Remettons-en une couche sur la question inépuisable de la diversité ethnique en République du 3eme millénaire. C'est pas que le sujet m'obsède. C'est qu'il est ces jours-ci impossible d'y échapper, donc je m'y intéresse un brin, et j'en cause ici, l'objet de ce blog étant de faire partager mes modestes points de vue aux 27 contemporains qui ont la faiblesse de s'y intéresser...
Là-bas, entendez aux Antilles, la grève contre la vie chère s'oriente chaque jour vers la question des inégalités raciales, et non sociales... On n'en a pas tout à fait fini avec la décolonisation. Ici, des représentants autoproclamés des minorités dites visibles annoncent des révoltes imminentes des personnes de couleurs, lassées d'être écrasées par le pouvoir "leucocratique". On reviendra plus loin sur ce néologisme, promis à un avenir radieux.
Dans certains instituts de sondages, on cherche à contourner l'interdiction de catégoriser les individus selon des critères éthniques ou raciaux (étant entendu que les races n'existent pas, comment fait-on? on bidouille, on s'arrange), pour affiner la compréhension de leurs comportements spécifiques en termes de consommation. Ainsi, Libération publie-t-il un intéressant papier sur une initiative d'un cabinet Solis Conseil, qui prétend comptabiliser, pour les étudier ensuite, ces différentes minorités, originaires (dixit) d'Algérie, du Maroc, de Tunisie, d'Afrique sub-saharienne, des Dom-Tom et de Turquie.
Le journaliste souligne en passant, mais sans s'attarder plus que ça sur le détail, que "manquent les Asiatiques pas présents dans cette enquête". Ca ne le dérange pas plus que ça et pas davantage n'est-il interpelé par la comptabilisation des personnes des DOM-TOM, qui sont pourtant françaises depuis plus longtemps que, par exemple, les Niçois ou les Savoyards (qu'on devrait correctement appeler Savoisiens, à ce qu'il parait).
Ce double paradoxe pose évidemment question. Ayant dans mon jeune temps tâté de la science statistique, je m'interroge sur cette tentative de dénombrement sous-tendu dans cette étude. S'intéresse-t-on aux "immigrés" en tant que tels? Non, sauf à considérer qu'un martiniquais est immigré de l'intérieur, et qu'un chinois de France y est quantité négligeable. Serait-ce alors une étude qui - sans le dire comme ça-, viserait plutôt des "populations posant problèmes", selon des critères de couleurs de peau? De qui parle-t-on au juste, si l'on prétend agir de façon rationnelle? Des étrangers qualifiés comme tels -c'est à dire porteurs d'une carte de séjour, et non d'identité? De ceux arrivés en France après la naissance, fussent-ils aujourd'hui porteurs d'une carte d'électeur? De ceux issus de familles immigrées, fussent-ils eux-mêmes nés sur le territoire, donc français du fait du droit du sol? Et quel sens prétend-on donner à ce mot de "deuxième génération", qu'on utilisait déjà voilà quarante ans pour désigner mon copain Abdelhafid, marocain fils d'ouvrier de chez Renault... qui a aujourd'hui l'âge d'être grand-père?
Tout ceci n'a on le voit bien, pas la moindre rigueur. Il s'agit de tripatouiller des concepts fumeux (ou émotionnels et idéologiques) pour donner l'impression qu'on s'occupe du problème en société Obamaniaque. C'est en réalité désinformation pure, manipulation des consciences, qui permet à chacun, selon la posture qui l'arrange, de dire une chose ou son contraire. Ainsi, ayant affirmé que les typologies recensées représentent 10% de la population française globale, on pourrait tout aussi bien estimer juste et normale la proportion de leucodermes (représentant entre 85 et 88%, le reste pour les asiatiques) aux postes de pouvoirs. Prérogative du nombre, et de l'ancienneté sur le territoire (ceux que les Indigènes de la République désignent très gentiment comme "souchiens", avec ou sans jeu de mot douteux).
Les réactions des internautes à l'article de Libé sont contrastées. Les uns s'offusquent qu'on les classe parmi les immigrés, puisqu'ils sont français depuis deux siècles. Les autres s'en félicitent, arguant (pour faire court) que l'esclavage n'a en réalité jamais été vraiment aboli. Certains qualifient la France de "leucocratie", entendez fondée sur une domination des leucodermes. Du grec "leukos" , signifiant "blanc". Cette terminologie employée dans des certaines revues scientifiques d'anthropologie, connut surtout un grand succès dans certains discours racistes. Ainsi au bon vieux temps de Gobineau, auteur d'un traité sur l'inégalité des races humaines, qui inspira certains hurluberlus que je ne nommerai pas, de peur de prendre encore un "point Godwin" avant le franchissement du drapeau à damiers. Ces dérivés de "leukos" sont désormais utilisés par des militants radicaux, qu'il conviendra symétriquement de désigner comme "mélanodermes". Dont certains ont été interdits pour propos ouvertement racistes, notamment antisémites. A part ça, métissage et multiculturalisme sont en bonne voie, merci...
La balkanisation des cervelles commence par l'incapacité des individus à "se définir" eux-mêmes, sinon par des critères dont on s'est par ailleurs appliqué à proclamer l'inexistence. On agite alors des mots tel un fanion. "Diversité" j'écris ton nom. Puis l'on confie à quelques zélateurs de la société communautaire (Descoings de Science Po, Lozes du Cran, Yazid Sabeg) le soin de "transformer en profondeur" la société française, le seul communautarisme reconnu par ces apprentis-sorciers étant "le communautarisme blanc". La récente proposition de Lozes de "réserver l'attribution de certains marchés publics à des entreprises dirigées par des minorités visibles", semble un assez bon indice de ce que sera la société de demain. Un ensemble de territoires avec des chasses gardées, des pré-carrés confiés à telle communauté locale (sur quels critères? pour quelles durées?), terreaux parfaits pour que s'y développent en douceur, mais très efficacement, pressions, menaces, rackets, clientélisme et corruption des élus. Guerres des gangs et plus si affinités.
Il faudra ensuite expliquer aux "pauvres" d'origines "leucodermes" qu'ils devront désormais "passer après". Et attendre les conséquences dans l'isoloir. Vous aviez détesté le terme de "préférence nationale"? Vous adorerez "préférence morpho-ethnique", concept positif nourri des plus belles intentions.