Dans le débat qui s'amorçait hier après l'émission où Zemmour s'est fait flasher par la patrouille en flagrant délit de propos inadmissible, ("plus de (entendez "+ de", délinquants chez les arabes et les noirs", affirme-t-il, ceci expliquant le plus grand nombre de contrôles dont sont victimes, "du coup", tous les noirs et arabes, gentils et honnêtes inclus), le premier argument, imparable, qu'on a opposé à ce trublion est que les statistiques ethniques n'existent pas dans notre pays. Ce qui revient à dire que toute généralisation, sur quelque sujet que ce soit où interviendrait la question de l'origine est chez nous impossible. Ainsi Zemmour aurait-il mieux fait, sur le sujet, de tourner 7 fois sa langue d'aspic dans sa gueule de vilaine fouine audiovisuellement intempestive, avant de risquer pareil argument.
Ce sujet même (statistique) a interpelé plusieurs des lecteurs d'ici, pour des raisons que je ne partage pas forcément, d'ailleurs. Mais le débat est intéressant pour ce qu'il révèle à mes yeux.
D'un côté nous savons qu'il est d'ardents défenseurs "des minorités" qui verraient d'un très bon oeil l'apparition de telles méthodes. Ainsi le patron du CRAN, ou Yazid Sabeg. Fervents promoteurs de la "discrimination positive", (principe qui je le rappelle m'apparait éminemment anti républicain. Et qui a donc, à ce titre, toutes les chances de voir bientôt le jour) ils assurent que si de tels outils existaient, ils permettraient de pointer beaucoup mieux qu'on le fait aujourd'hui, l'étendue des injustices dont sont victimes, pour faire court, les immigrés venus d'Afrique et leurs enfants (fussent-ils eux-mêmes français).
A quoi il leur est rétorqué que le principe même d'une statistique ethnique vous a un arrière-goût de pastille de Vichy, assez peu agréable en bouche. Imaginez l'usage qu'en feraient de vilaines mains, réfléchissez aux conséquences détestables, voire franchement liberticides, et rangez s'il vous plait l'idée dans son carton. En somme, l'essentiel n'est pas de sortir un chiffre de son chapeau,
mais de savoir à quelles fins on se reconnait le droit de le sortir, et pour
défendre quelle thèse. En même temps, tout dépend aussi de la rigueur méthodologique présidant aux recherches.
Si je déclare que tous les 500 zambiens à ma gauche sont français, et que je fais une statistique sur les zambiens résidant en France, ceux situés à ma gauche ne seront plus comptabilisés. Tous zambiens qu'ils soient en réalité.
Parcourant aujourd'hui, tout à fait par hasard, la newsletter Novéthic à laquelle je suis abonné davantage pour raisons professionnelles que par conviction profonde, je découvre une interview du Président de la Halde, Louis Schweitzer, (il quitte sa fonction, on dit que Malek Boutih pourrait le remplacer, encore un qui va se faire débaucher du PS, vivement qu'ils retrouvent le pouvoir qu'on puisse enfin récompenser des hommes de droite!). Celui ci affirme qu'il n'est « Nul besoin de statistiques ethniques pour mesurer », les descriminations. Il s’est précise le journaliste, toujours prononcé contre cet outil de mesure. « Nos
statistiques et enquêtes suffisent à démontrer qu’un Africain a 4 fois
moins de chances d’obtenir un emploi à compétences égales avec un
Européen, et qu’une personne d’origine africaine ou maghrébine a 9 fois
moins de chances de louer un appartement sur le marché privé ».
Il n'y a donc pas de statistiques ethniques, mais il y a des statistiques qui permettent de "discriminer" (au sens scientifique, en l'occurrence: insérer une variable discriminante, c'est permettre de faire un calcul qui l'intègre) tel type de personne à partir de son origine.
On pourrait donc très bien imaginer que si des statistiques non ethniques existent permettant de faire quand même des calculs indiquant l'origine et qui ne choquent pas les gens de la Halde, de telles statistiques pourraient "aussi" exister pour répondre à tout un tas de question sociologiques, incluant, résultats scolaires, réussites aux examens, nombre d'enfants par foyers, taux d'emploi et de non emploi, délinquance, contribution à la réussite sportive du pays, etc. Mais on pourrait de même, comptabiliser la part des bourguignons, des alsaciens, des myopes, et des allergiques à la farine de lin. Il y a des questions qu'on peut poser, qui n'ont aucun sens. Il y en a d'autres qui en ont réellement: QUI, je veux dire QUI? est habilité aujourd'hui à en décider???
En vérité, je ne suis pas loin de penser que ces statistiques dont on nous dit qu'elles n'existent pas, existent quand même un petit peu... au moins pour nourrir la réflexion de la Halde etdes partisans de la discrimination positive, dont je ne peux un instant penser qu'ils bâtissent leurs argumentations sur des données fantaisistes ou de la simple pifométrie farfelue. Mais la crainte qu'elles soient instrumentalisées par de mauvais esprits est telle qu'on n'osera jamais porter leurs éventuels résultats à la connaissance du public, toute théorie du complot mise à part.
Il y a quelques années, une association dont j'étais un dirigeant, participait aux travaux de commissions de la CNCDL (Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme). J'y avais vu passer une statistique qui pour n'être pas ethnique, n'en était pas moins dérangeante. Elle émanait de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, sous la direction de Farhad Khosrokhavar, qui y est directeur d'études depuis des années, et s'intéresse à l'Islam en Europe. Ces statistiques "non ethniques" permettaient de préciser la proportion de musulmans dans la population carcérale française.
Les résultats n'ont jamais été contestés par personne, n'ont donné lieu à aucune polémique ou attaque de la part des organisations antiracistes.
Notons enfin, et remercions pour cet envoi La blogueuse ZeYes, la contribution d'Alain Bauer interrogé sur Canal +. Ce criminologue bien connu, par ailleurs ancien Grand Maitre du Grand Orient de France, rappelle qu'il y a effectivement plus de chances de trouver des trafiquants de drogues parmi les jeunes individus de sexe masculin plutôt que dans la sous population des vieilles dames, (n'importe leur couleur de peau) et que par définition, la recherche d'individus étrangers en situation irrégulière aboutit nécessairement à une sur-représentation des étrangers parmi les délinquants, arrêtés, les autres ne pouvant faire partie du lot. C'est subtil, les stats, parfois...
J'y note aussi le quasi-réflexe pavlovien s'étonnant que Zemmour ait pu tenir son propos (qui juste ou pas, n'appelait ni à la haine ni au dénigrement de quiconque "pour ce qu'il est". A quoi Bauer répondit, tranquille, que l'essentiel n'est pas les questions que l'on pose, mais les réponses que l'on apporte, et qu'il est par nature enclin à préférer la liberté d'expression à la censure.
Sauf qu'il y a quand même, en ce pays, une maladie contagieuse qui ne réagit plus que par restriction a priori de la liberté d'expression, pour quiconque ose penser et parler en dehors des clous.
Ces "Maitres Censeurs" dont parlait Elisabeth Lévy, sont curieusement, et de plus en plus souvent je le remarque des journalistes...