Mon cerveau résonne encore du concert de mercredi. Pour prendre la suite, il faudrait du très lourd, je vous le jure, rien moins qu'une reformation des Fab Four avec John et George aux manettes, Elvis en guest star, et Hendrix en soutien. Vous savez ce qu'on dit du silence qui suit Mozart. Là, tout pareil.
Alors pour assumer vraiment la nécessaire transition, je propose d'aller déambuler ailleurs, vraiment ailleurs. Chez Bugge Wesseltoft, par exemple, pianiste norvégien dont j'aime les échaffaudages oniriques, jazz, trip-hop, électro. Il jouera à Paris le 20 mai.
My brotha Satchmo. Ici avec les élégants Mills Brothers, dans un extrait de leur rencontre historique, avant guerre, déjà évoquée aux premières heures de Radio Resse.
Ecouter Louis est une de mes couleurs intimes et secrètes. Sonorité désuette, harmonies en allées, patine d'une époque que je n'ai pas connue, même de très loin. Chaque fois que je l'entends, une étrange nostalgie prénatale, créole évidemment, se rappelle à mon bon souvenir. Avec tout ça... quand donc parviendrai-je enfin, et pour de bon, à "tuer le vieil homme"?
Combien sommes-nous en France à posséder tous les disques de ce monsieur? Sans doute pas bien nombreux! Je sais qu'Antoine De Caunes est un fan: c'est lui qui me le fit découvrir: il vantait ses mérites avec une telle conviction que le sachant homme de goût, je m'en allais sans hésiter à la découverte de ce yéti musical. Un type qui depuis trente années cultive un look de Groucho Marx sérieux, une voix de crooner fatigué, qu'il plaque sur des mélodies nostalgiques du jazz new orleans d'avant-guerre... si tout ça ne vous titille pas un peu... moi, si.
Leon Redbone, c'est son nom, cultive le passéisme avec une application qui n'évite jamais le déni de réalité. C'est un être résolument à part, habillé comme dans les romans de Faulkner, rétif à toute mode, hors du temps. Lorsque on subit le monde tel qu'il est, on ne peut pas vraiment lui donner tort, c'est mon humble avis et je le partage, avec qui veut.
Voici pour terminer en beauté cette semaine Brassens, qui je l'espère ne vous aura pas trop rebutés, l'ultime hommage, un des meilleurs, qui ne pouvait venir que d'un guitariste. Avec brio, ce virtuose rend aussi l'air de rien, hommage à Django, le temps d'un album qui a su ravir tous les fondus de Jojo. Ecoutez cette version de l'Orage, une de mes préférées!
C'est aussi pour moi l'occasion de saluer Maxime Le Forestier, son héritier le plus pertinent. Son hommage public à Brassens, "le cahier", qui passait au printemps au théâtre l'Européen, était une petite merveille d'affection et d'amitié à cette discrète confrérie que sont les amis de Georges. Un CD, un DVD, vont probablement sortir dans les semaines à venir. Vous pourrez les acquérir en toute tranquillité, le premier coffret de 4CD's sortis il y a cinq ou six ans était de la meilleure veine, comme chaque fois que Maxime se penche sur le répertoire anthume ou posthume de son ami...
Je n'ai qu'une inquiétude. Sur la Grande Prairie ont-ils l'éléctricité?
Si oui, il y a fort à parier que ma pauvre mère a mis la main sur tous ces disques là, et qu'ils tournent régulièrement...
C'était aussi pour toi, évidemment, toute cette semaine... :-)
Qu'est-ce qu'un gros balourd comme moi irait commenter un tel moment de grâce absolue? Quand Ella chante, on se tait, on écoute, on a juste le droit, éventuellement, d'y aller d'une petite larme de joie ou d'émotion. Car si vous écoutez bien, c'est presque aussi beau que du lara fabian. Aux beaux jours, je vous avais proposé la version de Chet Bakertrès différente mais également bouleversante, de cet immense classique (toujours là, voyez les archives).
Cette semaine, c'est l'automne. Cette semaine, il y a Paris Blogue-t-il. Voici donc mon cadeau, blogueurs et blogueuses d'automne.
On connait Chet Baker pour son fabuleux son de trompette, sensuel, feutré. Il faut aussi réécouter comme il chantait, d'une voix si fragile et douce. Si My funny Valentine est un des standards les plus éprouvés, signé du duo Rodgers & Heart, la version de Chet n'est celle de personne. Pardon pour qui la connait déjà, mais pour tous les autres, ça vaut le coup.
Enregistré avec le génial groupe vocal les Mills Brothers, à l'époque où il est une star mondiale de tout premier plan, Brotha' Satchmo vous donne ici le grand frisson, avec un art absolument maîtrisé du blues et de l'émotion. Il chante à merveille, sa trompette vous flanque la chair de poule, comme dans ce titre, Carry me back to Old Virginny. Cette chanson, et tout le disque qui va avec, est un bonheur toujours renouvelé, où l'on découvrira incidemment, qu'Armstrong et les Mills rappaient déjà dans les années quarante, avec en prime une immense finesse...
J'ai croisé une femme à qui je parlais de Billie Holiday, qui m'avait dit "mais c'est un homme! mon père avait un de ses disques: rock around the clock"! En même temps, bill haley, billie holiday... Vingt ans plus tôt je me serais payé sa tête. J'ai été clément vu qu'on ne peut pas tout savoir, mais voilà bien le premier ravage de l'âge: on perd en perfidie...Avantage, on gagne en sagesse: par exemple pour recevoir Billie telle qu'elle fut et demeure. La sensibilité du blues dans ce qu'elle a de plus universel et de plus éternel...Body and soul,par Lady Day.
Et puis cette chanson que j'adore, Lover come back to me. Amour, reviens vers moi. Cette voix de chatte fragile et blessée...
J'aurai pu choisir A Love Supreme, Naïma, Giant Steps. Cet album-ci de John Coltraneest vraiment le premier qui m'ait ouvert au jazz. Je n'en suis nullement spécialiste... Mais Blue train, ça sonne bien, non? J'aime ce titre, on y entend l'espoir, l'avenir, le blues en arrière fond. Et les sons de Coltrane! les ambiances qu'en un souffle il peint... les chorus d'une intensité, d'une humanité si profondes... ses solos s'envolent avec la grâce des rêves inaccessibles. Quel poète saura évoquer la puissance créatrice d'un tel homme?
hélas les morceaux sont trop longs. Ils ne passent pas sur le lecteur. Désolé, donc, pas d'extrait.