Le 9 septembre, devant les salariés de l'Olympique de Marseille, son Président Jean Claude Dassier, annonçait " ne pas vouloir être un président à la libanaise, ni à l'africaine".
Y avait-il là, une insulte, un dénigrement, du mépris? C'est ce que déduisirent aussitôt du propos présidentiel quelques représentants communautaires, poussés il faut bien le dire à le faire par une troupe de journalistes toujours contents de pouvoir agiter le premier propos pour en déduire une polémique, fût elle foireuse.
Cherche à qui la polémique profite, nouvel adage de nos temps harcelés.
J'ai déjà eu l'occasion de dire ici tout ce que m'inspirent les guette-au-trous, flics de la pensée, rééducateurs, kapos, matons, maniaques de la judiciarisation. Je sens comme une étouffante pression dictatoriale des minorités victimes par nature, par vocation, et surtout par intérêt (pas nécessairement financier) qui commence à me courir sur le haricot... tarbais, rouge, noir, vert, comme on voudra, je ne suis pas raciste.
L'Equipe et la Provence annoncent ce matin qu'un collectif de Franco-Libanais a déposé plainte pour "injure non publique à caractère racial" à l'encontre du président marseillais, devant le tribunal de grande instance. Ce groupe affirme regrouper environ 400 personnes, et déclare vouloir aller jusqu'au bout dans sa démarche, même si celle-ci «est surtout symbolique». «Nous ne cherchons pas à obtenir des dommages et intérêts, mais juste à faire constater que ces propos ont franchi la limite», a déclaré son avocat, Maître Serge Billet.
Invraisemblable. En réalité, où donc y-a-t-il de l'insulte dans la phrase incriminée, autre que de l'ordre, -au pire-, du non-dit, ou du sous-entendu ? Est-il CONCRETEMENT indiqué par Dassier le moindre début d'hypothèse de piste d'une définition de ce "président à la libanaise" (ou à l'africaine)? En réalité, on sait très bien ce que désignait Dassier en employant ces deux mots: il critiquait la capacité de gérer les affaires en faisant plaisir à tout le monde, devant... pour mieux régler des comptes dans la coulisse, méthodes qu'auraient avant lui appréciées certains présidents de clubs... Que ce soit typique de moeurs libanaises ou africaines, je n'en sais foutre rien, et peut-être est-ce une erreur, une connerie, une imbécillité. En quoi est-ce insultant, c'est à dire nourri de mots précis?
A-t-il précisé que cela signifiait moins bien, moins compétent, moins honnête, moins charitable, moins social, moins sociable, moins affable, moins délégatif, moins assertif, moins coopératif, moins délégatif, plus oppressif qu'un patron de telle autre ethnie, par ailleurs jamais désignée?
S'il avait dit "je ne serai pas un patron à la suisse, à l'italienne, à l'anglaise, à la belge (flamande), à la croate, à la slovène, à l'allemande, à la japonaise, à la belge (wallonne), à l'indienne, à la suédoise, à la belge (bruxelloise), Dassier serait-il également contraint de s'expliquer?
Dès lors qu'aucune précision n'est donnée sur ce qui serait injurieux dans l'emploi des termes "libanais" et "africain", faut-il en déduire que c'est infamant en soi de citer ces deux mots? Ou faut-il en déduire qu'ils ne doivent plus être désormais employés chez nous que dans des acceptions "positives", "valorisantes", "laudatives"?
En d'autres termes, ai-je le droit de dire, moi, sans risquer les foudres du tribunal, que la cuisine à la libanaise me parait souvent lourde à digérer? Que la musique à l'africaine, présentée souvent comme mère de toutes les autres, me parait bien ennuyeuse, saoulante et répétitive, d'une pauvreté mélodique souvent navrante?
Parenthèse: je me souviens de la réponse d'un lecteur bien pensant m'accusant de racisme pour avoir OSE dire que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy affublés de boubous sous prétexte qu'ils étaient en voyage "officiel" au Sénégal, me semblaient simplement ridicules ainsi attifés; et que personne n'aurait songé à leur imposer des culottes de peau parce qu'ils étaient en visite à Munich! Pas plus que de peintures ethniques, kimonos, peaux de phoques...
Ai-je le droit de dire qu'on nous bassine systématiquement avec le merveilleux football "africain", qui n'a jamais gagné une putain de coupe du monde en 80 ans, et joue souvent un foot stéréotypé et dénué d'intérêt? Ok il y eut le Cameroun de Milla 90, mais jusqu'à quand va-t-on nous gaver avec cette seule et unique référence? Ai-je le droit de dire que si le foot africain produit d'excellents joueurs (Essien, Diarra, Diarra, Diarra, Drogba, Keita, Keita, Keita), elle n'a JAMAIS produit UNE équipe de niveau mondial?
Combien de mauvais coucheurs ont-ils pensé, lisant les lignes ci-dessus, qu'en répétant 3 fois Diarra, et 3 fois Keita, j'étais déjà "limite"? Limite de quoi? Jusqu'où peut-aller se nicher la bien pensance, et la police des pensées?
Ai-je le droit de dire que les loukoums sont à mon goût la pâtisserie la plus écœurante jamais inventée? Ou que le Liban, jadis patrie de rencontre et de tolérance entre toutes les croyances, (musulmans, chrétiens, druzes et juifs y vivaient en bonne intelligence, et les athées aussi, j'espère!) a depuis viré du pays tous les juifs, de sorte qu'ils constituent désormais une diaspora souvent malheureuse à l'heure d'évoquer la lointaine terre natale?
Comment peut-il y avoir injure raciale dans le fait d'utiliser le mot libanais? Depuis quand y-a-t-il une race libanaise?
«Qu'ils déposent plainte, s'ils veulent. Je me demande sur quel fondement, a rétorqué Dassier sur France3. Mais c'est une excellente chose, je m'expliquerai longuement.»
On lui souhaite bon courage. Dans ce pays où la moindre virgule peut désormais être retenue à charge contre vous dès lors qu'elle "touche", "émeut", "bouleverse" une minorité, il va devoir sacrément peser le poids de ses arguments...