Le sémillant Nicolas Sarkozy pense à la vitesse de son ombre. Il a des point de vue sur tout. Comme il a été Ministre des Cultes, on lui doit le conseil musulman qui a doté quelques associations fondamentalistes d'une légitimité inespérée. Mais ayant quitté le poste, le petit Nicolas voit plus loin que la ligne d'horizon, et chacun sait à quoi il pense lorsqu'il se rase... Les laïcs seront heureux de savoir que s'il accède un jour au poste de Président de la République, ce qui a toutes chances d'arriver, la loi de séparation des Eglises et de l'Etat de 1905 aura du plomb dans l'aile: "On trouve naturel que l'Etat finance un terrain de football, une bibliothèque, un théâtre, une crèche ; mais à partir du moment où les besoins sont cultuels, l'Etat ne devrait plus engager un centime !", proteste M. Sarkozy dans son opuscule "La République, les religions, l'espérance".
Expliquons à Monsieur Sarkozy que les terrains de football, les théatres, les crèches, sont des équipements qui concernent potentiellement tous les citoyens, ou l'intérêt général. Alors que les lieux de culte ne concernent que ceux qui croient. C'est bien là la différence entre libertés publiques et libertés privées.
Plus loin, le ministre futur président de l'UMP affirme: "Le droit de vivre sa religion est aussi important que le droit d'association, la liberté d'expression ou le droit à la présomption d'innocence. Finalement, c'est la reconnaissance d'un droit universel à l'espérance." Certes, et d'ailleurs, nul ne se voit interdire ce droit en notre république. En revanche, Monsieur Sarkozy ne dit rien de ceux qui ne croient en rien, et ne veulent pas se voir imposer y compris au niveau de leurs impôts quelque financement que ce soit aux sectes de tous poils, y compris celles qui ont réussi. Cela aussi relève de la fameuse "espérance", auquel je ne donnerai assurément pas le même sens que lui. Espérance d'une société où les religions renonceront à encadrer la vie quotidienne et les moeurs, et se contenteront ce qui n'est déjà pas si mal, de s'adresser à leurs ouailles.
Favorable à "l'enseignement de l'histoire des religions" à l'école, M. Sarkozy effleure la question du rétablissement du catéchisme, soulignant son utilité sociale et estimant que cette éducation "a doté des générations entières de citoyens d'un sens moral assez aiguisé". Là encore, quelle liberté serait donnée aux familles qui pour toutes les raisons qui les regardent, souhaiteraient maintenir leurs enfants à l'abri des religions, y compris dans leur dimension la plus obscurantiste? Ou se trouve ici "l"espérance' chère à monsieur Sarkozy?
"Je suis de culture catholique, de tradition catholique, de confession catholique",affirme-t-il, sans se définir comme "un pratiquant régulier". Cela est son droit le plus strict. Mais il importera tout de même le temps venu de rappeler à ce garçon, eu égard à son destin national, que la France a depuis longtemps cessé d'être "la fille ainée de l'église". Que des millions de citoyens de ce pays n'ont en aucune façon l'envie de voir ce passé révolu reprendre force et vigueur, ni de financer les édifices religieux de toutes natures, ni d'instaurer le denier DES cultes obligatoire...
Dernier extrait, particulièrement corsé, celui là!
« Les religions constituent un enjeu majeur pour notre société car elles sont le support d'une espérance. Le fait religieux est un élément primordial en ce qu'il inscrit "la vie" dans un processus qui ne s'arrête pas avec la mort. […] La place de la religion dans la France de ce début de troisième millénaire est centrale.
» Mais je veux préciser que ce n'est pas une place à l'extérieur de la République ; ce n'est pas une place concurrente de la République. C'est une place "dans" la République. […]
» Je crois donc en une laïcité positive, c'est-à-dire une laïcité qui garantit le droit de vivre sa religion comme un droit fondamental de la personne. »
Redire à ce saint homme qu'on ne l'a pas attendu s'agissant du "droit de vivre sa religion", mais que pour ce qui est de l'espérance, de la vie et de la mort, qu'il se mèle de ce qui le regarde, qu'il laisse à chacun le droit de décider du sens et de la valeur qu'il souhaite y mettre, et qu'il renonce à imposer au monde sa vision privée. Ce pays ne l'a pas attendu pour construire ses propres valeurs, issues de son histoire, de ses philosophes et de ses grands hommes. Dans sa fougue à vouloir se méler de tout et de n'importe quoi, monsieur Sarkozy passe franchement les bornes.