Transformance
Proposer une approche nouvelle dans le champ singulièrement prolifique du coaching, et plus largement des relations humaines, relève du pari audacieux. C’est pourtant la promesse de Laurent Buratti, qui m’adresse son ouvrage intitulé Transformance, lequel propose de « renouveler les mentalités et la conduite du changement . »
Management, coaching, développement personnel… Voilà un secteur de l’édition singulièrement concurrentiel. Les promesses d’épanouissement y pullulent. Au siècle où nous sommes, l’homme ne veut plus seulement gagner sa vie. Il prétend s’épanouir dans et par son travail, pour s’il est possible, accéder à ce bon vieux cinquième étage de cette bonne vieille pyramide de Maslow, chère à tous les étudiants ; celle où l’on donne sens à son action, et partant, à son existence.
Il est amusant de voir évoluer les paradigmes. Naguère encore, s’entendait souvent cette coolissime formule, « on perd sa vie à la gagner »… Les crises et le principe de réalité auront eu raison, sans doute, de ces visions alternatives. Désormais la réalisation de soi suppose moins la remise en cause de son environnement professionnel que la quête d’une plus grande harmonie personnelle avec lui. Pragmatique, ce primat de l’adaptation au milieu ne va pas sans un rien de douleur, pour ceux de « ma génération ». Parodiant Montesquieu il nous faut l’admettre : mieux vaut désormais changer ses délires que l’ordre du monde, fût-il seulement le monde professionnel.
La Transformance est définie comme une stratégie de mise en action des hommes et des organisations pour « mettre en œuvre des solutions performantes et innovantes, bénéfiques pour chaque individu, autant que pour son environnement ». Y parviendrait-on que nul ne s’en porterait plus mal, probablement. Est-ce pour autant vers ce crédo que tendent aujourd’hui les têtes bien pleines qui nous dirigent ? « La recherche de l’innovation» leur semble-t-elle à ce point synonyme de vertu ? Dans nos cultures managériales, « conduite du changement » est un des gargarismes les plus appréciés ; mais souvent -trop- compris comme synonyme correct pour « baisse drastique des coûts » . Je crains que développer « la créativité des équipes » et « réveiller leurs capacités de transformation », ne soit aujourd’hui qu’un vœu pieux dans nombre d'entreprises, ou qu'on remettra sur le tapis plus tard... quand sera venu le temps des sorties de crise.
Mon constat légèrement distancié ne rend pas pour autant caduc l’ouvrage de Laurent Buratti. Tout le monde n’a pas un coach mis à disposition par l'employeur, ou les moyens de s’en offrir un, 2 à 3 heures la semaine. Son livre, solide et argumenté, bien plus riche que la moyenne, peut sérieusement accompagner les personnes en quête d'un positionnement individuel mieux maîtrisé, d’attitudes idoines, de stratégie personnelle intelligemment élaborée, dispositions pour lesquelles nous n’avons pas tous un talent identique.
Il est un point dont je suis désormais convaincu : si spontanéité et sincérité sont deux belles qualités humaines, qui souhaite progresser vite et bien dans l’entreprise fera mieux de s’en méfier. La mise à distance de ses affects, la capacité de recul et d’analyse seront plus utilement cultivées. De ce point de vue, on trouvera dans l’ouvrage de Laurent Buratti des grilles de lectures pertinentes à mettre en action.
Dont celle-ci, qui me parait, en cinq étapes, constituer une bonne approche du travail « en mode dominant transversal », comme on dit aujourd’hui : 1. Réserver son jugement 2. Explorer le champ des possibles. 3. Percevoir ce qui émerge. 4. Eprouver sa vision. 5. Réaliser son potentiel. La émarche, simple, pragmatique, naturellement développée dans l’ouvrage, me semble plutôt bien adaptée aux temps présents.





