Ce midi j'entends aux informations qu'un collectif de 58 députés veut lancer une commission de réflexion sur la burqa et le niqab. Aussitôt, et avant même d'en savoir davantage, je m'énerve et peste dans ma bagnole, persuadé que ces élus zélés vont vouloir assouplir la position du Conseil d'Etat, qui avait l'an dernier refusé la nationalité française à une marocaine qui vit ainsi cloitrée sous ses montagnes de tissus, soumise à une clique de fanatiques masculins. J'avais à l'époque été heureux qu'on pose ainsi une limite à l'acceptable. Mais, habitué à ce que les députés "de gauche" dilapident allègrement les principes laïques pour céder à la démagogie dite "multiculturelle", je craignais le pire... avant de comprendre qu'il s'agissait exactement... de la démarche inverse. Comme quoi faut pas toujours s'énerver sans savoir...
Evidemment, les bonnes âmes diront que chacun chacune doit pouvoir s'habiller comme il veut. A quoi je réponds qu'une burqa n'est pas, ne saurait être un vêtement! mais qu'il s'agit d'un carcan de tissu, d'"une prison ambulante", pour reprendre le propos judicieux du député communiste André Gérin dans Libération d'hier. Je ne dis pas qu'il faille là-dessus "légiférer". Il y a de fait trop de lois dans ce foutu pays. Mais qu'il faille exprimer, clairement, que cela est INCOMPATIBLE avec notre culture, nos conceptions laïques, notre vision de l'égalité entre les sexes, me semble en revanche une évidente nécessité. Et je me réjouis de lire dans la bouche de cet élu: Un député se mêle de la République, non ? Ne pas mélanger l’espace public et la religion, c’est cela la laïcité. On ne peut pas se contenter de tenir de beaux discours sur la liberté et les droits de l’Homme en Iran ou en Afghanistan. Je crois qu’il faut aussi balayer devant sa porte.
Incidemment, j'entends ensuite à la radio la réaction de Sihem HABCHI, Présidente de Ni Putes Ni Soumises. Cette femme française, - d'origine algérienne tient-elle à préciser, et musulmane de culture de surcroit-, renchérit pour dénoncer l'insupportable pratique, incompatible avec les valeurs de la République. Evidemment, je m'en réjouis. J'aimerais aussi que ce puisse être dit par des français hommes, pas forcément d'origines immigrées, non musulmans, sans qu'aussitôt cela soit passé au crible minutieux de "racisme ou non racisme", avec quitus ou admonestation à la clé. A l'évidence, je ne sais pas si le fantôme passant devant moi avec sa burqa est africaine, suédoise, ou vietnamienne. Elle est peut-être de La Bourboule depuis quatre générations. Je m'en contrefous. Je dis juste que je trouve insupportable cette présence, et qu'elle m'agresse visuellement. Je ne parviens pas à m'y faire... Et pour tout dire, je ne le souhaite pas.
Je félicite évidemment Ni Putes Ni Soumises pour ce combat. Même si, comme le dit la sociologue franco argentine Marcela Iacoub, on ne voit pas en quoi le mot "putes" devrait être à prendre avec des pincettes. Une femme un peu pute, si elle l'est par gout et par envie, c'est bien aussi, non?
Enfin, j'aimerais donc que cesse ENFIN ce laxisme dramatique, qui au nom d'une tolérance mal comprise laisse se développer ces pratiques plus que moyen-âgeuses, qui me révulsent. Sur le site d'une Association nommée "les Indivisibles", des militants sans doute bien intentionnés, mais ayant ce satané réflexe de vouloir donner à tout le monde des leçons sur ce qu'il convient ou non de penser (ils distribuent des prix "Ya bon du racisme"; ils n'ont pas songé à en donner un à dieudonné, par exemple...) précisent que: Créée en janvier 2007, l'association Les Indivisibles rassemble une centaine de militants qui déconstruisent, grâce à l’humour et à la dérision, les préjugés ethno-raciaux et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l’identité française de certains citoyens en raison de leur faciès, de leur nom ou de leur pratique religieuse. (...) l'occasion de rappeler qu'il n'existe pas de hiérarchie dans la citoyenneté, la France étant aujourd'hui un pays aux couleurs, aux religions et aux influences culturelles plurielles.
Outre que leur site n'a rien de drôle, que l'humour et la dérision y brillent autant qu'il y a de soleil à minuit, il y a dans ce "déconstruisent", un je ne sais quoi qui sent sa prétention d'intello de bazars, n'ayant probablement jamais lu Derrida, mais trouvant chic de prétendre à la déconstruction comme on tripote des légos. Pour faire mumuse. Rappeler qu'il n'existe pas de "hiérarchie dans la citoyenneté" est certes pertinent. En revanche, poser comme un postulait que la France étant aujourd'hui un pays aux couleurs, religions et influences curturelles plurielles, il n'y aurait plus qu'à tout accepter, tout trouver normal, et ne plus rien discuter, ou disputer, est une ânerie sans nom; elle fait d'ailleurs insulte à l'histoire du pays qu'on prétend chérir, ou l'on a toujours discuté de tout.
De plus on n'a pas attendu les arrivants africains pour que la france soit de "couleurs, religions et influences plurielles". C'est comme ça depuis Clovis; les Antilles sont françaises depuis trois siècles, soit bien avant Nice et La Savoie!
Le truc est que chacune de ces couleurs, religions, influences, s'est fondue -avec plus ou moins de bonheur- dans un macrocosme qui depuis plus de cent cinquante ans a nom République, qui s'affirme LAIQUE et sociale. A cet égard, il n'est pas plus tolérable de voir fleurir les burqas, qu'est acceptable d'envisager l'excision, d'admettre la polygamie, d'imaginer applicable la charia, de s'en réferer sur notre sol aux fatwas. Et il n'est pas davantage acceptable d'envisager de réécrire l'histoire de France pour en édulcorer les éléments susceptibles de chagriner telles ou telles minorités, comme certains le souhaitent. France multiethnique, soit. Multiculturelle? pas si c'est pour faire coexister comme sur un patchwork des arriérations manifestes.
Ces indivisibles, sont prompts sur leur site à dénoncer les atteintes ou critiques dont peuvent être victimes les minorités africaines. Leur Présidente Madame Diallo s'est par exemple offusquée des propos de Manuel Valls. Ils feraient sans doute mieux de prendre exemple sur l'attitude de Ni Putes Ni Soumises. Tout le monde y gagnerait. On a déjà assez de flics de la pensée, qu'on nous préserve de ceux qui prétendent à présent déconstruire, pour mieux nous formater...