Définitivement trop vieux pour ta musique
Que je vous fasse une confidence. J'ai passé la journée d'hier, la soirée, puis la nuit, au fond de mon trou, au fond de mon lit, malade, la tête dans le seau, je ne suis plus assez souple pour l'avoir dans le cul, passant du sommeil à la somnolence et de l'épuisement à la catalepsie. Aujourd'hui ça va mieux merci.
Que je vous en fasse une autre. Je ne regarde JAMAIS, ou alors en zapping, les prétendues "victoires de la musique", qui pour moi sonnent chaque année le glas du peu d'appétit qui me reste pour la chanson française. Je me contente généralement de vérifier le palmarès pour constater que tous ceux auxquels j'accorde un peu de talent, ou plus si affinités, sont désespérément absents du lot, que les tocards de l'année sont plus navrants que ceux de la précédente, et plus nombreux aussi. Qui se ressemble s'assemble. Chaque année l'armée des clones de clowns revient sur le lieu de ses crimes.
A découvrir les noms des gagnants, j'y ressens toujours un rien de solitude. Je suis d'un autre pays que le vôtre, d'un autre quartier, d'une autre musicothèque... Mes critères sont marqués des sceaux de l'infamie et de l'obsolescence. Chaque fois que j'allume une radio, je me désole et me navre de ce que j'y entends. Mélodies d'une pauvreté de comptines maternelles. Paroles charabia qu'on rebaptise poésie urbaine pour dauber le chaland qui de toutes façons a des oreilles de chien de Pavlov, et applaudit là où on lui dit de faire. Vacuité du fond, platitude du style, navrance de la forme, qui donc réveillera Jacques Canetti ?
Je sais ce que vous allez me dire... pauvre ami, mon pauvre vieux, relis ce que tu écris, on dirait un sénile bavant, c'était mieux avant...
Non.
C'était, tout simplement.
Et ce Rien qui a remplacé la création (bonne nouvelle, Diam's fera bientôt le printemps de Bourges, allez y couvert(e)s!), ce Rien je vous le laisse, et sans regret aucun, ni l'ombre d'une hésitation! Foutez-vous en jusque là, si vous pouvez.
Moi, je peux pas.
PS: j'en connais deux, au moins, qui sauront dans ces lignes, s'ils les lisent, repérer mes clins d'oeil à L.
L'un est à Montpellier. Souffle dans ton saxo, mon frère mon camarade, et laisse voler ton énergie jusqu'aux mânes de Coltrane... L'autre est à Saint-Denis, fais briller cette poésie que tu as dans le cœur, et prépare ton spectacle, au bercail d'Aubervilliers, où viendront tous ces artistes que tu connais, qui continuent de chanter à l'écart du commerce.
Pour le reste... Le silence!