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16/02/2010

Identité, identitaire... que dire et que taire...

J'ai plus qu'une impression, une conviction que lorsque les médias et les politiques s'emparent d'un sujet touchy, comme on dit, leur souci n'est assurément pas de clarifier les choses, mais au contraire de les rendre plus confuses, confusantes, voire opaques, de façon à créer artificiellement du débat et de la polémique, où chacun s'agrippera à son propre ressenti, à sa certitude, à son dogme, sans mesurer vraiment de quoi il est en réalité question.

Ainsi de ce sujet de "l'identité", particulièrement segmentant, irons-nous jargonner, façon marketing. Le mot comprend une dimension individuelle : "ma" carte d'identité, c'est celle qui est à moi, me décrit avec des données éminemment personnelles (date de naissance, photo), et dont certaines me singularisent même de façon scientifique (mes empreintes digitales; un jour peut-être, une transcription numérique de mon ADN). 

Au-delà, il se trouve que depuis l'origine, les hommes ont tendance à se regrouper. C'est une donnée première de l'anthropologie, qu'on a pu appeler instinct grégaire. On se structure en collectivités, et l'on invente pour cimenter le groupe des données partagées, du langage, des rites, des signes, des mythes, des croyances, des tabous. C'est ce qu'on appelle la culture. La culture permet le vivre ensemble. Mais elle n'est en réalité acceptable par l'individu que si le sentiment d'y être "attaché" ou "rattaché", est plus fort que ce qui l'en éloigne, étant entendu que dans le même temps qu'il exprime son besoin et son sentiment d'appartenance au groupe, l'individu est toujours agi par un désir d'affirmer "son unicité". Je veux être semblable à autrui, tout en affirmant ma singularité. Mon adaptation au groupe est ce compromis toujours recommencé, la quête d'équilibre instable entre ce qui me rattache et ce qui me différencie.

Chacun étant agi de même, nous organisons notre rapport au(x) groupe(s) d'appartenance comme un ensemble d'adhésions et de rejets à des éléments consciemment partagés (la culture), mais aussi à des sentiments plus ancrés, archaïques, dont les ressorts sont souvent inscrits dans l'inconscient collectif, dans les profondeurs, pour reprendre le mot de Carl Gustav Jung. Et ces appartenances ancrées en nous relèvent de ce qu'on appelle communément "l'identité"

Voilà pourquoi depuis le début, le rejet par certaines têtes pensantes du concept "d'identité nationale" (elle me donne envie de gerber, criait en radio le rédac chef de Marianne, pathétique sur ce coup-là) me parait une ânerie. On peut contester son irruption dans le débat politique à des fins électoralistes. On peut regretter la mise en avant de certains de ses symboles plus que d'autres. On peut rejeter les conditions d'organisation du débat. On peut aussi condamner qu' il y soit trop (ou pas assez) question d'immigration. Mais nier l'existence du concept est aussi vain que nier celle des nuages dans le ciel. 

D'autant que dans le même temps où ils nient l'existence même du concept, ces contempteurs sont les premiers à affirmer le droit d'autrui à conserver avec lui ses symboles, ses rites, ses tabous, tout ce qui fait donc son appartenance à une culture d'origine, et à la conserver même lorsqu'il change d'enracinement, donc d'environnement culturel... Ce qui revient à lui reconnaitre le droit à protéger "son identité d'origine". Tout le rejet du modèle français ancien "d'assimilation", repose en réalité sur cette affirmation qu'autrui, (l'arrivant, le transplanté, l'immigré) doit conserver ce droit imprescriptible à son identité d'origine.

... Laquelle pourrait par capillarité nourrir (et pourquoi non?) la culture  et l'identité de l'accueillant, "l'enrichir", "la faire évoluer... mais à la condition toutefois que l'accueillant, lui, ne puisse jamais venir sur la question du droit au respect de "sa propre identité". Faute de quoi il serait aussitôt suspect de "dérive identitaire", qui serait par nature illégitime. Cet étrange pacte où l'un a tous les droits et l'autre tous les devoirs, est ce qu'on appelle en droit un "contrat léonin". Un terreau idéal pour nourri les conflits ultérieurs!

Ainsi, et c'est le sens de ma note d'hier sur l'opération "roulage de pelles homos à ND de Paris", toute minorité aurait un droit imprescriptible à affirmer ses référents identitaires sous le nez d'autrui, qui lui n'aurait pas droit de s'exprimer agressé dans sa propre identité. 

Imaginons le cas inverse. Que se passerait-il si à la prochaine Gay Pride, les intégristes de Saint Nicolas Du Chardonnay venaient chanter des cantiques en latin sur le trajet de la manifestation, sous le nez des drag queens? Les membres de la coordination LGBT ne s'estimeraient-ils pas "provoqués" par une démarche intolérante? Ne serait-elle pas, pourtant, la réplique exacte de ce qu'eux mêmes ont fait avant-hier?

Moi qui ne suis ni intégriste, ni même catho. Ni homosexuel, ni homophile, ni homophobe, juste attentif aux évolutions et dé-évolutions de mon groupe d'appartenance, je maintiens, persiste et signe, qu'à côté des morales dominantes imposées par ce qu'on appelait naguère "la majorité silencieuse", nous sommes aujourd'hui harcelés par les "minorités bavardes", qui sont en réalité les premiers porteurs de "dérives identitaires".

29/11/2009

Taguieff, bougisme et diversité

Plus que tous les autres, j'admire les hommes libres. Ceux qui osent penser et parler par eux-mêmes,  avec le talent de conceptualiser ensemble intuitions, lectures et observations, font forcément "avancer les choses"; et ce compliment pourrait sembler paradoxal, s'adressant en l'occurrence à Pierre-André Taguieff.

Taguieff a depuis longtemps identifié ce qu'il a baptisé le "bougisme", cette obsession moderne  des militants de toutes natures, de "faire bouger les lignes". Par quoi il rejoint dans le manque d'empressement et la mauvaise volonté, un Muray dont il regrette comme moi la disparition. Taguieff revient sur ce concept dans un article publié sur le Ring.fr, et sur www.Communautarisme.net.

Je lui emprunte ce passage, qui résume le concept mieux que je ne saurais le faire...

« Faire bouger les lignes » : la métaphore est devenue rituelle dans le langage médiatique « à l’heure de la mondialisation ». Elle y est même devenue ritournelle. Elle y définit la norme positive par excellence, celle du « bougisme », soit le culte du changement pour le changement, l’adoration du mouvement comme tel, supposé intrinsèquement bon. Appliquons-nous à reconstruire l’idéologie médiatiquement dominante, en risquant une plongée dans l’univers indistinctement « diversitaire » et « mélangiste ». Le « faire bouger » s’applique d’abord aux identités collectives, acceptables à la seule condition d’être « évolutives », « dynamiques », en perpétuel changement. Et, à suivre leurs louangeurs, elles ne sont « mises en mouvement » qu’en devenant « plurielles ». Mais le parti pris en faveur du « bouger » s’étend aussi au « métisser ». Les partisans du métissage généralisé ne cachent pas leur désir de « faire bouger les lignes » entre les « couleurs », de transformer les barrières de couleur en fils colorés servant à tisser et retisser les séduisantes « identités plurielles ». Cette vision d’un avenir radieux est fondée sur deux axiomes : le changement est amélioration, le mélange est « enrichissement » (métaphore utilisée aveuglément). Mais ces deux propositions ne font qu’exprimer des croyances, et, ainsi formulées, elles sont l’une comme l’autre fausses : tout changement n’implique pas une amélioration, tout mélange ne constitue pas un « enrichissement ». Comme l’a souvent suggéré Claude Lévi-Strauss, le mélange des cultures risque d’aboutir à un appauvrissement universel et irréversible, à une uniformisation mortelle.

L’idéal bougiste, engagé sur la voie de cet « antiracisme » reformulé, rejoint enfin à la fois l’idéal d’ouverture et celui d’échange illimité : ouvrir les frontières entre les identités collectives, pour que ces dernières échappent à la « crispation » (la fermeture craintive sur soi), se fluidifient et « s’enrichissent » mutuellement dans un libre échange qui, par ses effets d’« hybridation », définirait la globalisation comme étape décisive dans la marche vers la libération ou l’émancipation du genre humain. On retrouve ainsi, sous de nouveaux habits rhétoriques, le dogme central de la vieille « religion du Progrès ». On peut au passage s’étonner d’un paradoxe : les partisans de ce projet normatif d’un universel entre les groupes humains (nations, cultures, civilisations), impliquant un libre échange planétaire des mots et des idées, sont en général des adversaires déclarés du marché globalisé, du libre-échange sans frontières, du libre-échangisme comme idéologie du capitalisme sans entraves. Le propre - ou le travers - de cette rhétorique qui semble réfléchir les présuppositions de la globalisation telle qu’elle est rêvée, la globalisation comme Progrès (la « dialogue »« mondialisation heureuse », disent certains), c’est qu’elle ne comporte nulle interrogation sur la coexistence conflictuelle des normes « diversitaires » et « mélangistes » qu’elle s’applique à promouvoir. Comme si l’aveuglement face au conflit de ses normes fondamentales était une condition de son efficacité symbolique. « La diversité dans le mélange » : c’est ainsi qu’on pourrait définir l’idéal auto-contradictoire dont elle dessine les contours flous.

21/04/2009

A l'onu, j'ai aussi entendu des applaudissements...

Aujourd'hui la presse s'indigne des propos hier tenus à l'ONU par le tyran de l'Iran, et cela fait deux paronomases dans la même phrase (non 3!), on peut dire que je vous gâte (1). 

Les représentants des pays européens présents (d'autres avaient préféré boycotter le raout) se sont offusqués qu'en une séance consacrée à la lutte mondiale contre le racisme, on ait pu désigner la shoah comme source principale (voire même unique, mégotons pas) du racisme contemporain via la création de l'état d'Israel. Je me demande ce qu'on pouvait attendre d'autre, venant d'un olibrius comme Amadinedjad. Ce qui me frappe en revanche, que la plupart des journaux n'ont pas relevé, sont les APPLAUDISSEMENTS entendus pendant le discours du Président de la République Islamiste. Il faut noter qu'à l'ONU la question des Droits de l'Homme et du racisme est gérée par une commission dirigée, excusez du peu, par la Lybie, Cuba, le Pakistan et l'Iran. On me dira que cette invraisemblance a été dénoncée il y a peu par BHL. Cela la rend-elle moins choquante?

Outre son antisémitisme affiché, la même commission tente de faire passer une notion internationale de "diffamation des religions", qui permettrait de contourner là où elles existent encore, les lois protégeant un peu la liberté d'expression du délit supposé de blasphème (réclamé chez nous, par exemple, par l'ahurissant président du Mrap Mouloud Aounit, gens de gauche, quand donc ouvrirez-vous les yeux?).

Je trouve la presse, qui tourne et retourne et triture en tous les sens les polémiques grotesques opposant sarkophiles ravis et sarkophobes acharnés, ségolénistes enflammés et ségolénophages teigneux (2), singulièrement mollassons dans leur traitement de ce phénomène international. Pour ne pas risquer de mettre de l'huile sur le feu, c'est-à-dire ne pas stigmatiser "les communautés" de chez nous, on s'interdit de mettre pour de bon sur la table ce débat de fond qui devrait aujourd'hui constituer notre plat de résistance: oui ou non, l'islam de France est-il solidaire et pleinement des lois de la République, et prend-il TOUTES ses distances avec les extrémistes des pays antisémites (et non pas antisionistes, en l'occurrence, puisqu'ils sont pour l'essentiel négationnistes)?

Ne pas poser clairement ces questions, dans le climat actuel, et noyer le poisson en faisant mine de croire que la repentance contre la colonisation serait davantage de nature à apaiser les esprits, revient à entretenir les sources des communautarismes et des radicalismes religieux.

C'est mon point de vue, et je le partage. Ce qui ne signifie en rien de ma part une quelconque sympathie à l'endroit de la politique actuellement conduite par Israel.

(1) pour vous éviter un détour par Wikipédia, la paronomase est la figure de style en oeuvre dans des phrases telles que "tu parles, charles!", "à la tienne, étienne!", "qui vole un boeuf vole un oeuf". Ou l'inverse.

(2) oui, je sais, j'ai bonne mine...

09/02/2009

Qui est Nul, Par Ailleurs?

Il parait que la Ligue Communiste Révolutionnaire s'est sabordée. Son ex-leader Alain Krivine a souligné que c'est la première fois qu'un parti politique s'auto dissout. Et dix sous c'est pas cher, eut ajouté Bourvil. Certains, en choeur, se pressent d'ajouter que ça ne valait guère plus, de toutes façons.

Chaque fois que j'ai évoqué ici mon passé trotskiste, (passage qui dura de 76 à 79) souvent pour en sourire, parfois pour souligner un peu plus cruellement l'impasse proposée par les andouilles de Guéméné (blague uniquement compréhensible par les anciens habitués de la Librairie Rouge), il se trouva quelques aigris pour m'accuser, méprisants, de cracher sur mon passé, de le renier. Cela prouve assez bien qu'on n'apprend pas suffisamment à lire aux militants fanatiques. Si je le reniais, ce passé, si j'en avais honte, irais-je en parler à la seule tribune publique qui me soit offerte (offerte par moi, 14,95 TTC chez Six Apart, allez-y de ma part vous serez bien reçus)? Est-ce cracher sur son passé, que de rire du folklore militant, moitié mytho moitié parano, qui accompagnait immanquablement nos actions militantes? Comme de monter deux étages plus haut que celui où se tenait la "ré-u", pour les redescendre à pieds... au cas où le type avec nous dans l'ascenseur serait plus tard  amené à témoigner, devant quelque Tribunal Fasciste Français, de nos activités révolutionnaires?.. Sans parler de cette histoire de "pseudos", mais remarque, on a la même chose avec les blogs...

Bref, la LCR a cessé hier ses activités. Je n'en ai ressenti aucune nostalgie, considérant qu'en chaque trotsko patenté (j'entends ayant passé plus de dix ans dans "l'orga") cohabitent un dogmatique, un stalinien qui s'ignore à peine, un flicaillon, et un sacré hypocrite, vu que la plupart sont fonctionnaires, payés par l'Etat exploiteur qu'ils prétendent détruire, le tout au nom du "Front Unique Ouvrier", alors qu'on n'a que très rarement croisé un Ligueux dans une entreprise du secteur "productif" privé.

Au moins les maos de la belle époque gauchiste, celle des "établis", avaient-ils le mérite de vouloir investir d'abord le monde des usines.

Ce n'est pas le problème de Besancenot. Il fonde un parti nommé NPA, pour "Nouveau Parti Anticapitaliste" et je m'amuse à noter que ces initiales, il y a quelques années, évoquaient à tout le monde le talk-show où brillaient Gildas, De Caunes, José Garcia. Nulle Part Ailleurs. En même temps, ce cousinage n'a rien d'absurde. Le Tintin de l'extrême-gauche a son rond de serviette sur toutes les tables de Canal +. On y apprécie sa faconde, sa belle gueule, et sa passion du rap français, ce qui à soi seul suffirait à le disqualifier, mais ne soyons pas définitif. Notons aussi que dans les médias complaisants on n'appelle jamais l'extrême-gauche de ce nom qui fait peur. Seule la droite est "extrême". On use d'ailleurs de deux mots voisins, "extrême-droite" et " droite extrême", sans jamais préciser où se place la nuance. Mais le politiquement correct impose qu'on parle d'une gauche de la gauche, et personne ne souligne jamais ce glissement sémantique faux-cul. Du coup, les libertaires, les anars ou tous ceux qui trainent à la marge sont renvoyés à l'étiquette d'une "ultra gauche", qui est elle infâmante, infréquentable... et d'autant plus qu'on sera parvenu à la faire passer pour proche "des terroristes", comme s'y applique Alliot Marie avec la clique estampillée anti-TGV dont le leader dort en zonzon.

La gauche de la gauche est cette mélasse où plus personne ne reconnait ses petits, et qui conduit Royal que tous peuvent travailler ensemble, ce qui est du plus haut comique, puisqu'on n'a JAMAIS vu trois trotsks autour d'une table sans qu'un des trois fonde une tendance dissidente. Mais laissons l'allumée poitevine à ses rêves. On se demande combien pourraient peser ensemble Mélanchon (ex trotsk), la nouvelle passionaria de Lutte Ouvrière (autant de charisme qu'une endive en sauce blanche, si vous voulez mon avis, LO a du souci à se faire), José Bové, le NPA porté sur les fonts baptismaux ce week-end, ce qu'il reste du PCF quand Marie-Georges est en forme, sans oublier Robert Hue qui prétend lui aussi monter son mouvement (mais j'ai mis là ce dernier pour faire rire, il faut donc tout vous expliquer?). Faut-il que le vide proposé par le PS, déchiré entre ses deux leadeuses hideuses, apparaisse abyssal pour qu'autant de braves gens imaginent une sortie de crise avec un tel attelage?

J'en connais qui prient en secret. Reviens DSK, ils sont devenus fous! J'en connais qui parient sur Peillon (peillons d'abord, nous verrons ensuite?) Ou Sur Valls (laisse aller c'est une...) J'en connais qui revendraient bien Martine Aubry qu'elle s'estime valoir. J'en connais qui persistent à imaginer pour l'avenir des voies Royal.

A mon avis, vu l'état du marché, Le gars Besancenot peut largement tirer son épingle du jeu, et faire fructifier son petit business. Un marché de "Niche" comme on dit. Un positionnemment comme un autre. Le temps d'atteindre la quarantaine où il pourra rejoindre la "grande distribution", comme tant d'autres sectataires de Léon T. l'ont fait avant lui. Henri Weber, Cambadélis, Mélanchon, Dray, Gérard Filoche (l'inspecteur du Travail bien connu)... Sans oublier l'exceptionnellement faux-cul Jospin qui nia longtemps ses accointances lambertistes, et rejetait la faute infâme sur son frère qui avait bon dos, et cela faisait doucement rire Daniel Bensaïd, qui lui a, au moins eu le mérite de sacrifier une carrière de brillant penseur médiatique à sa fidélité au "pégo-trotskisme". Pégo comme Charles Péguy, oui oui. C'est un truc à lui, qu'il a inventé, et qui fait l'admiration de son vieil ami Edwy Plenel... On connait moins austère.

Dans cette belle machine à recycler les trostsks qu'est devenue le PS, on se régale d'ailleurs de constater que plus on en croise, plus le PS s'éloigne parallèlement de sa base "travailleuse", "ouvrière". Au grand dam d'un Pierre Mauroy, qui le constatait, impuissant, alors que se préparait l'effondrement de 2002.

Finalement, les plus nuls, par ailleurs, ne sont peut-être pas forcément ceux qu'on croit...

04/12/2008

Parler d'autre chose pour parler de la même chose

En fait, quel que soit le sujet qu'on aborde, sur un blog, on finit par avoir le sentiment, sans doute inévitable, de se répéter, de radoter, et de tourner en rond. Mon ami GG (Grincheux Grave) a un petit coup de moins bien, ces derniers temps. Ce Don Quichotte sait bien que les moulins auront sa peau. Et que ratiociner soulage mais ne change rien. Alors il a des envies d'arrêter, et ce n'est pas moi qui lui jeterait la pierre.

Ici je parle de certaines obsessions (celles du moins dont je peux parler sans risquer les foudres de la censure), de certaines névroses, de certaines colères, de certains personnages artistiques dont les talents créatifs m'ont marqué, de certaines frustrations à voir le monde tel qu'il va, ou ne va pas. C'est une bonne façon de purger le mauvais sang. Cela donne aussi à montrer une "image" de soi dont on peut se sentir par moments prisonnier. Et puis il y a la dimension thérapeutique. En octobre j'étais interviewé (avec d'autres) par Psychologies magazine sur cette vertu salvatrice de l'exercice du blog. Mais là aussi, danger: mettre en scène, et même en exhibition, ses douleurs ou ses doutes, peut conduire bien au-delà du raisonnable, à d'affligeantes pleurnicheries. En somme arrive un moment où l'on est un peu coincé, piégé, par sa propre prise de parole. L'interprétation, hasardeuse ou perspicace, qu'autrui fera de vos propos peut vous atteindre. L'un me parlait hier, sans perfidie, de "ma chère déprime", et je me demandais s'il n'avait pas un peu raison. J'aimerais mieux, en vrai, être perçu comme un pessimiste lucide. Mais je ne suis sans doute rien de plus qu'un pantin vaguement maniaco dépressif, juste un peu plus capable d'enrober ses félures de quelques mots bien torchés. Tout ça ne fait pas une oeuvre littéraire. Vient ensuite le moment où l'on coudrait sortir du carcan qu'on s'est forgé. On tente alors de parler d'autre chose (la bible, l'art contemporain, tel dessinateur qu'on admire sans l'avoir jamais loué?) pour se rendre compte qu'on parle finalement de la même putain de chose, dont tout le monde en plus parle depuis la nuit des temps: de la douleur d'être né, comme dit Cioran. de l'impossibilité d'un îl, comme l'écrivait joliment Mamzelle revisitant Houellebecq. De "l'âme des amants tristes, ou "de ce bilan triste à pleurer qui constate notre faillite", pour glisser là encore un zest de ce Ferré... dont je finis par me demander si ce ne serait pas lui mon problème, en fait!

Plus je me cherche des hypothèses de sujets nouveaux, plus reviennent en sous marins les mêmes thématiques fondatrices. Ressasser.

L'envie de démarrer un nouveau blog qui parlerait de toute autre chose me taraude. Mais ce blog ci est devenu ma petite vitrine. Le saborder serait en ces temps difficiles la pire erreur à commettre. De ressasser à radoter... Je ne dis pas que j'arrête, je dis juste que tous les blogueurs que je connais sont au bout de quatre ans, audience en hausse ou en baisse, on s'en fout, contraints à se répéter. Certains deviennent leur caricature. D'autres sont sauvés par leur générosité, leur sincérité. Aucun blog, ou presque, ne me surprend plus. Nombreux sont ceux dont j'ai fini par me lasser. Je lis ceux qui sont devenus mes amis, mais c'est plus une façon de prendre de leurs nouvelles. Je leur rends visite.

Pour renouveler le stock d'idées, il faudrait s'ouvrir sur ailleurs, voir du monde, des films, des pièces de théatre, des concerts, des soirées; mais l'âge venant je me sens devenir ermite. Le seul blog que je rêverais de lire aujourd'hui serait celui des syllogismes de l'amertume qu'un Cioran-2.0 inventerait au fil des jours, blog de la fulgurance. "Il est surprenant que la perspective d'avoir un biographe n'ait jamais dissuadé personne d'avoir une vie". Tout Cioran semble ici résumé. Ce n'est pas demain qu'on trouverait cela sur un blog. C'est peut-être la conviction que ce n'est en tous cas pas ici que la chose arrivera, qui me procure ce petit moment de doute. Bordel! Retrouver l'euphorie du début. Quand on avait tant de choses à dire, qu'on disait assez mal. Maintenant que l'on maitrise mieux la gymnastique des mots qui s'enchainent et font illusion, on a moins de choses à raconter, qui n'ont déjà été dites et redites. Et l'on demeure accro au média lui-même, devenu came insidieuse. "le crack de l'écrivain que je n'ai jamais su être", avait lâché dans une belle fulgurance, un blogueur des premières périodes.

5 ans... Le média n'a pas donné tout son jus. Mais ceux qui l'utilisent?... Parle pour toi, Resse!

C'est ce que je fais! Et pfffff... putain, je fais même que ça. 

25/11/2008

Génériques: Mylan sonnera-t-il l'heure de la révolution?

Il se murmure que les blogueurs seraient vendus aux marques. Pourquoi voudriez-vous que je fisse exception? Alors... au capitalisme américain, tant qu'à faire! -encore que... vu ce qu'il en reste-... Et pharmaceutique, par-dessus-le-marché-en-crise... Allons-y, c'est ma tournée...

Sérieusement, lâchons la polémique, l'histoire est intéressante: j'assistais la semaine dernière, invité comme blogueur, - mais c'est davantage en tant que communicant que l'affaire aura retenu mon attention-, au lancement d'une nouvelle marque inconnue en Europe sinon des professionnels, bien qu'il s'agisse d' un acteur majeur du marché américain. Mylan (qui a racheté la division de l'allemand Merck) s'installe pour devenir leader européen des "médicaments génériques", secteur particulièrement riche d'opportunités.

Mais aussi, -oserons-nous suggérer-, l'un des plus dramatiquement sinistres (et tant pis pour le pléonasme) en termes de "marketing", "packaging", naming, "branding". Le générique, ce n'est pas "l'anti bling bling", c'est le NON bling bling. En général vendu sous package gris malheur, ou bleu délavé, le générique porte un de ces noms à coucher dehors avec billet de logement. Style dextropropoxyphene, éthinylestradiol, prednisolone, tetrazepam. Vous regardez la boite, impossible de l'oublier: vous êtes MA-LA-DE. Le générique est aussi du genre turlupin, il s'amuse avec votre capacité de mémorisation. Fouillant l'armoire à médocs, à moins d'avoir fait pharmacie, ou joué depuis sa plus tendre enfance à je suis Le petit biochimiste, qui peut jurer qu'il se souvient si l'oméprazol est là pour calmer la diarrhée, ou aider à trouver le sommeil? Et ressentant soudain cette terrible douleur lombaire, est-ce le tramadol ou le trimébutine (ou rien de tout cela) que vous devez gober?

On m'opposera que c'est pareil avec tous les médicaments. Sauf que le packaging, les couleurs d'emballages, facilitent dans le médicament traditionnel un ressenti de proximité. Au fil du temps, il s'insère dans votre vécu. La petite boite de plastique verte de mon cher Lexomyl accompagne ma vie depuis trente ans. Tandis que dans sa boite austère et sans âme, déprimante, de très nette inspiration pré-Brejnevienne, son équivalent générique (vendu moins cher, d'où probablement la modestie de l'emballage) n'est porteur d'aucune promesse imaginaire d'apaisement, encore moins de sommeil...

                        Capture_mylan1 

Parce qu'il est vendu moins cher on pourrait conclure que le générique fait baisser le déficit de la Sécu. Pas sûr. Comme personne ne retient les noms, je suis certain que nous sommes des millions à entasser plusieurs exemplaires d'une même molécule dans l'armoire à bobos. J'ai vérifié: 4 boites d'avance de cet Amoxicilline dont je ne me souvenais évidemment plus qu'on m'en avait déjà prescrit.

Mylan, dont les premières publicités font ces jours-ci leur apparition dans la presse, (en attendant un spot tv pour la fin de l'année), veut bouleverser ce paysage, et le challenge est important. Ils affirment vouloir injecter dans ce segment de marché ce qui lui manque en réalité le plus: la vie. Leur slogan "Your Life", est une promesse d'accompagner les individus, où qu'ils soient, dans leur quête de santé. Pourquoi pas! Le patient sera dans les temps à venir, au moins aussi peu passif que... patient. D'où ce pari: dans les années qui viennent, vous pourriez ne plus demander à l'apothicaire le simple renouvellement de votre boite de Bromazépam (Lexomyl, donc). Vous exigeriez: Bromazépam MYLAN, please!

Dans le palace parisien où se déroulait le lancement, le gourou Jacques Séguéla prévenait tout de même les acteurs attentifs que l'engagement d'une marque dans la grande aventure de la publicité est un chemin sans retour... donc coûteux. Mais ô combien récompensé... dans la durée. Pourront-ils se contenter d’abattre cette carte innovante d'une communication de marque à travers de jolis spots de pub ? Il en faudra davantage, croit-on, pour amener le consommateur à préférer « durablement » Détropropomachinchose Mylan à Détropropomachinchose des Laboratoires Perlimpinpin.

Même si dans un premier temps, ce sont surtout aux apothicaires eux-mêmes que s'adresseront les messages, dans une stratégie BtoB, plutôt que BtoC, sans doute leur faudra-t-il créer avec les "patients citoyens impatients", une vraie relation CtoB. Qui via le net, par exemple, inviterait à dialoguer avec les alchimistes, des mérites et vertus de leurs molécules; et de la garantie que ces médocs sont au bout du compte, rigoureusement équivalents aux médicaments "princeps".

En attendant, ce papier m'a flanqué une de ces névralgies... Patron, deux Paracétamol, c'est ma tournée. Et du Mylan, of course!

19/11/2008

Tant de visages autour de moi...

Quand j'étais môme, je griffonnais partout des visages; des têtes. Je dessinais très mal, (mon père et ma mère dessinaient tous les deux formidablement bien, ma fille prend des cours de dessin, je suis le maillon faible, au revoir), mais j'avais cette manie des dessins de visages et j'ai fini par comprendre, "avec le temps" ce qu'au fond je tentais de reproduire maladroitement, compulsivement. 

Ces quatre visages là. Héros absolus.

                                 Revolver_2 

A la même époque, j'avais choisi mon premier 45 tours, sur la foi d'un visage chevelu mangé de lunettes noires (les sublimes Wayfarer de chez Ray-Ban, qui malheureusement vont bien mal à mon genre de beauté). Visage qui 40 ans plus tard continue de me hanter.

                                Dylan

Et vous direz qu'il faut être un peu trop "émotif" pour que ce visage-là puisse vous coller chaque fois l'envie de fondre en larmes. Comme s'il signifiait trop de choses qui n'auront jamais eu lieu...

Ma mère se demandait POURQUOI tous ces visages griffonnés. Elle avait oublié (et moi aussi) que dans ma chambre de "petit enfant d'avant le départ du père", elle-même avait dessiné, - et bien-, sur les murs de ma chambre des portraits de chefs indiens.

Etrangement, il y a quelques années, j'ai mis dans mon bureau 3 photos encadrées.

Picture_1Sitting Bull.

Chief Joseph (ou Red Cloud je ne sais plus)

Little Big Man. (le vrai)

Ce n'est qu'au cours d'une séance de psy que je fis le rapprochement, entre ce fait d'enfance qui était totalement sorti de ma conscience (mais pas de l'esprit), et cette idée que je croyais de simple "décoration"; qui sans doute était bien plus chargée de sens (tout est symbole, aiment à dire certains de mes amis...) que ce que j'avais envisagé de prime abord.

Et puis le visage de Sorano, ce beau cadeau reçu chez moi, un samedi, d'un ami blogueur qui me conseillait de faire une cure de madeleines...

                                  Dscn0019

Reste le constat. J'ai fait de mon bureau le rendez-vous des visages qui ont hanté mon enfance. On en déduirait -hâtivement?- que je me suis concocté un lieu de "régression". Il était pourtant tellement simple de comprendre que ma fixation enfantine pour les visages ne faisait jamais qu'en masquer un autre: celui du père toujours absent (coupé) des photos prises avant son départ. De sorte que je ne voyais toujours, en feuilletant les albums, que des photos amputées d'une partie. Coupées en deux.

Ma pauvre mère avait bien des mérites, mais la psychologie n'était pas son fort. Le plus comique restant qu'à ses moments perdus, et alors qu'elle ne comprenait rien à mon comportement qui l'énervait... elle-même dessinait, pour les voisins ou les amis, au fusain, souvent... Des visages... Des portraits... Des têtes...

15/10/2008

Interlude négationniste

Du temps que je prétendais commenter l'actualité de ce pays, (quelle suffisance, si l'on y songe... tant de cravatés vous font ça si bien, tenant haut le pavé pour expliquer les ressorts d'une crise à laquelle ils ne comprennent manifestement que couique), je m'énervais volontiers contre cette loi dite Gayssot, qui marqua d'une belle pierre l'entrée dans notre monde communautariste, où plus aucune parole critique ne peut s'exercer à l'encontre de personne, sans que l'auteur soit aussitôt suspect de racisme, visée discriminatoire, sexisme aggravé, ou de je ne sais quelle phobie passible du tribunal, en attendant qu'on rétablisse la corde.

Gayssot. Du nom de ce ministre communiste qui pondit la loi contre le négationnisme, puis disparut du devant de la scène. Son forfait commis. Loi que j'ai parfois qualifiée, - à tort, je m'empresse de le préciser-, de "scélérate". Je dis à tort, parce qu'une loi scélérate est mal intentionnée dans ses fondements. Celle de Gayssot ne l'était pas. Mais infernale, oui... Au sens où elle ouvrit sans y songer la voie à ce que nous vivons aujourd'hui, et qui semble apparaitre normal à la majorité de nos temporains. Qu'on me comprenne, je n'ai évidemment rien "pour" le négationnisme. Je pense juste (comme Madame Chandernagor qui parle d'arme de destruction massive pour lutter contre les imbéciles) que c'était une bien mauvaise idée de croire qu'une loi lutterait efficacement contre le racisme et l'ignorance. D'ailleurs, a-t-elle empêché, cette loi, les surprises d'avril 2002??

Je l'évoque après avoir feuilleté ce samedi "le Figaro Magazine". J'ai un alibi pour acheter cette prose gauchisante (*): la collection Vins qui l'accompagne, joliment conçue. S'engageait dans le magazine cher à Pauwels une tentative de débat entre le dit Gayssot et Françoise Chandernagor, quant aux effets terribles de toutes les lois mémorielles sur ce que naguère encore on appelait "liberté d'expression". On peut lire ici l'intégralité de cet échange. Le premier paragraphe, ici reproduit, dit l'essentiel:

L'association Liberté pour l'histoire, fondée en 2005 par René Rémond, lance un appel à la mobilisation pour que cette discipline ne soit pas esclave de l'actualité et ne s'écrive plus sous la dictée de mémoires concurrentes. Cet appel est signé des plus grands historiens européens. Dans un Etat libre, il n'appartient à aucune autorité politique de définir la vérité historique ni de restreindre la liberté de l'historien sous la menace de sanctions pénales. En France, cette irruption de la loi dans l'histoire a été initiée par la loi Gayssot de 1990 qui sanctionnait le négationnisme. Elle a été suivie par la loi Taubira sur la traite des Noirs, ainsi que par deux lois sur le génocide arménien. En 2005, nous avons eu le débat sur la présence française outre-mer, avec le fameux amendement sur l'action positive de la colonisation. Et maintenant, une directive européenne proposée par la France... Où nous arrêterons-nous?

Nous ne nous arrêterons pas... Ceci au moins est certain.

Non du fait d'un Gayssot lui-même que de tous ceux qui se sont engouffrés dans sa brêche. Apparaît manifeste, dans le "débat" posé dans Le Figaro, l'incapacité consubstantielle de l'ancien ministre à reconnaitre les effets pervers de son oeuvre, et à s'abriter derrière les bonnes intentions. On sait comme l'Enfer en est riche.

Il semble qu'il n'y a plus que deux postures avouables: la repentance pleurnicharde, où l'on bat sa coulpe à l'envi. Ainsi dans cette phrase: "la dette imprescriptible que l'on a vis-à-vis des peuples d'Afrique concernés par la traite". L'autre étant le déni total, absolu, tétu, acharné, qu'il pratique également, concluant son état des lieux par ce "je suis pour que les historiens puissent travailler en toute liberté et sécurité. Et ma loi le permet ! C'est le rôle du Parlement de protéger la liberté, mais ne lui enlevons pas la liberté de protéger"... Alors même que F.Chandernagor lui a, deux minutes plus tôt, mis le nez dedans, et prouvé l'exact contraire, avec le cas d'Olivier Pétré-Grenouilleau, empêché de conduire son étude à bien sur la traite africaine.

Faut-il voir dans cette négation de sa responsabilité, l'indice d'une mégalomanie, banal apanage du Politique? Ou d'une technique éprouvée d'auto-affirmation de soi et de ses mérites, qu'un Raymond Domenech, dans son genre, maîtrise également comme personne? C'est la seule question que je me pose désormais, convaincu que de toutes façons, Chandernagor et son Association se battent contre le sens de l'histoire, qui est à la fascisation rempante et au terrorisme intellectuel instaurés en diktat par les Minorités Actives.

Et si je me la pose, c'est pour moi-même, comme à titre d'hygiène, soucieux encore de quelques "leçons de vie" qui aideraient à tenir le coup.

La réponse se trouverait dans ce même Figaro Magazine, décidément fort instructif: on y évoque la mémoire de Désiré Landru, Seigneur de Gambais, qui peut fournir un modèle convenable; non pour les petits tracas qu'il faisait subir à ses belles - malgré mon admiration pour Thomas Fersen, je n'ai guère de disposition pour l'assassinat...- plutôt parce qu'il résuma toute l'affaire d'une formule lapidaire. Certes elle ne lui épargna pas l'échaffaud, mais demeure promise à une heureuse postérité: n'avouez jamais.

Pour moi, quitte à donner dans la pensée "négationniste positive", je préfère une autre façon...


Découvrez Édith Piaf!

(*) Dois je ici préciser si je rigole, si c'est une boutade? Le seul fait que j'y songe est DEJA un problème. Mais oui, je plaisante. Valeurs Actuelles est beaucoup plus à gauche.

27/09/2008

A quoi bon, en effet?...

Je reçois hier l'email amical et bienveillant d'une lectrice attentive qui entre les lignes, distingue dans mes divagations comme une lancinante question.. " A quoi bon?..."

C'est vrai qu'on peut toujours continuer de bloguer. Mais ces dernières semaines, j'avais du mal à rire, septembre étant pour moi le pire des 12 de l'année, Golgotha qui chaque année recommence et dont je ressasse le souvenir de chaque station. Non que je me prenne pour le Christ, hein. Allez pas croire. Chacun de nous ne possede t il pas le sien? Son chemin de croix secret, ses rendez vous avec sa propre histoire, son passé, et le présent qui recommence à dates fixes? Bref, je n'avais pas trop le coeur à rire, si j'ai sauvé les apparences, c'est déjà pas si mal. Mais déjà, là, pointait l'interrogation. A quoi bon se forcer à occuper le terrain...

En vrai je me demande si le blogging, moins pour celui qui s'y adonne que pour celui qui en consomme, n'a pas ses jours-ci perdu de son charme et de son attrait. On peut déconner, ricaner, cancaner. Sur Ségo, Sur Sarko, Domenech, Alonzo, Cali, Bachelot, et tous les autres navrantissimes occupant le devant de la scène. Mais quand se profile à l'horizon la vraie, grosse, belle, énorme dépression, celle dont on vous explique qu'elle pourrait venir vous mordre jusqu'à l'entrejambe et vous laisser exsangue sur le bas-côté du Lost Highway, on peut se demander l'intérêt d'y aller, chaque matin, de sa petite pique ronronnante contre le politiquement ceci et l'écologiquement cela.

Je suis ces jours-ci plus que jamais convaincu de la force d'internet comme média d'expression des personnes. Plus que jamais convaincu de l'intérêt du blog comme support, et plusieurs de mes activités ou projets professionnels présents ou à venir s'appuient d'ailleurs sur cette conviction.

Mais en parrallèle, je regarde et lis les blogs amis, ou aimés, et je vois le mien. Je sens comme une "habitude prise". Elle l'est depuis longtemps, depuis longtemps déjà un certain ronron s'est installé. Le râleur râle. Le dépressif déprime. Le provocateur provoque. Le geek nerde et le nerd geeke. Le plaisantin plaisante, le rocker rolle et le psy psy.

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes tandis que la ruine à grand pas s'avance.

Ah... si j'osais aller plus loin. Bloguer pour ne plus mettre ma cervelle sur la table, mais mes tripes. Ce qui sent la merde? Peut-être. Mes putains de saloperies de contradictions. Oser en finir avec mes lachetés, quitte à terminer pour de bon au pilori. J'ai des choses à écrire sur tant de choses compliquées à dire. Ce monde fait parfois jaillir en moi des convictions dont je ne suis pas fier. Dans des lieux où j'ai coutume de pouvoir et savoir les dire, je me prends à douter de l'utilité d'en débattre. J'ai résilié mes abonnements aux télés satellites qui me font gerber. Je ne vais plus au cinéma. Je prends les musiques d'aujourd'hui en horreur, et celles d'hier ont le gout fade des malabars trop longtemps mastiqués. Je n'ai pas gagné 130 millions à la grande cagnotte du rêve éveillé, envoyer le monde entier se faire paître, ce sera pour une autre fois, mais quand le réel reprends ses droits, j'apprends que la première banque européenne secouée par la crise américaine est précisément celle où j'épargne deux malheureux sous en prévision d'une retraite qui prend de plus en plus des allures de disette ad vitam, 365 jours l'an.

De plus en plus, me prend l'envie d'un blog anonyme où je pourrais "y aller à fond". On me dira "écris un livre", "saute le pas". Autant conseiller à un cul de jatte de s'inscrire à un cours de danse acrobatique.

25/09/2008

Sacré "W"

J'étais hier invité, avec quelques amis blogueurs, à la projection "en avant-première" du prochain film de Karl Zéro et Michel Royer, consacré à l'exceptionnel "Double You", l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu Saddam Hussein et ses armes de destruction massive et qu'a pas eu peur mais qu'a tiré quand même et ça fait sept ans que ça dure.

Le principe développé par Zéro est celui déjà testé sur Jacques Chirac: images d'archives, et voix-off exprimant la pensée "réelle" du personnage, construisant un discours oscillant sans cesse entre dérision, ironie, cruauté, et description incisive d'une réalité politique... telle que l'analyse, du moins, l'ex-trublion du Vrai Journal.

1/3 Guignols, 1/3 Michael Moore, 1/3 Monde Diplomatique, c'est le cocktail. Avec 1/3 de Zéro. Soit 4 tiers, mais comme précisait Pagnol, ça dépend de la grandeur des tiers.

Bush Pour "Being W", qui passera prochainement sur Arte, il faut à l'évidence saluer l'énorme travail des documentalistes: la qualité des archives retrouvées est incroyable, déclanche souvent l'éclat de rire, parfois la chair de poule. La perfidie du texte, intelligemment ciselé, soutient bien le propos, et sur le format long métrage, ce n'était pas gagné. Côté forme, en somme, ça l'fait, dirons-nous pour parler le faux jeune...

Grande est donc la tentation de suivre l'argument sans broncher. La description d'un Bush Jr en Omer Simpson qui aurait réussi, réjouit, consterne, rassure ou fait peur, au choix. Derrière, pointe bien sûr l'inévitable pamphlet anti-américain, option qui peut se défendre, encore faut-il l'assumer sans chichi. Là, sont remontées mes récurrentes réticences à l'encontre de Mister Z, en qui je vois d'abord un manipulateur habile, talentueux, mais aussi cynique que ceux qu'il descend, usant en l'occurrence de toutes les rhétoriques classiques de l'anti-américanisme, mais en ayant l'air de ne pas y toucher, ou maquillé derrière un rapide vernis d'analyse, qu'il dit objective et l'est assez rarement.

La technique est parfaite: avec le sourire, je vous avance un discours joyeusement décalé sur la forme; puis, magie du contraste, je vous place d'un ton grave un propos présenté comme ultra bétonné sur le fond, quand bien même il use en réalité de tous les ressorts de la bonne vieille propagande audiovisuelle: raccourcis, collages cruels, allusions, sous-entendus, décalages violents entre le texte et l'image. Séduit par le ton, le public gobe l'un et l'autre, comme au Vrai Journal, applaudissant bonne pâte, oubliant que se construit sous ses yeux, à petites touches, un discours exclusivement à charge (soit) mais pernicieux dès lors qu'il ne s'avoue jamais comme tel.

J'attire votre oeil à gauche et vous fais la poche de droite sans que vous trouviez à redire, c'est le bon vieux truc du magicien. Entendre KZ, au cours du débat qui suivit la projo, avancer qu'à la différence de Michael Moore, il n'avait pas fait un "pamphlet", mais un "documentaire", parut de ce point de vue bien culotté. Mais réussi, aucun participant ne songeant à lui demander de préciser. Il s'y entend pour emporter l'adhésion.

Vous me direz, j'aurais pu m'en charger.

En réalité je manquais de niaque pour monter au créneau. On ne démonte jamais les discours propagandistes. Pour voir comme ils opèrent, il faut pouvoir les disséquer. Revenir à la table de montage. Ce n'était pas le lieu.

Le film, quoi qu'il en soit, ne manque ni d'habileté ni d'humour, et rhabille comme on pouvait s'y attendre le croisé de l'axe du bien en grand méchant Bush. Le temps d'une brève séquence, apparaissent en guest-stars les dénommés Chavez et Amadinejad. Et je me suis demandé, du coup, s'ils incarnaient ou non dans l'esprit de Zéro, de possibles visages du bien alternatif (son côté Monde Diplo, voir plus haut)... Question à la con? Dans le doute, je me suis gardé de la poser.

PS: Grand merci à l'Agence Tribeca et à Sylvain T. pour leur invitation dans les locaux d'EuropaCorp.