Le Jour du Saigneur (4) : Rama Yade, ma nouvelle prof de maintien
J'aurais pu appeler cette note "une femme, deux hommes, trois cartons jaunes"...
Encore une polémique sur le poids des mots, dans le milieu du sport cette fois. Jean-Claude Dassier, nouveau Président de l'OM, envoie une pique à son prédécesseur, le sénégalais Pape Diouf, (je précise pour les ignares en chose footeuse, ça aura son importance pour la suite). Il explique qu'il ne sera pas, lui, "un Président à l'Africaine".
Ici, il faut une précision. "A l'Africaine", je sais ce que ça veut dire en cuisine: beaucoup de piments et des brulures au fondement quand tu passes à la caisse, le lendemain. En management, j'ignore totalement ce que signifie diriger à l'Africaine. Dassier lui, sait, apparemment. Mais pas son entourage, qui aussitôt se déclare "ému" et le somme de préciser sa pensée: C'est, explique alors l'ancien patron de LCI, organiser des réunions où ne se prennent aucune décision, où l'on est très sympa en apparence... pour mieux régler ensuite les problèmes (et les comptes?) dans la coulisse.
Le carton jaune, ce n'est pas tant pour le fond de son propos, mais pour deux erreurs de communication, assez étonnantes de la part d'un vieux routier comme lui! 1. il amalgame un mot et une idée, et pense pouvoir être compris sans donner d'explication. 2. en ne tenant aucun compte du contexte actuel, où chacun veut d'abord donner à l'autre des leçons de correction verbale. Il DEVAIT prévoir que ce mot "d'"Africain", employé sans plus de précision, lui vaudrait droit à polémique à la con.
Effectivement, Pape Diouf fait mine de s'émouvoir. Laisse entendre qu'il pourrait y avoir, derrière ce "Président à l'Africaine", une pointe de racisme. Et du coup, au lieu de répondre sur le fond du sujet , "ai-je bien su gérer l'environnement de mon club?", il se limite aux protestations prévisibles. Carton jaune pour simulation! D'autant qu'il ne manque pas d'aplomb, Diouf : il y a quelques temps, il trouvait navrant d'être "le seul Président africain d'un grand club de foot européen", et y voyait une marque d'arriération de nos moeurs diversitaires. Outre qu'on pourrait tout aussi bien lui demander combien "d'Européens dirigent des grands clubs de foot africains", je note qu'il faut un sens aiguisé de la nuance pour causer le correct en ces temps bénis: Président Africain? c'est bien. Président à l'Africaine? pas bien.
La polémique s'enlise. Elle contraint Dassier, qui n'a pas l'air de vouloir foncer bille en tête, ni d'en dire beaucoup plus sur les méthodes de son prédécesseur, à protester un peu, (moi? raciste?) puis à botter en touche, ce qui n'a rien à voir avec le football, mais au point où nous en sommes... Reprenant la technique Hortefeux, il déclare: j'ai dit "africain", j'aurais pu dire "sud-américain". Les Argentins apprécieront. Mais on s'en fout, il y en a moins par chez nous que de Sénégalais, du moins à ce qu'on dit.
Pour que la fête soit complète, arrive Rama Yade. Dont je crains qu'elle s'y connaisse autant en football que moi en danse classique, mais ça ne se dit pas, puisqu'elle est Secrétaire d'Etat au Sport,. Depuis sa nomination elle épate d'ailleurs (amuse, distrait) tous les journalistes par sa capacité à débiter des scores, des records, (apprendre des fiches) comme une qui lirait l'Equipe depuis l'âge de cinq ans.Si vous voulez la grille parfaite du prochain loto sportif, appelez Rama Yade. Elle tient TOUT sur TOUS les sujets.
Elle aussi prend le mot pour une idée, décide d'emblée que tout usage du mot "africain" accolé à une critique vaut "racisme". D'autre part, sa ficelle se voit comme une corde à nœud sur un portique en salle de gym : la "gaffe" de Dassier lui permet, à bien peu de frais, de rectifier l'image correcte gouvernementale, mise à mal par la récente sortie du Ministre de l'Intérieur (arabes, auvergnats, même combat).
Elle permet aussi à la jeune femme de se positionner un peu plus sur le terrain de la sentence, qu'elle semble affectionner depuis son passage aux Droits de l'Homme. Osera-t-on tout de même rappeler à cette représentante de la République que 1. ce n'est pas en exaltant à l'envi l'existence des communautés qu'on bâtit ici le "vivre ensemble". On n'est pas en Grande Bretagne. 2. Qu'aucune ville n'est chargée "d'incarner la diversité", pas plus que d'autres n'ont pour mission "d'incarner l'uniformité". 3. Que s'il y a des noirs et des arabes qui animent les clubs de supporteurs, c'est aussi là qu'on retrouve tous les crétins chauvins hurlant chaque soir de match leurs insanités débiles aux adversaires du jour... Tant d'éloge de la diversité débouchant sur une telle uniformité de la connerie, il n'y a guère de quoi se vanter.
Suggérons lui, plutôt que de nous déverser ces leçons de morale sans fin qui commencent sérieusement à chauffer les oreilles d'un nombre croissant de citoyens, d'en revenir à l'essentiel: redonner sa juste place à l'instruction civique, là où précisément elle a lieu de s'exprimer, au collège et au lycée. Territoires par ailleurs de plus en plus perdus de la République...Sans doute y serait-elle plus utile qu'en nous jouant sa partition de Ségolène de droite. En un mot, qu'elle choisisse d'être "femme politique", et non "mère en politique". Nous ne sommes pas les enfants dont elle a charge d'éduquer les consciences. Pour calmer cette nouvelle dame patronnesse, carton jaune, donc,. Et fin de partie.
Enfin... jusqu'à la prochaine.