16 mai 2008

Comme disait Rimb'O

C'est une passade, mais le "pitch du moment", serait cette idée: les chansons des autres en disent finalement plus, et mieux, bien mieux, que ce que je saurais exprimer moi-même de mes ressentis. D'un côté je pourrais en profiter pour la boucler un peu; mais de l'autre - de une - c'est moi qui paye l'abonnement, j'en fais qu'est ce que je veux, et même je cause le Diam's si ça me plait, et - de deux - j'entends que certain-taines d'entre vous sont sensibles à ces choix de beaux morceaux, bien écrits, bien mis en musique, intelligents, et qui nous en disent long sur
le temps qui passe
le temps qui ne se rattrape pas
l'âge qui vient
les rendez-vous manqués
la vie cette conne qui ne se laisse jamais rejouer et vous secoue comme une boule de flipper, qui roule.
les cheveux blancs, ou gris, le ventre ramolli, certaines érections moins certaines que les doutes, toujours durs comme fer, ceux-là. Et toutes ces peurs, qui vous harcèlent, vous malmènent, le samedi soir dans les rayons de la mort, et caetera.

Ce midi ils avaient mis Daniel Guichard sur RTL (dans son vieux pardessus rapé, mon vieux, arrache moi l'alarme de l'oeil). Il y a des limites, non? J'étais dans ma voiture, z'ont pas réussi à me faire pleurer; Mon dabe à moi, je le voyais une demie journée tous les quinze jours, il prenait pas l'autobus de banlieue pour aller gagner la graine, en tous cas je l'ai jamais vu ni monter, ni descendre. A présent c'est un vieux monsieur aveugle, du coup ils m'ont collé quand même un rien le bourdon, au moment où je croyais avoir évacué le plus gros. Docteur Jekyll et Mister Resse, vous connaissez? Quand l'un s'enflamme, l'autre s'éteint.

C'est bien le moment d'en revenir à Artie Rimb'O. Tu le kiffes? Trop de la bowl, le gadjo. Il tue grâve sa race, On n'est pas sérieux quand on a 17 ans. Trop fort comme il leur met la pression.

Après, ça se gâte...

15 mai 2008

Rien à dire, le retour

Cette semaine qui commençait un mardi mit le bordel dans ma tête. C'est pas sérieux. Ma note d'aujourd'hui mise en ligne hier, et rien à dire aujourd'hui, encore, quel souk, je suis à l'ouest, total à l'ouest, comme disent les djeun's.

Ou plutôt: comme les vieux qui veulent causer le djeun. Les pires.

C'est pas demain que ça s'arrangera je vous le dis.

Juste pour me faire pardonner, une petite chanson, pour la route? Confidence, c'est celle que j'ai choisie pour le jour où on mettra le feu à ma boite, si jamais quelqu'un veut bien se donner la peine d'appuyer sur le (les) bouton(s) (Start / Play), merci.

Putain, fait chaud.

Comme dit le grand philosophe Thierry Roland, "mais le plus tard possible, on n'est pas pressés".

Kingston Trio: where have all the flowers gone? chanson écrite par Pete Seeger, et reprise par une foultitude.

14 mai 2008

Ce sera chaud

Ma petite gâterie du début de semaine est arrivée. Le Café (quel Café? cette simple question trahirait le novice en ce lieu!) m'a écrit. Cette fois -presque- en italien.

PSYPSYCOMMEDIA DELL'AMORE

Sept personnages pour nous aider à rencontrer l’autre

Nous sommes uniques parce que multiples et composés de plusieurs personnages.

Jusque là, je comprends, et même, toute ironie pour une fois mise de côté, je souscris. Sérieusement. Nous sommes, tous, chacun de nous, "clivés". J'en sais quelque chose, ouh la. Tiraillés entre nos aspirations et la réalité (souvent moins reluisante) entre celui qu'on aurait voulu être, et celui qu'on est devenu. Ne riez pas, mais pour une fois, je rejoins la présentation de madame K-fé de l'Amuur, si souvent taquinée ici avec ses invitations si savoureuses.

Sauf que l'affaire se corse. car...

Éric Berne, père de l’Analyse Transactionnelle, enseigne que 7 états différents existent à l'intérieur de nous. Osons dire que ces 7 "états du Moi" symbolisent les 7 personnages qui nous habitent !

Là, je m'interroge, évidemment; qui sont ces 7 ? "Mes 7"? Sont-ce les 7 Nains? Les 7 samouraïs? Les 7 Mercenaires de John Sturges? Le line-up original de Chicago Transit Authority (si, si, vérifiez, ils étaient 7 aussi). Les 7 célibataires de Sacha Guitry?

Luigi Pirandello prend le relais. Il interroge : sommes-nous « Un ? Personne ? Cent mille ? ». La vie ne représenterait-elle pas un grand théâtre, les 7 états du Moi, « Sept personnages en quête d’auteur » et l’auteur de la pièce, nous-même ?

Une scène magique : la Commedia dell’Arte

Chaque personnage de la Commedia illustre les états du Moi ; il s'incarne avec la puissance de son corps et la magie de son masque.

J'apprécie comme il convient la référence à Pirandello et au théâtre.

On aurait même pu remonter jusqu'à Shakespeare:

All the world's a stage,
And all the men and women merely players:
They have their exits and their entrances;
And one man in his time plays many parts,
His acts being seven ages.

Sauf que Shakespeare est un anglais, donc rationnel, qui parle de 7 rôles consécutifs, quand Pirandello les verrait concurrents en simultané. Là, forcément, l'homme du concret, de la "com", s'interroge. S'il faut 7 personnages pour (relire le titre) "nous aider à rencontrer l'autre", comment allons-nous faire puisque l'autre est également 7? Faut-il mettre en place un "speed dating 7 sur 7", où les 7 de l'un devront rencontrer les 7 de l'autre et réciproquement? Si on doit rencontrer plusieurs personnes qui sont sept, qui va organiser le planning? Et les numéros de portable? Et si, comme le rappelait Coluche dans un sketch fameux, "un homme averti en vaut 2", chacun viendra-t-il à 14, puisqu'on aura tous reçu l'email? Les consignes de sécurité seront-elles adaptées? Y aura-t-il assez de petits fours, surtout si certains viennent pour manger comme 4?

En tous cas si je dois "m'incarner avec la puissance de mon corps et la magie de mon masque", je crois plus prudent de rester à la maison. Risquer faire fuir (d'effroi) une telle assemblée ou chaque convive affamé vaudra 1X7X4X2= 56 personnes, je ne me le pardonnerais pas.

A toutes fins utiles, je vous donne quand même l'adresse où s'inscrire

Réservation impérative cafedelamour@mac.com

Et ne me remerciez pas 56 fois

pour ne rien dire

C'est rare que je me sente incapable d'écrire ici. J'ai détruit la note prévue pour mercredi matin. Mauvaise; à chier. J'ai tenté de vous parler du concert de Robert Plant et Alison krauss vu ce soir au Grand Rex. Banalités. Rien à exprimer.

Sans quitter le site, allez donc là, vous lirez le projet sur lequel je bosse en prévision des vacances bloguesques.

A demain, qui sera un autre jour.

13 mai 2008

Je suis, tu es, il est, animalement correct, warf

Martine_noie_son_chien Comme dirait Jacques Brel, j'ai jamais tué de chat... ou alors y a longtemps. Je ne suis pas ennemi des bêtes, dès lors qu'elles se tiennent à distance respectueuse et ne viennent pas m'empuantir l'espace vital. Je les apprécierais à la campagne. A l'ancienne. Les vaches dans les champs. Les chevaux rebelles de Jean François Deniau trottant dans un sous-bois. Et le bon gros chien des Pyrénées dont l'aboiement massif s'entend d'une ferme au loin, tandis que le jour décline. Pour le reste, j'ai autant d'attirance spontanée pour l'animalitude frénétique du citadin que pour une conversion tardive à toute secte évangélique ou salafiste qui soudain m'aurait à la bonne.

En somme, pour répondre à la question posée sur de multiples sites où l'expression pullule, je ne suis guère "animalement correct".

Mais cette interpellation (L'êtes vous? Voulez-vous le mesurer grâce à notre test en ligne?) m'interpelle effectivement. Car pour autant que je comprenne encore la langue de mes pères, elle m'apparait curieusement construite. Non du fait qu'elle démarre avec un de ces néologismes dont l'époque est friande. Chaque attitude nouvelle, moderne, innovante, en rupture de ban, doit exister d'abord dans et par le langage. Par où s'affirmera la pertinence de son intention. Rompre avec...

Q'une langue doive s'ouvrir aux audaces et nouveautés, soit. Encore pourrait-on espérer qu'y demeure une vague logique de sens, si c'est pas trop demander. Ainsi, l'adverbe dérivé d'un adjectif, par ajout du suffixe "ment", est supposé renvoyer au sens de cet adjectif: intensément signifie de "manière intense"; aimablement, "de manière aimable". Vous avez saisi le principe.

Animalement ne dérive pas d'un adjectif mais d'un nom. Plus rare dans la langue française; le Grévisse, bible de grammaire parmi les plus sérieuses, note quelques cas, et signale du "chattement", "chiennement", chez certains auteurs.

Reste quà l'invention d'"animalement correct", la langue française, cette conne, appose une signification assez éloignée de celle imaginée par ses créateurs: se comporter "animalement", ne saurait vouloir dire qu'on se comporte BIEN, "comme il faut", AVEC les animaux. Mais qu'on se comporte COMME un animal; en tant que tel.

Personnellement, hors des alcôves où parfois s'entendrait telle femme vous demandant de la "prendre comme une chienne", invitation à nulle autre pareille (mais crois-je subodorer, plutôt rare aujourd'hui; et d'autant plus délectable), je n'ai, pour moi, guère d'entrain à contredire les principes darwiniens les plus élémentaires.

Bien sûr, les besogneux marquetteurs de la fondation "30 millions d'amis", promoteurs de cette funeste campagne, nieraient vouloir nous inciter à rejoindre la grande sarabande des pitbulls urbains, la fantasia des pigeons scrofuleux, la horde des chats moitié sauvages qui vident nos poubelles à la nuit tombée avec des cris de tigres en rut. Ils nous invitent, en réalité, à des comportements éthiques en direction de nos amis à 2 ou 4 pattes: à nous comporter comme de "bons maîtres", responsables. Les questions posées dans le test en ligne le confirment évidemment, - même si tout enfant de cinq ans devine à tout coup la "bonne" réponse attendue-. Genre d'item proposé? (je caricature, mais à peine)

Si je songe à des vacances en un lieu où mon animal n'est pas accepté:

A. J'abats ce foutu clebs d'une balle en pleine tête. (à déconseiller, passible de prison, Ndl'A)

B. Je le laisser crever attaché à un arbre sur l'autoroute.

C. Je l'enferme à la maison et demande à madame Nicoulot de venir le nourrir une fois par jour.

D. Je renonce à ma croisière, et réserve à la Tranche Sur Mer en campigne, comme tous les ans.

Je vous invite à faire le test pour voir si vous êtes aussi "correct" que moi. Ce dont je ne vous féliciterais pas.

Reste que les questions posées, j'insiste là-dessus, définissent -au mieux- un "maîtrement correct", mais aucunement un "animalement correct". Il faut donc de refaire les questions. Pour répondre à la vraie, noble et belle mission de ses inventeurs, évidemment trahis par leur inconscient dans ce choix de formule. Car il s'agit évidemment d'imposer aux 30 millions d'amis des 30 millions d'amis, ce principe: toute différence entre les espèces est à nier; l'homme est (n'est qu'...) un animal comme les autres; et célébrer dans un joyeux paganisme post-moderne et régressif notre animalité primitive.

Pour faire avancer le projet, je propose quelques items plus "animalement" caractérisés:

Quand je parle de nos chiens à mon fils, je lui dis:

Réponse A. Va faire pisser ces quatre foutus batards que ton père a insisté pour caser dans notre trois pièces, comme si on avait trop de place, avec déjà deux chiares et ma belle-mère?

B. Ton pitbull n'a plus faim, veux tu débarasser l'assiette, ou finir son plat?

C. As tu pensé à sortir tes quatre frères? (c'est la meilleure réponse, le chien est membre à part entière de la famille. C'est l'enfant adopté, le fils spirituel)

Autre item.

Quand je souhaite faire un besoin pressant:

A. Je fais dans le caniveau, proprement, on n'est pas des bêtes.

B. Je balance tout sur le trottoir, à la voyou, et tant pis pour les voisins.

C. Je fais à l'ancienne, dans les toilettes, (mauvaise réponse, il parait que tirer la chasse, c'est pas bien pour l'avenir de la planète).

D. Warf.

Ayant compris que l'animal est déjà l'avenir de l'homme, je me suis dit que la fête ne serait complête sans une célébration, en parallèle, du "chien citoyen", dont l'avènement m'apparaissait soudain tout proche, pour consolider ce pied d'égalité avec les misérables électeurs que nous sommes.

Saisi d'un doute, la réalité dépassant toujours la fiction, je suis allé vérifier sur le web. L'association "Chien Citoyen" existe bel et bien, et dans mon département, depuis lurette.

La boucle est bouclée. Le petit chat n'est pas mort, et c'est ainsi que votre fille est muette. 

12 mai 2008

5 chansons pour reprendre le collier

C'est lundi, c'était ravi au lit.

Dormir un peu plus tard qu'à l'ordinaire, en somme. Mais demain faut retourner à la mine. Au taf'. Au chagrin. A l'usine ou au bureau. A l'école ou à l'hosto. Au métro ou dans les hauts fourneaux. S'occuper des marmots, des prolos, des badauds, des zozos, des commerciaux, des bobos, et de leurs bobos.

Et moi? Je resterai chez moi. Mon bureau, mon asile, mon enfer quotidien, je me le suis bâti à domicile, avec toutes les contraintes et douceurs qui vont avec. La première étant de ne pas devoir supporter, chaque jour, la "marée du matin et la marée du soir, gare Saint Lazare", puisque d'aucuns ici le savent, les seules marées que j'aime sont celles qui vont de Cancale à La Baule, mais je m'éloigne, là n'est pas la question du jour, et d'ailleurs j'en suis assez loin.

Quand vous serez dans vos réunions d'équipes, vos briefings, vos brainstormings, vos groupes de paroles, vos classes, vos ateliers, peut-être un instant vous reviendra-t-il une de ces cinq mélodies obsédantes, entêtantes, (et choisies pour cela, naturellement) des fois qu'elles ne vous lâcheraient plus une fois qu'elles vous auraient mis dessus le grapin.

Ce serait ma petite vengeance. Rien ne m'obsède autant que l'idée même de l'obsession...

Enjoy!

On m'a fait gentiment remarquer que tout le monde n'ayant pas mon âge (canonnique, mathusalemesque, antédiluvien) il faudrait préciser le nom des artistes.

Dont acte.

1. XTC / 2. Bashung + M. / 3. The Clash / 4. Aretha Franklin /5. The Beatles

11 mai 2008

Une chanson qui en vaut bien cinq

J'étais parti pour offrir des chansons à qui viendrait sur ce blog, en ce week-end pentecotal où l'on a plus facilement tendance à s'entasser sur des routes à péages (mais ça fait du bien de prendre l'air, et les enfants sont contents, même après cinq heures de ralentissement à corbeil sud), empester son voisinage de rires tonitruants, regarder des feux d'artifice à la con en applaudissant l'argent local qui part en fumée, se faire dépouiller à la Fête du coin par quelque mauvaise graine, ou se refaire fourguer, pour dix fois le prix, d'immondes statuettes au vide-grenier citoyen du quartier. Les occasions ne manquent pas de s'amuser, on ne regrette pas son samedi dimanche.

J'étais parti comme chaque soir pour offrir "5" chansons. Mais choisissant celle-ci, je ne peux que la laisser seule. Personne n'a jamais chanté comme ça. Personne ne rechantera jamais comme ça. Personne n'a jamais mis autant d'intensité, rage, douleur, espoir déçu, espoir quand même, amour, volonté, désir d'autre chose, dans une interprétation en public. Quand j'avais ouvert le blog "radio-resse" c'était une des premières que j'avais mises en ligne, mais presque personne ne venait, seuls de très rares visiteurteuses en avaient profité (cette chanson ne figure sur aucun disque). Monsieur Caca m'avait qu'elle le faisait pleurer. On va y venir. Je crois l'avoir remise à une autre occasion, mais pour le coup je n'ai nulle crainte de me répéter.

Il y a une chanson sur laquelle on a écrit un livre. Like A Rolling Stone, de Dylan. L'ouvrage de Grael Marcus dit tout sur ce qu'elle a pu signifier, et signifie encore. C'est une exégèse de folie, sur 6 minutes de musique. Un ami à qui je faisais écouter cette version me suggéra que l'exégèse de ce morceau-ci reste à écrire.

Tous les grands chanteurs noirs s'y sont frottés, depuis que Sam Cooke l'enregistra. En 64, je crois. Paroles poignantes. Musique merveilleuse. Sam C. l'interprétait avec toute cette douceur du type qui avait démarré dans les 50's avec des chants religieux. Là il était plus question de combat que de tendresse. Sam Cooke fut assassiné peu de temps après avoir enregistré la chanson, mais je ne crois pas qu'il y ait de relation de causalité. Il sortait de chez une pute, on l'a buté.

La chanson est devenue intemporelle, et universelle. Elle ne signifie plus seulement la revendication à la dignité, aux droits civiques, comme à l'origine.

C'est en quoi la version du Révérend Al Green, ici accompagné par Booker T. Jones et les MG's, (s'il vous plaît) à l'occasion d'une cérémonie au Rock n Roll Hall of Fame, me scotche, me renverse, bouleverse. A un point que nul ne peut soupçonner.

Pour tout dire, je ne PEUX PAS l'entendre sans fondre en larmes. Je ne PEUX pas contrôler la chair de poule. Je ne PEUX pas retenir ce frisson qui dix fois au moins me glace le sang en l'écoutant s'époumonner. Je pleure à chaudes larmes comme un gosse qu'on aurait battu dans la rue, et qui chercherait une consolation. Cette chanson me parait l'hymne absolu de tous les inconsolables. Et personne ne comprend ce que je ressens. Quand j'essaye de la faire partager, il me semble toujours qu'on me dit oui, elle est bien, mais pour me faire plaisir. Je ne me sens jamais aussi seul au monde, aussi incompris, que quand j'écoute cette chanson. C'est probablement pourquoi je l'écoute si souvent. 

Highway to Hell Z'heimer

J'ai testé pour vous les sudokus estampillés Mensa, présentés comme les plus difficiles. La MENSA étant une association regroupant de gros (à très gros) QI; mais franchement, si c'est cela l'intelligence, soit je suis Einstein, soit de qui se moque-t-on? Je te les débrouille en 10 minutes, 15 au grand max, et j'en ai croisés de beaucoup plus complexes dans des revues standards, pour peu qu'on s'essaye au niveau "diabolique", "infernal", "démentiel".

Vous me direz,  le sudoku est un jeu de vieux.

Je vous répondrai que oui. Mais j'ai tellement les jetons de me finir à l'Helzheimer ALZHEIMER que j'en fais cinq par jour, dont 1 à jeun, pendant que le café coule, comme si c'était une assurance anti-détéroriation des synapses. Je sais. Je ferais mieux de faire des pompes, marcher vite dans la forêt, courir 10 minutes. Mmoui. Dans mon immeuble, il y avait ce monsieur qui ne jurait que par le jogging; à 45 ans, sa famille l'a vu s'écrouler dans son assiette sans finir sa phrase.

J'ai peur de la déchéance. J'ai peur de l'oubli. J'ai peur de la dégradation. J'ai peur de la mémoire en allée. J'ai peur de ne plus me souvenir un jour QUI était l'arrière droit de l'OM en 70. QUI tenait la guitare basse dans le premier line-up des Sex Pistols.

J'ai déjà zappé tellement de choses du passé, j'ai déjà tellement le sentiment qu'il n'y a plus rien à espérer, sinon l'Enfer, cet éternel présent. Il suffit qu'on me donne la plus vague impression que quelque chose, - quoi, je ne sais pas-, pourrait advenir, que je me sens prêt à enfourcher aussitpot tous les canassons de l'apocalypse, braver le Temps, redevenir vivant. Etre rassuré, en somme. Mais ça ne dure jamais bien longtemps. Et voilà pourquoi,si vous passez me voir cinq fois la semaine, vous aurez la nette impression que je suis un roller coaster, lâché sans frein ni contrôle. Up & Down. Down & Downer. And Up again.

C'est ça, et je n'ai jamais su modérer le tempo. A cheval, ou à moto, dans mes fantasmes ou dans la vraie vie, dans l'ascenseur comme dans le cours de l'existence qu'il faudrait savoir gérer, je passe d'un extrême à l'autre, pour peu qu'on m'ait fait sentir qu'ici, ou là, quelque chose pourrait advenir.

Quel rapport avec ALZHEIMER? L'envahissement, peut-être, qui fait tout cela finit par occuper toute votre vie? La peur de ne plus jamais vivre et connaitre des sensations fortes? L'absence de réel contrôle? L'image de la "suprême infirmière", dont parlait Caussimon, dans une chanson? L'inéluctable?

Qui donc réparera l'âme des amants tristes?

5 chansons pour détester la terre entière

J'écrirai rien dimanche. Je lirai rien non plus, probablement.

J'irai cracher sur le barbecue des voisins, qui commentent leur rosé tiède avec des pauses d'oenologues ratés, "il est bien, aussi, ce petit rouge, non?"... Et dans ton cul, il serait pas meilleur, gourdasse? "Ah tu les cuis bien les merguez". Qu'elles puissent vous étouffer tous, toi et ta clique de convives braillards. "Attention à ne pas te brûler, lapin!" Va crâmer jusqu'en Enfer, plutôt, et que Belzébuth vous maudisse, toi et tes chiares insupportables.

Dans mon quartier de bobos fainéants et nantis, c'est comme ça, les barbecues pullulent, sitôt qu'il pointe un soleil les cons s'entassent dans les jardinets, et pas de danger qu'il leur tombe sur le coin de la hure des sceaux d'acide sulfurique à l'heure de passer à table, ou de la pisse de rhinocéros, ou que sais-je qui leur pourrirait la soirée, à ces drôles! Je dis pas ça pour mes amis qui m'invitent parfois à d'excellents festins en extérieurs. Je parle pour ceux que je dois subir.

Qu'ils s'étouffent avec un chabichou empoisonné à la salmonelle. Et que le SAMU néglige de venir les sauver. Qu'ils meurent avec la vision de Ségolène Royal les accueillant au Paradis.

Dis, pourquoi me faire ça à moi, qui suis si fragile, si apte à tomber de n'importe quel côté du vide?

5 chansons superbes, idéales pour en vouloir au monde entier, les jours où ça ne va pas comme vous voudrez.

On m'a fait gentiment remarquer que tout le monde n'ayant pas mon âge (canonnique, mathusalemesque, antédiluvien) il faudrait préciser le nom des artistes.

Dont acte.

1. Randy Newman 2. Velvet Underground 3. Harry Nilsson, 4. Beth Gibbons. 5. John Lennon

10 mai 2008

5 chansons françaises pour être vieux après Pascal Sevran

Mélange d'hommage et d'ultime manifeste pied de nez (lire note précédente). Mais aussi mélange d'exhibition ponctuelle, mes propres doutes et souffrances (lire notes encore plus précédentes, et ), et ce vague sentiment de "renoncement" qui par moments (et notamment ces jours-ci) m'habite. Quoi ma bite, qu'est ce qu'elle a ma bite? Tais toi, Johnny. S'il te plait. C'est déjà suffisamment compliqué comme ça.

5 chansons pour dire à qui sait que oui, existent des sacrés labyrinthes. Et à ceux qui ne savent pas encore, qu'ils seraient bien aimables de me dire comment ils ont fait. 5 chansons à fredonner, écouter, mais aussi ENTENDRE, et COMPRENDRE. Ce serait ça l'idée...

Enjoy!

On m'a fait gentiment remarquer que tout le monde n'ayant pas mon âge (canonnique, mathusalemesque, antédiluvien) il faudrait préciser le nom des artistes.

Dont acte.

1. François Béranger, Le Vieux. 2. Félix Leclerc, Le petit Bonheur 3. Edith Piaf, Milord 4. Léo Ferré, 20 ans. 5. Jean-Roger Caussimon Comme à Ostende.

Tous morts? Oui, tous. C'est dire qu'on peut enfin chanter tranquilles.

Les 6 morts de Pascal Sevran

Pascal Sevran, cette fois ça y est. On nous assure qu'après la fausse nouvelle de sa disparition, annoncée sur Europe 1 sans vérification voici quelques semaines, il a succombé, pour de bon, à son cancer au poumon. Ce privilège, mourir deux fois, pourrait suffire à son bonheur posthume. Mais, - et je pense qu'il le savait, c'était un homme à qui on ne la faisait pas-, Sevran était déjà mort tant de fois de son vivant...

Il y eut la mort lente de ses émissions, où il tentait de faire survivre une chanson populaire écrite, genre suranné des temps anciens, ce qui l'avait irrémédiablement catalogué ringard aux yeux des petits marquis de la téloche et des médias. Et parmi les rares qui affirmaient les apprécier quand même, combien laissaient entendre que c'était au "second degré"; pour le côté kitsch, décalé. Les émissions de Sevran était ce musée sonore où le téléspectateur passe cinq minutes, vérifier que le passé d'avant l'Herr Modern, d'avant l'éternel présent, est bel et bien noyé dans le formol.

Il y eut la mort du Mitterandolâtre, qui s'étant appliqué à gravir chaque année la Roche de Solutré, (si ma mémoire ne me trahit pas, c'était aux week-ends de Pentecôte; et comment ne pas voir comme symbole qu'il soit passé la veille de ce week-end là, précisément) avait fini par préférer soutenir un Sarkozy, plutôt que d'adouber Royal comme on l'eut attendu d'un "fidèle". S'y lisait alors sa lucidité, mais aussi ce pathétique besoin de 's'exprimer" ENCORE, de DIRE son choix dont tout le monde se contrefichait. Cet acharnement à ne pas accepter de se taire et rejoindre pour de bon le passé... Cruel sursaut d'agonie d'un grognard déjà mort, mais qui ne le sait pas.

Il y eut la mort du pamphlétaire, honnis, vilipendé pour quelques dérapages, comme il convient de dire. Hier, sur un site où l'on annonçait sa disparition, il fallait qu'on replace, en bonne place, cette provocation sur l'Afrique où les ravages de la faim étaient aussi la conséquence d'une absence totale de gestion de la démographie. Il avait résumé le problème d'une formule lapidaire sur la bite des noirs (qui en fait dit-on rêver plus d'une et d'un, mais pour d'autres raisons). Elle lui avait valu les foudres de tous les Kapos Korekts. Et s'il avait réagi de quelques mots « J'écris et je dis ce que je veux. Me considérer comme un néo-nazi est une belle connerie », c'était montrer que sa rodomontade ne valait rien, face à l'armada des rectificateurs, des rééducateurs, des redresseurs de mots; pas plus que le dernier que lance comme un défi un fusillé, juste avant que le mot "Feu" l'envoie ad patres. Plus personne n'écrit et ne dit ce qu'il veut, Sevran! Faudrait se réveiller, mon vieux, et mourir pour de bon!

On trouve aussi sur quelque site, un court extrait de "débat" face à Alonso. C'est ici l'homme qui s'agite, exprime son dépit, sa hargne, et sa haine du spectacle des femmes en treillis militaires, mitraillette au cul, et cette obligation d'y voir un symbole de l'égalité (imbécile) entre les sexes. J'aurais pu prononcer ses mots-là sans en retirer un seul. Je l'avais déjà écrit ici. Le suc était là dans le non-dit: ce regard effaré, en contre champ, de la Kaporal Chef. Elle ne disait rien. On entendait juste penser ses yeux écarquillés : " il ose encore dire cela? Et devant moi? Il ne rampe pas encore? Je n'ai pas encore réussi à le faire taire "? Oui, la langue gigotait encore, et le moribond renâclait à la boucler.

Mais elle n'avait même plus besoin de venir lui répondre sur le fond. Puisqu'il n'y a plus de fond.C'était le toréador debout devant la bête à genoux. Et ces dernières phrases de bon sens n'avait pas plus de sens ou de portée que le souffle ultime du vieux taureau, ou du vieux con, qui enfin débarassent l'arêne ou le plancher. Il suffirait d'être patient.

C'est fait. Sevran a fait place nette. Petite consolation, Sevran: il est rare qu'un seul homme sache mourir (au moins) six fois.

09 mai 2008

Avec le Temps...

Un lecteur (ou une, après tout "anonyme", c'est son pseudo, marche dans les deux cas), vient me titiller avec ce qu'on définit souvent comme "la plus belle chanson française de tous les temps", quand Yves Duteil est évidemment déclaré hors concours.

Il m'envoie un Avec Le Temps de 72, à l'Olympia. Seul en  scène avec Paulo Castanier au piano. "Un orchestre à lui tout seul", avait coutume de préciser Léo quand il évoquait son accompagnateur aveugle. Ce concert en DVD, de l'Olympia, pensez que je l'ai! Il y a une version rageuse de Ni Dieu Ni Maitre, aussi, si je me souviens bien. Il me met ce lien alors que je glissais "la mélancolie" en chanson post-it. Hasard. La mélancolie, c'est un désespoir qui a pas les moyens. Et puis: c'est revoir Charlot à l'Age de Chaplin. Deux phrases suffisantes pour exprimer le sens que je donne au mot "exigence", lorsqu'il est question de chanson. Le contraire de l'emphase, de la boursouflure, du bavardage.

Avec le Temps, est ce que tout s'en va, vraiment?

Oui. Je crois. Ferré disait aussi d'une femme, dans un poème (je crois que c'est les Amants Tristes): tu nous as tirés de notre mort quotidienne.

Je fais mienne cette bouleversante vision "même les plus chouettes souvenirs ça t'a une de ses gueules, à la galerie j'farfouille, dans les rayons de la mort, le samedi soir, quand la tendresse s'en va toute seule."

Mais Ferré avait 56 ans quand il écrivit ce chef-d'oeuvre. Et jvoilà ce qui me fait le plus  peur. Pas le temps à venir dont il parle. Pas la dernière ligne droite. Ca, encore, on peut faire avec.

Mais le temps en allé, tous les rendez-vous manqués, les signaux de détresse qui auraient normalement du s'allumer, et qu'on n'a pas vus clignoter pour vous avertir de l'imminence des vraies grosses erreurs à ne pas commettre. Le temps en allé des découvertes, des frémissements, de la vie qui passe encore par quelques respirations, des silences, des mots. Ce n'est plus le temps qui me reste à vivre qui me fait le plus peur (tant de temps si peu de temps, disait Béranger dans une de ses dernières chansons, à un moment où il se savait condamné).

Du temps qu'il reste, je saurai toujours m'arranger, suffira de serrer les dents, et souffrir comme un chien, ou comme deux, selon les circonstances.

C'est l'autre temps qui fait peur. Celui qu'on n'a pas vu s'enfuir, à la galerie j'farfouille, ou ailleurs.

Celui qu'il faut craindre, c'est le temps qui n'est plus là.

5 chansons pour cultiver un peu son blues

Il parait que c'est bon d'avoir mal. Mais c'est vrai souffrir, c'est encore un moyen de se savoir en vie, non? Et moi, toujours cyclothimique, toujours dans ce roller coaster de l'existence, j'aborde le week-end par le versant sombre. Pardonnez moi si je vous pourris la soirée, ou le samedi, hein. J'ai toujours détesté ce week-end de Pentecôte, dont tout le monde pleurnicha naguère l'éphémère disparition, alors que spontanément, personne ne sait ce qu'on est censé fêter en ce lundi ferié, chômé.

Donc. Chansons blues et grinçantes pour une humeur de chien.

Enjoy!

On me fait gentiment remarquer que tout le monde n'ayant pas mon âge (canonnique, mathusalemesque, antédiluvien) il faudrait préciser le nom des artistes.

Dont acte.

1. Jeff Buckley : Hallelujah  2. Dylan : Ballad of a Thin Man 3. Tom Waits :Mr. Segal

4. Chet Baker : My funny Valentine. 5. Lou Reed: Sad song.

"B, B & W"

Aux premiers mots de l'interview, la chronique qu'on lui consacrait sur France-Info (entendue ce dimanche) suscitait ma sympathie. Rassurez-vous, ça ne durerait pas.

J’ai jamais été mince, je suis une épicurienne, j’aime la nourriture et je l’assume totalement. Quand on m'invite à manger, je termine mon plat.

Je supposais alors une grosse épanouie, chairs débordantes de sensualité, une aimable matrone négligeant pas cassoulet, bons vins, et fromages un peu trop riches en MG. Certes, elle annonçait des kilos en rab. Trop peut-être, c'était pas le genre à doubler Birkin dans les scènes dangereuses. Mais comme elle nous jurait n'en avoir cure (d'amincissement; c'est malin), comme elle assumait totalement... Pani pwoblem.

La journaliste reprenait la parole; à l'entendre on devinait que l'affaire ne serait pas si simple; car "Au mali ou au Sénégal, d'où elle est originaire, les formes sont symboles de richesse. Alors qu'en France, où elle est née et a grandi..."

3,2,1, go! Début du couplet pleurnichard. Le regard des autres. Les préjugés à l'encontre d'un physique différent. Ce satané français obtus, borné, caché derrière, en tapinois. L'interviewée pointait la difficulté qu'auraient les gens à dire les mots et la réalité... Mais elle-même, curieusement, n'usait jamais du mot "grosse"; encore moins "obèse". Elle disait "nous les rondes". Pensait probablement que c'était plus joli, plus neutre, plus délicat, plus élégant, "ronde"... Se comparer à une boule de bowling... Mais "Grosse" connotait sans doute trop maladie. Allons-y donc pour "ronde".

Une fois ouvert, le robinet de plainte ne s'arrêterait plus. Après "le regard des autres", ce seraient les vêtements qu'on doit payer plus cher. Bah oui, il faut "+" de tissu. + de fil, aussi. Elle croit quoi? Qu'on va lui faire une réduction pour encourager l'embonpoint? Lui donner un bonus, si elle s'engage à en prendre dix de plus dans les six mois? Les femmes grosses, non, rondes, souffrent donc plus que les autres, qu'elle démontrait, l'intéressée. Il y avait pour elles un problème supplémentaire de pouvoir d'achat. Elle voulait quoi? L'allocation spécifique? La prime de fin d'année? La déduction d'impôt? Valable à compter de combien? Du quintal? Le gros paquet fiscal, c'était ça l'idée?

Sans parler des dessous, qu'elle s'énervait, la charmante. Faudrait-il renoncer à jouer aussi, comme les autres, sa partition dans le registre sexy? Or les dentelles peuvent couter jusqu'au double! Trois metres de string, dis, faut quand même se les payer! Moi, il me semble qu'au delà la taille 54, la guépière devrait être réservée aux travestis occasionnels ou patentés. J'ai pas raison? Peuvent pas se sous-vêtir chez Monoprix, ou chez Tati, comme tout un chacune, les rondes? Et les rondes rondes, elles vont où?

Et MOI? Croit-elle que je paye mes costards le même prix qu'au rayon "normal"? Vais-je pour autant pousser le couplet de la stigmatisation??? C'est quoi, cette discrimination des "ronds"? Tu sais à combien je les touche, mes calbuts en soie sauvage?

Venait l'heure de la conclusion. L'inévitable chapelet convenu, le temps du préchi-précha concerné. La litanie totale. Taille XXL. Notre nouvelle archange, Assétou Samaké, s'étendait en effet sur ses projets de création militante. Pour réconcilier les rondes avec leurs formes.

En passant: le nombre de gens qu'il faut réconcilier, en ce bas monde, avec eux-mêmes, leurs voisins, leurs bourrelets-...

Pour faire bouger les représentations, lutter contre les stéréotypes, elle organise des défilés de mode, taille 44 à 60. C'est bien. Tant qu'elles font ça, elles s'empiffrent pas dans les pâtisseries.

Fallait-il pour autant, sous prétexte de faire bouger les lignes (courbes), m'imposer ces sempiternelles jérémiades culpabilisatrices, le sermon de la montagne, ce ressort traditionnel du (de la) Gros(se) cherchant toujours à pointer "l'Autre", ou la "Société", comme responsable ou coupable (directement ou indirectement) de son état? Ou sinon du regard qu'il suscite?

Personnellement, j'apprécie
(quoi qu'avec modération) la fréquentation de ces sites érotiques où des B.B.W. (Big Beautiful Women) épanouissent des seins fellinesques et derrières callipyges en des pauses d'une réconfortante lubricité. Ce n'est pas si laid, le gros, chez une femme sensuelle. Mais si dans la vraie vie, nos z'amis z'obèses cessaient d'en vouloir aux z'autres de leur propre état (si combien inconfortable, j'en sais quelque chose) et de se sentir bafoué-e-s, humilié-e-s chaque fois que leur surpoids les place en situation dérangeante, c'est pour le coup qu'on irait dans le bon sens.

Sauf que, dans notre névrose du concours permanent où chacun joue à "plus victime que moi tu pleures", aucune raison que l'obèse fasse moins le gourmand que les autres. Je vais vous confier un truc. Quoi qu'on dise, c'est d'abord (et j'en sais quelque chose, one more time) son propre regard, devant la glace, en solitaire, quel que soit le rôle épanoui qu'on prétende jouer en public, qui demeure, en vrai, difficile à "assumer", en privé. Le moment où il faut fermer ce putain de bouton de futal, et serrer encore plus le bide qu'à l'ordinaire. Ca, c'est plus difficile que donner des interviews niannian chez France-Info, fanfaronnant d'abord, pleurnichouillards ensuite.

08 mai 2008

5 chansons pour etre en vie

Chaque soir pendant ce long, long, long, week-end.

Pour qui n'est pas parti. Partie. Des chansons de femmes, chacune si authentique, chacune dans son style... On peut s'y ressourcer, si l'on veut. Y entendre des messages. C'est tellement mieux, les chansons, quand c'est bien chanté.

Enjoy!

Planète d'Or, planete d'Ange, planete Orange

Je sais ce que c'est de vouloir arrêter son blog. Je l'ai dit dix fois. J'en ai arrêté trois, sans parler de ceux dont vous n'avez jamais entendu parler... On en a ri, parfois, et des facétieux amis m'ont souvent taquiné avec ça.

Pour autant, ce n'est pas une démarche facile, ni simple, même si on la prend à la légère. Un blog, pour peu qu'on s'y donne avec sincérité, authenticité, devient un exercice de chaque jour, où l'on donne de soi, de ses doutes, de ses passions, de ses colères, et où se construit une part de son identité, pas seulement numérique ou virtuelle. C'est dire que s'en défaire, abandonner l'idée, c'est forcément, après un moment, comme abandonner une part de soi. A ce titre, ça ne va pas sans douleur, et c'est forcément triste.

CatJe vous parle de cela parce que Catherine a décidé d'arrêter Planète Orange, dont je suis (et fier de l'être) un des Ambassadeurs. Je crois même être l'un des premiers à avoir eu l'honneur d'être contacté. Pour une fois qu'on me demandait d'ambassader quelque chose... Catherine avait gagné le premier prix dans un concours de création où je fus aussi lauréat, et je me souviens qu'au téléphone, elle pleurait d'émotion quand nous l'avions appelée pour la féliciter.

C'est à travers son blog que je me suis senti parfois sensibilisé par la cruauté de la vie quotidienne à l'endroit des handicapés, dont généralement on se contrefout puisqu'on ne les voit pas. J'avais dit comme j'étais souvent énervé de tourner pour un putain de place de parking, et ne trouvais de vides que les places réservées. Provoc de beauf, mais derrière, elle avait bien compris que je n'en pensais pas lourd. Parfois, sur le blog de Catherine, je voyais une photo de son fiston Johann, et dans ses quelques clichés d'un gamin qui ne doit pas se marrer chaque matin, mais dont le visage reflète douceur et sérénité, on voyait aussi tout l'amour d'une maman qui se bat, forçant l'admiration, l'amitié, la sympathie, la tendresse.

Elle a donc décidé d'arrêter, je n'en suis guère surpris, elle me l'avait laissé entendre. Peut-etre que tu reviendras sur ta décision, Catherine. Parce que tu ressentiras tout le manque, celui de tes lecteurs qui ne te liront plus, et le tien peut-être, je ne sais pas. Si l'envie te reprend, ne te prive pas de la réaliser, et profite aussi de tes projets.

En tous cas, je reste Ambassadeur de ta Planète, tant que le blog sera en ligne. Dors, Planete d'Or, et pour le reste, puissè-je te l'exprimer de vive voix ou par email...

Se lever tôt, nuit

Généralement, le 8 mai, je suis réveillé vers 11 heures par Sambre et Meuse ou La Madelon. La commémo passe sous mes fenêtres, instant où je regrette que Dame Royal n'ait point obtenu la majorité des suffrages, allure que prendrait l'avenue, tous ces drapeaux tricolores aux fenêtres, des drapeaux obligatoires. Là n'est pas la question. Nous sommes le 8 mai, 8 heures, et je suis déjà réveillé. Je pourrais en profiter pour faire un peu de rangement, mais non, avant même d'avoir pris mon café, je suis déjà devant le PC; véritable obsession, ce machin.

Internet a changé ma vie. Vraiment. Et je m'en rends compte à présent. Internet a changé ma vie en profondeur, ou du moins j'ai usé de ce média en un sens qui a eu mille incidences sur ce que je suis devenu. En mal comme en bien, d'ailleurs. Mais quand vers 7 heures ce matin je fais le bilan, je suis finalement surpris de tout ce que cela a modifié en moi: de jugements, de comportements, d'audaces, de relations, de travail, de connaissance, avec ou sans "s" à la fin, d'amis nouveaux rencontrés, via ce blog, de doutes supplémentaires et de confiances trouvées, perdues, retrouvées.

C'est finalement assez étrange de constater que cette "technologie" (je hais tout ce qui est technique, source de stress, tellement de fils électriques, et pas un assez solide pour se pendre avec) m'a injecté une dose maximale d'humanité, et que derrière toute cette armada de connections, flux trucmuches et machins auquels je ne comprends que pouique, existait une chance de donner du sens et de la valeur supplémentaire au mot "vie".

Reste que la vie existe aussi en vrai. Dans le concret. Le vrai travail, les vrais gens, les vraies rencontres, les vrais dialogues, les vraies soirées, les vraies émotions. Il y a quelques années de là, j'aurais opposé les deux univers comme antinomiques, irréductibles, fondamentalement opposés telles les cases blanches et noires de l'échiquier. Et je découvre insensiblement que je parviens, dans ma petite existence, à en faire une sorte de synthèse, à ma sauce, où virtuel et réel se rencontrent. Et d'un coup je me dis: putain, mec... tu es MODERNE. Toi! Qu'en dirait Céline? Qu'en dirait Muray? Et Joseph de Maistre? Et Marcel Aymé?...

Et puis voyez, c'est drôle, ce matin je me fous de savoir ce que je suis ou ne suis pas. Je me tape des étiquettes qu'on s'accolle. En vie. simplement. Et envie, c'est drôle, que ça continue encore un moment... Putain, si ça fait cet effet de se lever tôt, les jours de repos...

07 mai 2008

5 chansons pour craquer

Ecoute, Ecoute... Je n'ai rien à dire aujourd'hui, je suis dans un genre d'état second, sur un nuage, ou dans une bulle, et ça fait du bien, aussi. Pourquoi? No soucy!

Et puis... Des mots, toujours des mots. Alors pour changer un peu, et meubler la journée.

5 chansons que j'aime. 5 chansons de femmes, avec tout le mal que j'en dis parfois, je peux bien être gentil aussi, des fois...

Pour le jour ou pour la nuit, selon l'heure à laquelle tu viendras.

Enjoy.

L'avenir est tout trouvé

Il y avait ce type, Rwandais, qui s'appellait Corneille. Il fit un carton dans les "charts", avec une soupe aux rnb sucrotée, fadasse, mais du moins, inoffensive. Puis repartit comme il était venu, mais t'inquiète il reviendra. Vient toujours le moment où comme les cigognes, les casse-burnes sont de retour.

Ces jours-ci, ma fille me signale l'éclosion d'un Jean Racine, qui doit donner dans le genre R & B aussi, ou rap, ou les deux.

Racine, Corneille, en attendant Boileau, ce n'est plus un hasard, c'est déjà le début d'une tendance.

J'attends l'éclosion des prochains: Moli-R... Bo d'l'R... Joachim du Bel-é... Roux Sô. Artchur Rimb'0.... Appoline R.... Verl'Haine... Voltchère....  Ronse Hard.... Mon-Tes-Kieu...

Comment ça va leur déchirer l'avenir. Trop top, la culture de demain. Tous ces jeunes qui s'approprient enfin le patrimoine, comment ne pas entendre déjà le choeur ravi des chroniqueurs télévisés, condamnés à s'emerveiller de ce rien, incapables qu'ils sont de produire par eux mêmes autre chose.

Il y a trente ans, mes profs de lycée partaient des Rolling Stones ou des Beatles pour progressivement nous amener à Dickens ou Steinbeck dans le texte. La culture jeune servait de porte d'entrée vers "la culture tout court"'. Brassens m'emmenait vers Villon ou Théodore de Banville. Ferrat vers Aragon. Ferré vers Verlaine, Rimbaud, Appollinaire, Baudelaire... C'est ainsi que j'ai pris un 16 au bac français. La chanson est elle la poésie d'aujourd'hui?

Il y a quinze ans, on renonçait progressivement à passer de MC Solar (dans le meilleur des cas) à Rimbaud.

Désormais on a bouclé la boucle, Rimbaud n'est plus un poète, c'est LE grand "rappeur du 19ème siècle". Ramener le passé à sa seule dimension acceptable: l'éternel présent. Du passé faisons table rase. Je ne suis pas certain qu'écrivant cela, Eugène Potier songeait "aussi" à la culture. Trop tard.

Ce n'est pas que vieux con, je sois condamné à ressasser que "c'était mieux avant". C'est que la marchandisation frénétique de la musique et de la poésie ont cette conséquence obligatoire: passer d'une production artisanale, soignée, à une production "de masse" industrialisée. Les pressé qui me taxeraient là de réactionnaire feraient bien d'y réfléchir à deux fois.

C'est ainsi que toute honte bue, Marianne (pour le coup bien mal inspiré) avait pu titrer, Diam's: la nouvelle Barbara.

A ce compte là, Cindy Sander, c'est Edith Piaf. Et Julien Doré, Chaliapine.

... Qui ça??????

PS1: "la musique se vend comme le savon à barbe, pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule. Tout est prêt, les capitaux, la publicité, la clientèle. QUI DONC INVENTERA LE DESESPOIR?" (Léo F. "Préface")

PS2: et si mamz'elle m'y autorise, je rendrais bien public un échange d'emails que nous avons eu récemment, sur l'état de la chanson française...

06 mai 2008

Tous des Fourniret?

Ces jours-ci je farfouillais dans les blogs à la dame Alonso. Elle signe ses papiers "iA!", avec  point d'exclamation. c'est rigolo, mais ça donne envie de lire Hi Han! c'est sans doute un préjugé. N'importe. On ne va pas rire longtemps.

J'y allais pour voir si on pourrait se réconcilier, moi et elle - pardon, elle et moi; en vrai, je pense pas qu'elle songe à me concilier, la médème. Si elle s'en contrefiche, de mes rodomontades! Sa petite entreprise connait pas la crise! et je ne vais pas lui chahuter le coeur de cible avec mes vaines contestations!. Cela posé, je ne le cache pas, j'ai surfé de Charybde en Scylla. J'ai rebondi d'invraisemblances en saugreneries. De sottises en platitudes. Fait provision d'idées toutes faites, d'affirmations méremptoires, cinglantes, aussi définitives que d'une infinie vacuité.

On ne m'y parle que d'un monde de Bisounours en négatif, où tout est désespérément noir, cruel et glauque, tant chaque femme y est fondamentalement, irrémédiablement, définitivement, une proie sans défense, qui ne pourrait sortir de sa condition d'éternelle humiliée qu'en rejoignant l'identité collective, "des Femmes". La définition parfaite du communautarisme, en somme. Là où l'individu dilue son unicité dans l'identité collective imposée, et n'a plus droit qu'aux émotions préprogrammées qui vont avec. Ici comme chez les bolcheviks, ube avant-garde de celles qui savent (trop rares; d'autant plus méritantes; à classer parmi les "élites") mènent combat. Sur le web et en librairies. Ce qui reste moins pénible que de se taper la sortie d'un Auchan de Sarreguemines, quand les femmes regagnent leur logis vers 22 heures, à l'issue d'une journée bien remplie. Peu de chances qu'elles y croisent jamais quelque Alonso par solidarité.

A dire vrai, elle n'a pas beaucoup d'idées, la Fée Losophe. Le magasin est même bien peu garni. Elle a UNE idée. Mais du genre fondatrice, d'où tout découle. On ne peut pas lui retirer cela: à décliner le concept elle met tout sa science rhétorique, une apparente conviction ancrée, un crédo, une foi. Qu'on peut aussi appeler discours obsessionnel, mais seulement si l'on est d'une humeur de chien. (comme moi ce soir).

On le sait, depuis Saint-Paul et les Pitres aux Corinthiens, pas plus la conviction ancrée que la rhétorique habile ne mettent à l'abri d'énoncer des âneries. Curieusement, l'axiome vaut pour Josef Staline, trop tôt arraché à notre affection, autant que pour l'Avenir de l'homme, qui n'a manifestement pas l'intention de passer son tour. Au moins un point où l'égalité progresse.

Ainsi, dans l'affaire Fourniret. Chacun a cru y reconnaitre, après ce qu'a narré la presse de ses ignobles exploits, le prototype du tortionnaire hors du commun; un sérial-killer qu'aucun adjectif ne saurait réellement qualifier. Chacun aura frémi, entendant la chronique proprement extraordinaire de ces vingt ans d'horreurs, les martyrs de jeunes femmes suppliant la complice de les épargner... mais j'anticipe. Nous y reviendrons.

Chacun, si l'on en croit notre penseure de la Cause, a eu tout faux. Celle-ci voit plus loin que le bout de mon nez, et pose sur ce cas un regard disons... différent. [Ici, je ne cite que les passages concernant le tueur psychopathe, sautant ceux qui dans le même article, évoquent la banderole des Chtis, ne me demandez pas le rapport, c'est déjà suffisamment confus].  Je mets en gras ceux où s'affirme sa vision du monde.

Le procès Fourniret suit son cours. Un tueur de femmes, de jeunes filles, de fillettes. Monstre ? Ou juste un type qui met en pratique la haine des femmes, mise en scène à longueur de temps, donnée à voir en permanence, par, entre autres, la pornographie ?

Exercice que j'aime bien: l'analyse de texte. Le féminisme, comme le diable, serait-il dans les détails? Passons vite sur l'évocation de la pornographie, dont on se demande ce qu'elle fiche là, sinon pour complaire la frange puritaine et pudibonde de sa clientèle, pour qui "pornographie" commence avec la pub d'un soutien-gorge Barbara dans un abri-bus. A-t-on jamais vu film pornographique encenser la torture, la mise à mort, sinon dans les délires alonsiens? Irait-elle rendre ses amis de Canal+ responsables, complices? Elle le leur a dit, sur le plateau du Grand Journal? Bast. Allons à l'essentiel, vers les explications.

Ce "juste un type qui met en pratique la haine des femmes", est assez ignoble Quel que droit qu'elle ait de l'affirmer. Comme j'ai le droit d'en contester la pertinence, et de la qualifier comme il convient. Ignoble, je répète.

Elle dit en effet, en une ligne que 1. Fourniret n'a rien de fondamentalement différent de n'importe quel macho ordinaire, toi, moi, nous, à supposer que nous en fussions, des machos, mais là dessus, guère de doute, on le va voir. 2. Qu'il a mis en pratique non pas SA haine des femmes, folle, obsessionnelle, rare, rarissime, à ce titre déconcertante autant qu'EXCEPTIONNELLE; mais LA haine des femmes, nuance. "LA" haine: la big one. L'universelle. Celle sur quoi repose l'oppression millénaire, qu'on croise à tous coins de rue, convoquant ensemble les sifflets d'admiration crétine, la blague grivoise de fin de repas qu'il convient d'interrompre d'un regard agacé, l'ancestral patriarcat des campagnes depuis lurette oublié, mais dont il convient d'affirmer qu'il fait toujours plus de dégats qu'hier, l'inégalité des salaires, le malpartage de vaisselles et sanitaires, tout ceci sur le même plan que les tortures infligées par Fourniret à ses malheureuses victimes. Tout ce tintouin, allant de la banale plaisanterie de bistro à l'inhumanité la plus féroce, devient ici la MEME chose, le MEME scandale, la MEME horreur. Qu'en pensent les familles des martyrisées, je ne pose pas de suite la question.

La violence contre les femmes, (...) qui va jusqu’au meurtre en passant par la torture, ça fait juste partie des « faits divers ». Les « faits divers », c’est le nom du déni. La barbarie contre les femmes, ça fait partie du paysage, de l’ordre établi... C’est bien malheureux, ma pauvre dame, mais c’est la fatalité… Des hommes tuent des femmes, ça a toujours été comme ça, et ça sera toujours comme ça…

S'agit pas de nier qu'il y ait des assassins, parfois, des maris cogneurs, ou même qui mettent le feu à leur promise. C'est toujours trop. Mais de souligner qu'il n'y a plus, ici, au plan des idées et de l'argumentation, de différence de nature entre le psychopathe obsessionnel et tel banal Roger, pétri d'a priori sur les "gonzesses". Juste une question de degré, revenant à affirmer que si dans tout homme sommeille un cochon, celui-ci cache mal le tortionnaire, le malade mental, le serial killer. Nous sommes tous des Fourniret en puissance. Et c'est ainsi que

Des dizaines, des centaines de femmes, souvent très jeunes, parfois des fillettes, paient de leur vie la sauvagerie de notre culture vis-à-vis des femmes. 

D'où sort-elle ce nombre? Pourquoi pas des milliers? Pourquoi pas une femme sur trois, comme avait suggéré Royal? Là, ce n'est même plus l'homme Fourniret qui est en cause, en icône représentative de l'ensemble des ordures masculines peuplant (on allait dire encombrant) cette planète, qui est pointé. C'est le vivre ensemble forcément "sauvage", donnée initiale, anthropologique, implacable. Surtout parce qu'elle est nécessaire en tant que base fondatrice, à la "théorie" féminalonsiste. Là, toute femme n'existe plus qu'en tant qu'être féminin collectif, partageant nécessairement les mêmes aspirations, souffrant unanimement les mêmes maux, dont le calvaire d'une seule devient celui de toutes les autres, y compris de celles qui n'ont jamais RIEN vécu (et grand bien leur fasse). Ce qui revient, mais elles refusent de voir cette absurde conséquence du postulat, un calvaire dérréalisé, vidé de sa "vraie" tragédie, rabaissé à sa dimension de simple argument.

On quitte alors le délire pour retourner vers l'ignoble. Mais doublé du crétin. Car s'il n'y a pas de différence de nature entre un Fourniret et le macho standard, il n'y en a plus non plus (seulement de degré), entre les calvaires terrifiants vécus par ces jeunes vierges, et la banale, quotidienne vexation qu'une femme subirait quand on aurait dans la rue sifflé sa démarche, commenté son décolleté, ou ri de sa dégaine.

Cela, "i.A!" est-elle assez peu "humaniste" pour ne l'avoir pas senti, à l'heure de fourguer son éternel couplet victimaire? N'a-t-elle pas entendu, même de loin, l'absence infinie de compassion à l'endroit des familles, et des femmes qu'elle prétend défendre, que sous-tend "son implacable démonstration"?

Mais on continue à faire comme si chaque assassinat était déconnecté de celui qui précède ou celui qui suit. Combien faut-il de mortes pour que l’on perçoive que cette violence fait système ?

Oublié, zappé, Fourniret. Pour répéter ad nauseam, jusqu'à ce que les plus faibles esprits l'acceptent, la base du dogme. Dans le monde selon "i.A!", n'existe pas la sordide, l'ignoble exception conduisant certains humains jusqu'au bout de l'horreur. Mais la longue, implacable, farandole des victimes, auquel sur le trottoir d'en face, répond la longue implacable farandole des machos dont la violence fait système.

Mais que dirait-elle, autrement? Dès lors que toute son existence, médiatique, livresque, webesque, bloguesque, télévisuesque, repose sur ce seul et unique postulat, dont un Flaubert n'eut même pas voulu pour un tome 12 du dictionnaire des idées reçues? Mais pourquoi se priverait-elle, d'un autre côté? Puisqu'il en faut une dans le cirque médiatique, que ce soit celle-là! Au moins sa rhétorique donne pas mal à la tête, elle peut complaire les âmes simples.

Tel Philipulus, le Prophète paranoïaque de l'Etoile Mystérieuse annonçant l'Apocalypse et la Fin du Monde, elle peut donc continuer de sonner son tocsin, invoquer l'absolue horreur quotidienne, à laquelle je ne songe pas un instant qu'elle-même puisse croire en sa réalité. Car si je la crois manipulatrice, opportuniste, dans la construction de son créneau commercial, je ne doute pas, en réalité, de son intelligence, où s'est bâti ce positionnement sans concurrence: Beauvoir pour Femmes Actuelles.

Fatalité ? Ordre naturel ? Ou conditionnement culturel intense qui valorise la violence, impose les stéréotypes de femmes-victimes et d’hommes-prédateurs et encourage l’expression publique de la haine des femmes à mesure qu’il censure la pensée féministe ?

"Faits divers" ça ne veut rien dire. Il s’agit de violence machiste. Quotidienne. Sordide. Insupportable. Le massacre des filles continue dans le voyeurisme médiatique et l’indifférence des pouvoirs publics.

Belle envolée lyrique, supposée en appeler à la mobilisation de celles qui... Entendons-la plutôt comme un parfait mépris du genre humain, ici réduit à deux figures immuables, comme à Guignol. Aussi pitoyables l'une que l'autre. Femme victime, homme prédateur. Les deux se retrouvant mis en scène dans un théâtre de mensonge qui donne furieusement envie de se pincer : où a-t-elle vu qu'on censure ICI la pensée féministe, quand c'est L'ABSOLU CREDO OBLIGATOIRE et INEVITABLE de l'air du temps? (Je parle de la France, là ou sévissait Fourniret; pas de l'Iran, ou du Talibanesque Afghanistan) Dogme qu'aucun animateur de tolquechaud n'oserait jamais contester, de peur de paumer sa place in petto? Censure?! quand elle-même a son rond de serviette sur tous les plateaux, et fait profession de femme en colère, aux bons soins du service public? Et l'ancienne patronne de Ni Putes Ni Soumises, elle est où? Aux fourneaux ou au gouvernement?

Alonso, pour paraphraser Céline, c'est la cause des femmes à la portée des caniches. Elle fourbit des argumentaires à la hauteur du lieu où ceux-là laissent généralement leur trace. Au caniveau. Et qu'on ne vienne surtout pas me sortir le couplet des femmes battues auquel je serais insensible. Je doute qu'elle ait jamais fait, comme moi, le pied de grue armé d'un nerf de boeuf, pour empêcher un mari violent de revenir jusqu'à sa malheureuse épouse. Ni de l'accompagner jusque dans un de ces foyers où quelques malheureuses avaient plus envie de tendresse amicale, compassion, de conseils concrets, que des discours convenus de bourgeoises émancipées, voyant ça de leur balcon.

Reste une question sans réponse. Une fois compris qu'une femme les résumerait toutes, puisque toutes sont également victimes: que  penser de la compagne du monstre "ordinaire" dont en bout de course on a déjà oublié le nom. Vous savez, celle qui nettoyait les sexes des jeunes filles et contrôlait leur virginité, les préparait pour l'assaut final, et restait sourde à toutes les suppliques, quand celles-ci se voyaient parties vers la mort?

N'y aurait-il pas là plus qu'un indice, signifiant que tout ceci n'a rigoureusement rien à voir avec le "sexisme", le "machisme", mais bien avec la folie, ou la perversion incontrolable?

Sans doute, dans le monde selon "i.A!" cette complice est-elle "victime aussi". Et pourquoi pas "victime d'abord", tant qu'on y est, en tant qu'elle est femme, et quoi qu'aient pu entendre à son sujet les observateurs au procès. Mais il est vrai qu'ils étaient trop occupés à leur "voyeurisme médiatique".

Pour moi, même pour rire, je n'irai plus farfouiller dans les écrits de cette penseuse-là. De féministe, m'apparait évident qu'elle n'a que l'étiquette, propre à leurrer les plus influençables, qui sont légion. Dans cette imprécation sans subtilité ni nuance, je sens d'abord la promo basiquement mercantile pour le bouquin qui sort.

Penseuse? Pensum! Indigeste. Et indigente.

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