Le Retors du Jeudi, ma galerie de portraits au fil du temps (3)
Mon idée de rendre hommage à ces gens qui croisés au fil des années ont pu me nuire, n'a pas vocation comme a cru le comprendre un lecteur, à me plaindre, gémir, ou geindre. Bien au contraire, il s'agirait de défendre l'idée que ceux qui à un moment vous nuisent, vous rendent également service en vous aidant à grandir... pour peu que vous sachiez tirer des conclusions de vos mésaventures.
Vous me direz, et vous n'aurez pas tort, qu'il serait plus que temps (de grandir), pour un type de cinquante berges! C'est peut-être ma plus grande naïveté: l'idée qu'on apprend tout au long de sa vie. Qu'on n'est jamais "achevé". Que jusqu'au bout, on peut s'offrir des leçons de vie, gagner en sagesse, ou à tout le moins, en lucidité.
Il est certain qu'avoir évolué dans des secteurs "exposés" à la concurrence et aux ambitions, prédisposait éventuellement à croiser un beau quota de personnages douteux. Dans cette ambiance "très foot" que nous vivons cette semaine, m'est revenu le souvenir de ce journaliste effectivement dévoré de grosses ambitions, et qui parvint un temps à les satisfaire. C'était le prototype du calculateur, sympathique uniquement par intérêt, en réalité totalement dénué de sincérité, et plus encore de scrupules. Capable de toutes les impudences, pour peu que son immédiat intérêt l'y invitât. Mielleux, doucereux, soumis même, avec les "puissants", jusqu'à l'indécence parfois. Recherchant la compagnie des "personnalités", et prompt à se vanter de l'étendue de son carnet d'adresses, name dropper on ne peut plus volubile. Sachant avec ses subordonnés passer du copinage le plus démagogique à des crises injustifiées d'autoritarisme, pour peu qu'il se sentît lui-même menacé, si peu que ce fût. Capable de mettre une pression maximale sur ceux qui ne servaient pas son jeu. Hautain, faussement décontracté, menteur, ce retors-là avait toujours le sourire aux lèvres, et le couteau aiguisé dans la poche arrière...
Un de mes "plus beaux" souvenirs avec celui-là fut la façon dont il s'appropria un important travail d'écriture que j'avais été obligé de réaliser à sa place. Mais ma position était telle que si ce travail n'avait pas été réalisé "en temps", j'eus pris le risque d'en assumer à sa place la responsabilité. En somme, je fis le travail, c'est lui qui fut payé, et cerise sur le flan, je le vis pour cela félicité en direct à la Télé par un acteur connu, qui se déclara ravi d'avoir pu lire "un si beau texte" signé de son ami... J'assistai à ce compliment devant mon poste, assez bluffé finalement par la capacité du personnage à jouer son jeu jusqu'au bout. Sans aucun état d'âme ni remords. Avec au contraire un aplomb assez phénoménal.Il ne s'excusa jamais devant moi, je n'en dis pas un mot, il fallut encaisser sans rien dire. La loi du genre.
Ma leçon fut que quiconque attend un peu d'élégance ou d'honnêteté morale d'une personne en situation d'asseoir son pouvoir, n'est pas fait pour ce genre de théâtre. Pour arriver dans ces métiers, il faut plus que des qualités professionnelles. Il faut aussi savoir "ne pas être gentil". L'affectif n'a rien à voir dans ces univers, gentillesse rime assez mal avec business, c'est même plutôt antinomique. Bienheureux ceux qui le savent dès le départ, et sont assez lucides pour ne pas se faire prendre. Et que les autres restent donc dans leur jardin!