Jadis, qui n'aimait pas la bavette d'aloyau, le faux filet, l'andouillette, le boeuf mironton, le lapin moutarde, le jarret sur lit de choucroute, la tête de veau ravigote, était "végétarien".
Et "pas plus fier pour autant", aurait ajouté mon grand-père.
Justement. Quel con, mon grand-père.
Bien sur qu'il faut en etre FIER!
Car aujourd'hui, qui ne l'a encore compris est bien le roi des abrutis, il n'y a en ce monde que deux postures possibles.
Celle de la victime, -je vous l'ai dit et répété- qui à cet égard, se place en situation d'exiger des droits spécifiques, en réparation de sa douleur. D'une société par avance terrifiée à l'idée qu'elle pourrait dire non, et passer ainsi pour "discriminatoire", on peut tout obtenir. Ne riez pas, les exemples pullulent. C'est à de tels indices qu'on voit qu'un certaine Europe du nord est en marche.
L'autre posture est celle du "fier". En anglais, pride. Autre promesse de succès, comme le démontrent tous les pays modernes dignes de ce nom que le monde entier nous envie, où les marches de fierté gay, bi, lesbo, trans, trav, passifs, actifs, alternatifs et continus, constituent désormais un sommet attendu de la vie sociétale, avec le lancement de la Ferme 2 et la soirée des Voisins, dont j'entends déjà les premiers préparatifs joyeux en arrière cour, attendez moi, les amis, je vous rejoins.
Donc, FIER.
Fier de tout, de rien. D'être ou ne pas être. Fier de porter partout le fer de la rebellion dans le ventre du monde ancien. d'être fier. Et Fier d'être victime. La boucle est bouclée.
Donc notre gusse du début. Qui n'aime la viande ni rouge ni blanche, ni crue ni cuite, depuis que sa vieille môman, un soir, l'avait forcé à terminer sa langue de boeuf, il avait sept ans, et jamais le souvenir ne cesserait par la suite de le hanter. Que celui qui n'a pas connu ces supplices de nausée sournoise, quand la viande trop longtemps mastiquée, vieille boule de pâte écoeurante à force de n'avoir plus aucun goût, joue les prolongations dans l'arrière fond de la glotte en s'obstinant à ne pas tomber loin du gosier, lui jette la première escalope.
Végétarien? Bof. Rien. Sauf que maintenant, si! Le gars, un nouveau monde s'ouvre à lui. Va pouvoir se venger. Car désormais il y a:
la Veggie Pride, le 21 mai 2005:
« Fête de la fierté végétarienne et végétalienne »(*)
Au programme de l'édition 2005, lu sur un de ces sites qui font d'internet la joie quotidienne de mes vieux jours ébahis:
- "dénoncer la végéphobie" (*) Il y avait longtemps. "Par sa simple existence, le végétarisme met en cause la légitimité de l'exploitation animale. C'est pourquoi il est ignoré, ridiculisé, diffamé. On veut nous faire honte de notre compassion. Nous ne nous laisserons pas intimider", lancent sans rire, vague menace dans le propos, ces énièmes croisés du bien triomphateur, à n'en pas douter promis aux plus grands succès. La guerre des carottes va commencer. Et bientôt la nouvelle loi qui ira avec: "suceur de radis"? 6 mois de prison. "Betterave à bavette", 10 milles euros d'amende. Pas déconner avec ça, hein.
- Puis: défendre nos droits. Qu'est ce que je vous disais? Veulent (EXIGENT) un "Temps de parole équitable". Equitable par rapport à QUI? Jean-Luc Petit Renaud, Jean Pierre Coffe? Maïté? Equitable OU? a la cantine? au marché? sur mon blog? Veulent quoi? Un temps de parole sur TF1, dans le jour du Saigneur, chez Ardisson? A la soirée des Césars? Equitable comment? Parviendraient à me faire peur, pour un peu...
... veulent des repas végétariens dans les collectivités. Cuistot de cantine, je vous l'annonce, c'est plus un métier. Un sacerdoce, oui.
Et le mieux: "droit de refuser toute participation à l'exploitation animale par notre travail ou nos impôts..."
Phrase tout à fait extraordinaire, qui nous confirme que nous sommes bien au 21 eme siècle: là où l'on peut exiger TOUT, d'une revendication qui ne signifie RIEN, de ce ton peremptoire d'enfant roi capricieux, qui ferait beaucoup pour le rétablissement des chatiments corporels dans toute société où le bon sens aurait encore droit de cité.
On ne parle pas à table, tant qu'on a pas fini son assiette de foie de génisse.
(*) oui oui. véridique