Les rêveries du blogueur solitaire
Fin de Roland Garros. Fin de saison du foot. Fin de campagne des Européennes. Fin des célébrations du Débarquement. Blues de juin.
La première année que j'avais consacrée au blogging, une immense lassitude m'avait envahi en cette même période. J'avais même, rechignant pas sur le pathétique, annoncé la fin officielle de l'objet pour la Saint Hervé, le 17. Quinze jours plus tard, je m'en mordais déjà les doigts, accro que j'étais devenu à l'exercice salutaire de purge. Ces jours-ci, c'est un peu différent. C'est comme une conviction sourde que ce monde et ceux qui l'habitent déconnent de toutes façons beaucoup trop et beaucoup trop fort, pour qu'on y puisse changer quoi que ce soit. Ce qui d'ailleurs n'a jamais été mon intention. Une ancienne collègue d'école de com, découvrant mon blog après quatre années d'existence, m'avait écrit, se pensant peut-être habile, entre cruauté lucide et taquinerie perfide, "j'aurais du me douter que tu serais là dedans, c'est bien ton genre, penser que ton point de vue puisse avoir un quelconque intérêt pour le monde..." La pauvre. Si elle savait. Mais bast. Voilà ce que plaçait ici, hier, dans un commentaire, la charmante Christina, qui si j'ai bien compté et bien compris, à l'âge d'être ma fille, mais semble avoir déjà fait le tour de la situation...
je pense sincèrement que notre société est foutrement malade. J'ai même peur qu'il ne s'agisse pas d'un simple rhume. Je ne vous parle pas d'une grippe porcino-aviaire, mais d'une maladie qui atteint à la fois l'esprit et le coeur. Une saloperie de cancer qui bouffe tous les frêles rouages de notre magnifique société de consommation et de divertissement. Le pire est que le malade n'a évidemment pas conscience de son état et continue de s'enfoncer dans ses turpitudes pathétiques. (...) la véritable question, n'est-elle pas celle-ci : pourquoi cette société au vernis craquelant régresse-t-elle autant ? Pour mieux crever en attendant une magnifique renaissance ? Bah voyons...
En même temps je la plains. Si à Vingt ans, on n'a pas comme l'écrit Aznavour "des lendemains pleins de promesses"... qu'aurons-nous à cinquante?
Je regarde autour de moi quelques blogs que j'appréciais. C'est peu dire que je m'y ennuie, et depuis bien longtemps déjà je crains que les autres en fassent de même, lorsqu'ils passent par chez moi.
Je pourrais écrire sur mon père, loin, sa cécité, comment elle nous rapproche après une vie d'éloignement. Sur ma fille, son entrée dans le monde adulte, les concours qu'elle passe commen autant d'obstacles dans un parcours d'équitation, comment elle m'offre une petit sentiment de revanche, fût-ce par procuration, sur mon propre parcours. Je pourrais exprimer mes positions sur des débats agitant actuellement des institutions privées où je traîne mes guêtres. Ou détailler par le menu les racines psychanalytiques de mes compulsions, contre lesquelles je me bats encore et toujours, une fois par semaine, chez cette jeune psy ma foi brillante, mais dont je me dis que jamais elle ne parviendra à me décoller de cette roche à laquelle je fais corps, misérable bigorneau fossilisé dans sa névrose. Je pourrais disserter des régressions archaïques où se rejouent les souffrances premières et leurs valeurs symboliques. Bref, parler de tant de choses qui ne peuvent être parlées ici. Et trouver tellement peu de saveur à parler de ce qui peut l'être... End of the road?