Les hommes, les femmes, les vaches...
L'hebdomadaire l'Express se penche cette semaine sur la bonne vieille différence homme/femme, et les multiples façons modernes de l'évaluer. Modernes, entendez indiscutables, puisque nous sommes bien d'accord, la modernité n'est pas une option prmi d'autres. C'est une obligation éthique. Femme versus Homme. Sujet inépuisable pour les narcisses que nous sommes. Mais si vous croyiez qu'on pût encore raisonner à partir d'un bon vieux binome, style yin-yang, positif/négatif, pôles sud et nord, mâle/femelle, et en déduire benoitement que l'équilibre pouvait provenir de la complémentarité harmonieuse des contraires, vous vous fourrez, autant le savoir, non pas le coude, mais les deux bras dans le même oeil.
Sans parler des innombrables questions aussi récurrentes que réjouissantes, comme "les femmes ont-elles une âme", "nait-on femme ou le devient-on"? "la femme est elle l'avenir de l'homme?... de la politique?.. du football?..", des débats tout à fait passionnants s'offrent à nous, grâce à l'inépuisable capacité de l'être humain à théoriser sa propre vacuité.
Ayant fait un point plutôt rapide sur l'état de la recherche en matières de génétique, chromosomie, procréations assistées par ordinateur, l'Express s'attarde sur LE véritable sujet du dossier, qui n'est pas tant la (ou les) différence entre homme et femme, mais bien le ou les moyens de l'éradiquer une bonne fois pour toutes.
Passons sur l'émergence du 3ème sexe, dont même ma concierge est désormais consciente de son caractère impératif. Glissons sur les rites d'ici ou ailleurs invitant l'homme à une féminisation jusqu'alors confinée au symbolique, et où diantre ai-je rangé ce petit porte jarretelles rouge acquis la semaine passée. De même laissons à Freud la dimension éminement bisexuelle de l'être humain, platitude qu'on n'ose même plus enseigner dans les écoles maternelles, où les jeunes garçons DOIVENT passer au moins une demie heure par jour au "coin poupée", sans quoi la famille est immédiatement convoquée pour signalement aux instances médicopédagogiques. Oui j'exagère un peu. A peine.
Tout ça est connu et râbaché. Le vrai truc tendance, renseignez-vous, n'est ni la complémentarité des sexes, ni leur combat pour qu'on pût accéder un jour à une vraie égalité, ni l'admonestation sentencieuse à assumer sereinement sa part "autre"; pas même l'affirmation du sexe "synthèse" cher aux transgenders ou crossdressers de tous poils. Aujourd'hui, le truc à penser, c'est une certaine Joy Sorman qui l'expose: affirmer l'exigence du nouveau concept, la "virilité féminine". Tout faire pour que "le mec n'ait plus l'air d'un mec, et la fille pas l'air d'une fille". L'objectif n'est pas "l'égalité des sexes", vieille lune ringarde, mais "qu'il n'y en ait plus qu'un seul". A cette jeune personne, dont on ne sait s'il faut l'appeler monsieur, madame, machin, on suggèrerait volontiers, tout-à-trac, d'aller "voir quelqu'un", comme on dit pudiquement, manière de faire le point sur une identité peut-être chahutée à certaines phases de son existence? Sauf que. Pas du tout. Car ce bon vieux Joy l'affirme, son "projet est foncièrement politique". Ah, évidemment, si c'est politique, ça coupe court à toute contestation. On n'est plus dans le délire, mais dans le projet. C'est pas au niveau de l'inconscient que ça se passe, chez Monsieurdame Sorman, c'est au niveau de la stratégie: un seul sexe, et tout le monde au pas. L'avenir sera monochrome ou ne sera pas. Car il faut coute que coute, sentence tellement éculée qu'il n'est même plus besoin ni de la discuter, ni de la justifier, "s'arracher aux représentations sexuées que la société impose".
Pour le coup on en viendrait presque à regretter les bonnes vieilles féministes hystériques des seventies, qui prétendaient me terroriser le mental à grands coup de "phallocrate", "sexiste" "misojean's", pour peu que j'eusse osé contester telle de leurs assertions. On évoquerait même avec un rien d'attendrissement les chiennes et meutes d'hier, qui fantasmaient peut-être des scénarii de revanches de mémère sur pépère, enfin reconnue Mémère Supérieure, mais qui envisageaient encore l'espèce humaine sous l'angle de la biodiversité.
Sauf que celles-ci probablement, sont les mères et les grands mères de celle-là.