Villes en vie
Chaque année, je rédige à partir d'une commande de l' Association CHROMA, le document pédagoqique ZEBROCK AU BAHUT.
Il s'agit d'un parcours de découverte de 50 ans de Chanson Française, à travers un thème donné. Financé par le CG du 93, la DRAC Ile de France et le CR Ile de France.
En 2006-2007, les lycéens d'Ile de France, et notamment de Seine Saint Denis, travaillent sur le thème de la Ville.
Voici l'EDITO rédigé pour ouvrir ce document, intitulé "Villes en vie… "
Envies de villes… Envies de vivre… Derrière les allitérations se terrent souvent des significations cachées qui ne demandent qu’à surgir. La ville et la vie, indissolublement liées. Pour qui en douterait, il se trouve toujours une sage pensée grecque ou latine pour aller à l’essentiel. Ainsi, apprécions-nous d’emblée cette idée, surprendre les lecteurs assidus des livrets Zebrock au Bahut… en invoquant ce bon vieil Aristote :
Les hommes se rassemblent dans les villes pour vivre. Ils y restent ensemble pour jouir de la vie.
Qui contestera le philosophe antique ? Quel sens de la concision ! En deux phrases, tout est dit. De cette nécessité fondatrice, d’abord. Jaillie du fond des âges et des cavernes : on est plus fort ensemble. « Nul ne peut se vanter de se passer des hommes (1) ». Nous avons besoin les uns des autres, et de nous regrouper. Puis de nous supporter, nous entraider, nous organiser, pour survivre, et vivre, et si possible fabriquer à plusieurs du confort, du bonheur, et de l’espoir. Croire ainsi que demain sera mieux qu’hier. Faire son possible pour qu’il en soit ainsi.
Sans cette fondamentale nécessité découlant de l’instinct de survie, nous serions demeurés éparpillés, disséminés. Incapables de croître, donc ; et par-là même voués à disparaître. Mais nous étions conçus pour durer. Pour bâtir et prospérer. En hordes, en groupes, en ethnies, en nations. C’est pour cela qu’existe la culture : elle constitue le patrimoine de codes communs qui nous aident à mieux nous entendre, et parfois, peut-on espérer, à mieux nous comprendre. Elle constitue l’ensemble des connaissances qui au fil du temps et des générations, invite les hommes à grandir, devenir meilleurs. C’est aussi pour cela qu’ont poussé les villages, puis les bourgades, puis les villes ; et jusqu’aux mégapoles qu’on juge parfois, paradoxalement, inhumaines.
Rien de plus universel que la ville. Sinon notre besoin d’air, et d’eau. Et cela va généralement de pair, offrant à l’écrivain Henri Monnier l’occasion d’un élégant trait d’humour, avec ce beau retournement : "C'est une remarque bien digne d'attention que les grands fleuves passent généralement au pied des grandes villes". Sous toutes les latitudes, en toutes époques et saisons, elles sont le lieu où notre raison commune se trouve mise en action. Comme la vie, elle devient alors « cette scène de théâtre où tous les hommes et femmes jouent leur rôle (2) ». Nulle part il est écrit que cela se fera sans mal, ou sans heurt. Car si nous sommes voués à vivre les uns avec les autres, il arrive aussi que cela tourne à l’inconfort, ou au vinaigre. De tous temps les tribunaux se sont vus encombrés de plaintes de voisinages : trop de bruit, d’incivilité. Trop d’égoïsme.


