2 posts categorized "Gastronomie"

22/09/2005

Comme ton père

Un copain de ma fille, -le môme doit avoir seize ans-, lui fait l'autre jour cette confidence: "tu sais ce que c'est mon objectif dans la vie? Avoir AUTANT de DISQUES que ton père".

Que faudrait-il lui dire?

Lui expliquer le nombre de matins où je me lève contemplant les étagères, avec la tenace envie de me traiter de gros con?

Ou qu'il n'a pas vu LES VINYLES, dans le bureau!

Ou que oui, certains jours je relis encore, pour le vérifier, le listing excel de tous ceux que j'ai l'intention d'acquérir un de ces quatre...

Car voici le lot du compulsif: il hésite sans cesse entre culpabilité impuissante et désir renouvelé de céder, une fois encore, à la pulsion, la passion, la pression. Donnera n'importe quoi pour replonger encore dans le tourbillon frénétique de l'acte d'acquisition, qui n'est qu'un déni momentané du réel... puis se morfondra de n'avoir pas su résister. Quand on finit par acheter les mêmes albums en double, c'est qu'un truc ne va pas vraiment, non?

SisypheAu copain de ma fille, je souhaite bonne chance. Un jour il entendra parler du Tonneau des Danaïdes, qui se vide à mesure qu'on le remplit.

Et de Sysiphe poussant son rocher jusqu'à l'inaccessible sommet, puis dégringolant avec lui, pour repartir encore à l'assaut des nuages. Ou simplement de Souchon: "avoir des quantités de choses qui donnent envie d'autres choses"... Souhaitons pour le gamin qu'il l'entende assez tôt...

30/08/2005

Faim de fin

Si souvent, le mot fin.

Commencer par la fin...

Enfant déjà j'allais d'abord lire le dernier chapitre du livre, avant de commencer l'histoire. Je ne pouvais jamais me résoudre totalement à suivre l'auteur dans ses pérégrinations, de crainte peut-ête qu'il ne m'entrainât dans une histoire dont je n'eusse pas maitrisé l'issue. Ce qui aux autres est le premier moteur du plaisir.

Une hantise: savoir la fin de l'histoire avant même qu'elle ait commencé...

Fin du Monde

tintin3Les premières pages de l'Etoile Mystérieuse mettent le journaliste Tintin face au plus effroyable scoop. Un astéroïde va percuter la terre, et provoquer la fin du monde... Ce ne sera finalement qu'un tremblement de terre, le bolide fatal n'ayant par chance que frôlé la planète. Après la fin, il y a donc toujours, encore et toujours, de la vie. Evidemment, sorti en pleine débacle de la drôle de guerre, cet épisode prenait valeur de symbole: après l'horreur (guerre, panzers, uniformes nazis), le quotidien heureusement reprend ses droits (soumission à l'ordre nouveau, collaboration). Tintin du reste embarquerait bientôt, sans trop d'états d'âmes pour une nouvelle aventure: sur un beau chalutier en compagnie des savants des pays de l'Axe (allemand, espagnol, italien, portugais, que du beau linge...) Face à eux, un immonde banquier; rapace et sans foi ni loi, au nom typiquement hébraïque, et l'un de ces nez volumineux comme on savait en dessiner à l'époque... Sur l'édition originale, le bateau de ces félons arbore le drapeau américain...

L'Etoile Mystérieuse, malgré quelques réécritures ultérieures, restera la face noire d'Hergé. Elle le suivra jusqu'à la fin de sa propre vie.

Aboutir

Dans le questionnaire de Proust, à la question comment aimeriez-vous mourir, je lis cette réponse: "apaisé".

Le plaisir du romancier écrivant le mot fin au bas du manuscrit.

Supposer qu'un travail puisse un jour "être terminé".

La satisfaction du devoir accompli.

Soyons un instant sérieux : comment pourrais-je seulement imaginer ces fins-là possibles?

Lire le mot "fin"

finVoilà bien longtemps qu'on ne voit plus le mot s'afficher, quand se termine le film.

Qui donc a le souvenir précis de la dernière fois où il le vit s'afficher pour indiquer que l'histoire dont il était question était bel et bien terminée, qu'une autre ensuite commencerait peut-être, mais que rien n'étant certain, le doute prévalait.

C'est comme si dans le monde moderne, où chacun veut rajeunir sans fin, imaginer que la vie même puisse en avoir une... et les histoires qui la composent, devient intolérable.

The END

sheen1This is the end, my only friend, the End...

Dans ce début d'Apocalypse Now. C'est La fin, chantée par Morrison, qui arrive dès le début. Mais dans cet univers de chaos et de mort où plus rien n'a de logique, quelle importance. Pour Martin Sheen, ce voyage initiatique remontant la rivière jusqu'aux frontières cambodgiennes, ne conduit ni à la sagesse, ni à la maîtrise. Rien d'autre à espérer que le chaos, au mieux la survie. Quand tout commence par la fin, qu'attendre?

Citation

Las de vivre, ayant peur de mourir...

Oscar Wilde.

Un de mes anciens amis, de ceux qu'on laisse sur le bord de la route, ils sont nombreux... mais de ceux que l'on se prend à regretter parfois, -ils le sont moins-, m'avait offert cette petite phrase comme un clin d'oeil cynique. Il trouvait qu'elle m'allait bien. J'étais d'accord. J'avais à peine trente ans. Aujourd'hui, je ne la renie pas, comme vous pouvez supposer.

séparation?

Penser à cette jolie phrase d'Alain Bashung:

"si tu me quittes est-ce que je peux venir aussi?"

Et savoir conclure

Au cinquième acte, dernière scène, ce mot de Cyrano:

c'est bien, j'aurai tout raté, même ma mort...

- Fin de la séquence rigolote du jour.-