au Congo, image obsolète, et en réalité bien plus naïve qu'assassine, de la vieille colonisation. Mais on fermera les yeux sur mille exactions d'aujourd'hui, portées par des juntes sans foi ni loi. "Le sanglot de l'homme blanc", pour reprendre la célèbre expression de Bruckner dénonçant le rapport hypocrite de l'Européen à l'Afrique, n'a pas fini de produire sa langue de bois d'ébène: celle d'un continent qui serait (comme par magie? ) vertueux en soi, paradis seulement corrompu par la vilaine civilisation occidentale. Ce rousseauisme matiné d'angélisme et de diabolisation, m'apparait la nouvelle mamelle du néocolonialisme démagogique, servi chaud et bouche en coeur par tous ces amoureux de culture africaine...
Avec le mondial, vont se trouver chaque jour maintes occasions d'agiter poncifs, colifichets bien pensants, préchi précha diversitaires. D'autant que nous avons chez nous l'extravagante Rama Yade, VRP idéale pour la revente de symboles à l'emporte-pièce; parions qu'elle ne laissera passer aucune occasion de rappeler l'honneur pour les Français de jouer contre le pays de Mandela, quand bien même l'honneur n'a fichtrement rien à voir la-dedans.
Mais faisons-lui confiance pour bien tout mélanger. Du salmigondis, elle est une experte. Donnez-lui deux images: Une? "Jesse Owens, quatre fois médaillé aux JO d'Hitler en 36". Deux? "Mexico 68. Tommie Smith et Carlos lèvent le poing ganté en hommage aux Black panthers." Elle seule saura vous remixer les deux, pour évoquer dès son discours de prise de fonction au Secrétariat aux Sports, "cette image forte [par elle gardée en mémoire], de "l'Afro-américain Jesse Owens brandissant son poing rebelle face aux nazis"...
Avec une conteuse pareille, nul doute que 2010 sera l'année de l'African Dream. Au moins pour ceux qui sauront échapper aux balles perdues.