cocktail
"Je suis un nègre blanc qui mange du cirage, parce qu'il se fait chier à être blanc, ce nègre."
Encore et toujours Léo. Depuis quelques temps que j'ai décidé d'utiliser cet espace ci pour mettre un peu à jour mon côté obscur, je me rends compte de l'impact profond, incontrolable, et sans doute définitivement vénéneux, négatif, déconstructif, de ses mots sur mon regard de myope.
Cessant de commenter comme je le faisais, une sorte de carapace, ce qu'on convient d'appeler l'actualité, qui n'est que la lente et longue litanie de nos quotidiens d'européeens surnourris et précomateux, de cons-o-mateurs appliqués et dociles, j'ai essayé de parler ici avec plus de sincérité. La meilleure et la pire des qualités. Qui vous met l'âme à nu et vous dépouille de toute défense. Or on ne saurait exister, ici ou là, sans se construire d'abord un personnage, bardé de remparts. La sincérité fait peur. Met mal à l'aise. Déconcerte. Elle passe pour exhibition, traine derrière elle une forte suspicion de narcissisme. On ne nous apprécie jamais autant que révétus de nos armures, de nos heaumes, de nos identités sociales, de nos convenances et de nos certitudes et de nos opinions.
En attendant ce 17 juin, Saint Hervé, où je fermerai définitivement la boutique, où je ferai un break de quelques semaines avant de décider si oui ou non je repars pour une deuxième saison, je vous fais cette confidence: j'étais hier dans un colloque où venaient causer quelques personnalités devant un parterre d'individus par ailleurs déjà convaincus. Sous les plafonds richement décorés, suivait un de ces cocktails où l'on s'empiffre comme pour récupérer en nature un peu de sa feuille d'impôts. Je voyais devant moi les courbettes que s'échangeaient personnalités et zélés z'élus, ces sourires formatés, ces dialogues courtois où se devinaient sans mal, les ambitions, les promesses de renvois d'ascenseurs, les croches pattes à venir et les couteaux cachés.
Et je me disais que même si je voulais, jamais je ne pourrais faire partie de ce cirque des convenances, que ma conscience d'imbécile incapable de travailler sérieusement "ma carrière", m'interdisait d'aller m'y compromettre, dussè-je le payer cher de frustration et d'amertume, de n'être pas reconnu, à ma juste valeur, pour autant que j'en eus jamais une, mais il n'est pas non plus interdit de rêver, n'est-ce-pas?
Alors quitte à me sentir seul, aussi à ma place que Benoit XVI inaugurant la Foire de Paris, j'ai bu mon jus de pamplemousse avec une allumée du même acabit, et on a ri à imaginer qu'on lançait la mode des godemichés tricolores, bon marketing pour promouvoir la raie publique. C'était de très mauvais goût, mais guère plus que la pantomime à laquelle les gens responsables et sérieux participaient devant moi. On ne m'y reprendra pas.
Léo. Encore celle ci: Dans le cocktail molotov, il faut mettre du Martini, mon petit!



