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10/09/2009

Le Retors du Jeudi, ma galerie de portraits au fil du temps (3)

Mon idée de rendre hommage à ces gens qui croisés au fil des années ont pu me nuire, n'a pas vocation comme a cru le comprendre un lecteur, à me plaindre, gémir, ou geindre. Bien au contraire, il s'agirait de défendre l'idée que ceux qui à un moment vous nuisent, vous rendent également service en vous aidant à grandir... pour peu que vous sachiez tirer des conclusions de vos mésaventures.

Vous me direz, et vous n'aurez pas tort, qu'il serait plus que temps (de grandir), pour un type de cinquante berges! C'est peut-être ma plus grande naïveté: l'idée qu'on apprend tout au long de sa vie. Qu'on n'est jamais "achevé". Que jusqu'au bout, on peut s'offrir des leçons de vie, gagner en sagesse, ou à tout le moins, en lucidité.

Il est certain qu'avoir évolué dans des secteurs "exposés" à la concurrence et aux ambitions, prédisposait éventuellement à croiser un beau quota de personnages douteux. Dans cette ambiance "très foot" que nous vivons cette semaine, m'est revenu le souvenir de ce journaliste effectivement dévoré de grosses ambitions, et qui parvint un temps à les satisfaire. C'était le prototype du calculateur, sympathique uniquement par intérêt, en réalité totalement dénué de sincérité, et plus encore de scrupules. Capable de toutes les impudences, pour peu que son immédiat intérêt l'y invitât. Mielleux, doucereux, soumis même, avec les "puissants", jusqu'à l'indécence parfois. Recherchant la compagnie des "personnalités", et prompt à se vanter de l'étendue de son carnet d'adresses, name dropper on ne peut plus volubile. Sachant avec ses subordonnés passer du copinage le plus démagogique à des crises injustifiées d'autoritarisme, pour peu qu'il se sentît lui-même menacé, si peu que ce fût. Capable de mettre une pression maximale sur ceux qui ne servaient pas son jeu. Hautain, faussement décontracté, menteur, ce retors-là avait toujours le sourire aux lèvres, et le couteau aiguisé dans la poche arrière...

Un de mes "plus beaux" souvenirs avec celui-là fut la façon dont il s'appropria un important travail d'écriture que j'avais été obligé de réaliser à sa place. Mais ma position était telle que si ce travail n'avait pas été réalisé "en temps", j'eus pris le risque d'en assumer à sa place la responsabilité. En somme, je fis le travail, c'est lui qui fut payé, et cerise sur le flan, je le vis pour cela félicité en direct à la Télé par un acteur connu, qui se déclara ravi d'avoir pu lire "un si beau texte" signé de son ami... J'assistai à ce compliment devant mon poste, assez bluffé finalement par la capacité du personnage à jouer son jeu jusqu'au bout. Sans aucun état d'âme ni remords. Avec au contraire un aplomb assez phénoménal.Il ne s'excusa jamais devant moi, je n'en dis pas un mot, il fallut encaisser sans rien dire. La loi du genre.

Ma leçon fut que quiconque attend un peu d'élégance ou d'honnêteté morale d'une personne en situation d'asseoir son pouvoir, n'est pas fait pour ce genre de théâtre. Pour arriver dans ces métiers, il faut plus que des qualités professionnelles. Il faut aussi savoir "ne pas être gentil". L'affectif n'a rien à voir dans ces univers, gentillesse rime assez mal avec business, c'est même plutôt antinomique. Bienheureux ceux qui le savent dès le départ, et sont assez lucides pour ne pas se faire prendre. Et que les autres restent donc dans leur jardin!

03/09/2009

Le Retors du Jeudi, une galerie de portraits au fil du temps (2)

Chacun de nous évolue dans des entourages multiples: professionnel, personnel, relationnel, familial... Ce qu'il est convenu d'appeler, quelle horreur, des "communautés". Ici et là on y croise de gré ou de force, toutes sortes d'individus et d'inviduzes, de tous types et tous poils, des formidables et des exécrables, des aimables et des lamentables, des adorables et des imbuvables. Des faux amis, faux-culs, faux-témoins... Des visqueux et des hypocrites, des retors, des butors, des matamores, des tordus.

Le premier principe avec tout type de retors, c'est qu'il vous séduit souvent de prime abord... pour mieux vous écoeurer ensuite. Il dément ainsi l'adage affirmant qu'il faut toujours se fier à sa première impression et rien que cela constitue une ignonimie, car on déduirait aisément de nos déconvenues le principe inverse: "méfions-nous de la première intention", alors qu'elle peut être tout aussi vraie. N'en demeure pas moins que devant chaque retors qui vous aura déçu, vous aurez fait preuve de cette naïveté qui consiste à faire par principe confiance à la nature humaine. Sauf que, contrairement à ce qu'affirmait Rousseau, l'homme n'est pas bon par nature et corrompu seulement par la société. Il y a des fils de pute, calculateurs, fourbes, menteurs, cyniques, qui aiment cela, ou ont très tôt compris que la mesquinerie sera leur meilleure arme pour compenser leur fondamentale médiocrité.

J'ai croisé sur ma route un de ces serpents, qui savait comme nul autre vous embobiner. Tiens cela me rappelle le célèbre quatrain de Voltaire:

L'autre jour au fond d'un vallon,

Un serpent piqua Jean Fréron.

Que croyez vous qu'il arriva?

Ce fut le serpent qui creva.

Fin de la minute culturelle.

J'entendis un jour le mien qualifié de "marchand de merguez" par un comique connu, et pour le coup plus cinglant que le laissait entendre son style généralement "bonhomme". Il y avait sans nul doute une petite intention raciste dans cette pointe là; mais la connotation péjorative était par ailleurs assez bien trouvée, pour signifier la médiocrité des intentions de l'incriminé. Encore que j'aime beaucoup les merguez. Reconnaissons que ne vendre que cela ne vous tire pas au plus haut des aspirations humaines.

Ce retors ne vivait heureux que dans le conflit professionnel. Il lui fallait un homme ou une femme en ligne de mire, qu'il s'appliquait à dézinguer chaque fois qu'il le pouvait, car c'était pour lui le meilleur moyen de détourner les regards de ses propres carences, qui ne manquaient pas. Il était retors par talent mais plus encore par nécessité. C'était son instinct de survie. Au départ moins méchant que faible, peut-être, il devint réellement néfaste et dangereux  grâce à l'impunité que lui offraient ses supérieurs, soit qu'ils fûssent inconscients et aveugles, soit qu'ils lui reconnûssent d'autres mérites, et c'est vrai qu'il était un négociateur pugnace et inlassable.

Il fit donc longtemps des dégats. Nombreux furent ceux qui perdirent leur job pour avoir eu la malchance d'exercer sous son contrôle pervers. Un maître harceleur. Je fus de ceux qui préférèrent renoncer que de m'y soumettre. C'est un choix que j'ai payé cher, et que je paye encore. Que je paierai sans doute jusqu'au dernier jour de ma vie. Mais je crois que j'aurais pu, dans le cas inverse, aller jusqu'à la violence physique, tant me rendait furieux, non pas son attitude (chacun agit avec ses forces et faiblesses, c'est "la loi" du genre), mais cette impunité dont il bénéficiait. Plus que ses comportements pervers, c'est l'injustice cachée derrière, qui me scandalisait.

A ce jeu, et pour avoir sans doute poussé le bouchon plus que trop loin, il finit par perdre... Lorsque fut venu le temps de sa disgrâce et de son renvoi, il se trouva une personne pour reconnaitre devant moi que "j'avais à son sujet eu raison"... dix ans avant tout le monde...

La belle affaire! Avoir raison trop tôt, c'est avoir tort deux fois. Sur le moment personne ne vous écoute, et quand le temps est venu qui vous donne raison, vous n'en tirez aucun avantage. Avoir après cette rencontre dont je me fusse bien passé, formulé cette maxime personnelle, est bien la seule satisfaction que j'en ai retirée...

Là où il sévit désormais, je ne me rendrai pas.

27/08/2009

Le Retors du Jeudi, une galerie de portraits au fil du temps (1)

Chacun de nous évolue dans des entourages multiples: professionnel, personnel, relationnel, familial... Ce qu'il est convenu d'appeler, quelle horreur, des "communautés". Ici et là on y croise de gré ou de force, toutes sortes d'individus et d'inviduzes, de tous types et tous poils, des formidables et des exécrables, des aimables et des lamentables, des adorables et des imbuvables. Des faux amis, faux-culs, faux-témoins... Des visqueux et des hypocrites, des retors, des butors, des matamores, des tordus.

Il y en a pour tous les goûts, et pour tous les égouts. Avec le temps on finit par les voir venir; parfois il en est qui parviennent malgré tout à nous surprendre, nous épater par leur culot, leur audace, leur absence totale d'impudeur. On pense alors à la sentence d'Audiard "les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnait", et l'on se dit que ça colle assez bien aux tordus qui nous rendent le quotidien un tout petit peu plus imbuvable encore...

C'est que j'en ai rencontrés, mézigue. Si je devais vraiment cultiver le sentiment de rancune autant que je le laisse parfois entendre (rancunier n'étant pas le moindre de mes défauts) la liste noire de ceux à qui je devrais régler leur compte pèserait un bottin.

Mais finalement, mieux vaut leur rendre hommage. Car le type au choix (ou cumulant les avantages) mesquin, odieux, abject, menteur, hypocrite, âpre au gain, profiteur, manipulateur, égoïste, mégalomane, dont vous croisez un jour la route et qui vous roule dans la farine, vous aide un peu à grandir. Il vous rend plus lucide. Un peu plus amer aussi, oui. Mais en retour, il vous rend plus agréable aussi la fréquentation des gens "bien" que vous avez aussi croisés. Il faut savoir rendre grâce aux pourris. 

Ainsi, de ce chef d'entreprise que j'ai jadis croisé sur ma route, qui ne vous accordait "son amitié" que pour mieux profiter ensuite de votre dévouement. Aucune sincérité dans sa démarche, contrairement aux apparences. Juste du calcul, de l'opportunisme, et une bonne dose de pragmatisme. Habile à proférer de grands discours, agitant volontiers les "valeurs", les "grands principes", il était surtout, comble de la classe, capable dans les faits se contredire superbement, MAIS sans vergogne aucune. Ayant aussi cette capacité à retourner les arguments de ses ennemis comme des crèpes, doublée d'une promptitude à vous accuser de ses propres turpitudes... juste une seconde avant que vous les lui serviez vous-même, et vous coupant du coup votre effet.

Il faut pour cela du culot, de l'aplomb, une sacrée confiance en soi, à défaut d'une éthique intérieure. L'essentiel est de comprendre que contre ce genre de modèle, on ne gagne JAMAIS. on n'a jamais le dernier mot. Car il s'aime trop lui-même pour être déstabilisé par les critiques. Rien ne les change. S'il s'améliore, c'est dans sa capacité à duper ses contemporains.

Car si ce retors-là fait une grande consommation "d'amis", qu'il écoeure et lasse et décourage, au fil des aventures, peu lui importe! Car son charisme lui en fournira d'autres, qui demain seront à leur tour écoeurés, lassés, découragés, il suffit d'attendre. Il arrive parfois que son masque tombe. Mais trop tard pour que vous en tiriez une réelle satisfaction... Peut-être en connaissez-vous, de cette carrure? pour peu qu'ils aient un peu de talent d'expression, ils peuvent faire d'assez bons politiques... Fort heureusement, le talent n'est pas la chose du monde la mieux partagée...