Demain c'est la Gay Pride, et après tout, on fait des fêtes sur tout, on est fier d'être ceci et cela, je ne vois pas pourquoi tous ces braves gens, gays, bi, trans, lesbis, incertains, hésitants, opportunistes, allosexuels, et même a-sexuels militants n'auraient pas le droit d'aller faire coincoin, zimboum, ttruuut, fffffllll, à grands coups de beats technos dans l'oreille de leurs contemporains, discutez pas c'est comme ça. L'événement permet au moins à Libé de pas se faire suer le burnous pour sa une, une fois l'an, hop, un petit coup d'arc-en-ciel pour samedi, ça mange pas de poppers et permet de se rappeler au bon souvenir des clients du Marais.
Je trouve qu'on ne va pas assez loin. Si j'étais jeune et fier, j'imaginerais pourquoi pas me rendre à la Mateur Pride, sponsorisée par Optic 2000 et les serrures Fichet. A la Spanking ' Pride, dont le Président Monsieur Martinet, cocher de son état, c'est dire s'il met du coeur à l'ouvrage, donnerait un coup de fouet au moral de ses adhérents en leur proposant d'inscrire le droit à la fessée dans la charte des droits fondamentaux. J'aimerais défiler à la Partouze Pride, j'irais devant, j'irais derrière, une vraie mouche du coche, et pourtant c'est dur d'être partouze à la fois, vieille blague éculée, je sais, je ne sais pas résister. J'aimerais aller aussi à l'Echangist'Pride, faire comme Pierre Dac, une femme de 50 contre deux de 24, et tiens! gardez la monnaie. A la masturb'Pride, je montrerais que ce n'est pas toujours un malheur d'avoir deux mains gauches, et que contrairement à ce que prétendaient mes bulletins scolaires, je ne fus pas toujours nul en travaux manuels. A l'ExhibPride, je leur montrerais ce que je n'arrive plus à voir moi-même à cause de cette terrible ceinture abdominale taille XXL. A la Gros Mots Pride, je défendrais les amateurs du "parler cochon" pour qu'on inscrive leurs dialectes osés dans la Charte des Langues Régionales; à la Fétich'Pride, je me ferais rhabiller pour l'hiver, de bottes en cape, et est-ce qu'ils font seulement ma taille en tutus rose fuschias, manière de relancer cette vieille rumeur qui traîne sur mon compte, depuis l'époque heureuse de PotinBlog...? Sous une pluie dorée, je défilerais aussi à la fierté ondiniste, militant qu'on aille plus loin, et qu'on serve le caviar au prix des oeufs de lump, on est un vieux pervers ou on ne l'est pas.
C'est dire si je suis libéral d'idée. Je n'ai aucune fantaisie sexuelle en mépris, il en est qui m'étonnent ou me désolent si je m'y imagine, mais aucune dont j'exécre les pratiquants occasionnels ou convaincus.
Mais on me dit que l'homosexualité c'est autre chose. Que ce n'est pas seulement une affaire de préférences sexuelles, mais "d'identité". De présence au monde. D'affirmation de soi. Ce n'est pas seulement préférer le faire avec un autre soi-même, ce n'est pas un rapport différent à l'altérité. C'est constitutif du SOI. Et à ce titre c'est d'abord une façon d'ETRE MINORITAIRE par rapport A LA MASSE DES MESSIEURS ET DAMES qui s'emboitent à l'ancienne. C'est pour cela que n'est pas ridicule l'idée d'un défilé annuel où l'on puisse l'affirmer "haut et fort" (à quoi ça servirait, n'est ce pas, l'affirmer "timidement et de façon mesurée").
Evidemment, et même si je ne suis pas "homophobe" comme on dit, ce qui comme toutes les "phobies" relève de la maladie, et je vous jure que je vais très bien j'ai juste un problème avec les groupes de pressions harceleurs et revendicatifs qui prennent en otage l'Etat les politiques les juridictions les citoyens les associations pour obtenir la satisfaction de revendications clientélistes en mettant au passage la majorité silencieuse en coupe réglée par une sorte de terrorisme insidieux, je ne comprends rien à cette exigence de nature presque "ontologique". Ce besoin de crier dans la rue qu'on est fier de ce qu'on est, me dépasse. Car je me demande à qui on VEUT le dire. A son père? A son chef de service? A sa voisine de palier? AU MONDE? Qu'est ce qu'il en a à cirer, LE MONDE? On va me dire que ces gens défilent parce que dans plein de pays plus ou moins enturbannés, on est passible d'insultes, de prison, de torture, de mort, quand on n'a pas eu "la chance" de naître et grandir hétéro. Et c'est vrai que c'est immonde, abject, révoltant, scandaleux, ignoble. Je ne vois pas pour autant le rapport avec les chars et flonflons, la zique à donf et les drag queens que tu te croirais à Rio en février. En vérité, ils veulent le dire à leur père et mère qui n'ont jamais rien compris à leur doute, leur souffrance, et comme ils n'ont pas su ou pu, le dire et être compris, ils se mettent à plusieurs, et font nombre pour que ça fasse sens. En vrai, je trouve cette gay pride pas gaie du tout. Elle est plus pathétique que pride, vu de l'extérieur, mais si ça fait du bien à de jeunes gens mals dans leur peau... Après tout... Ca ou les tribunes d'un match de foot...
Bref, le jour de la gay pride je reste dans mon lit douillet, je serre tendrement mon traversin contre mon coeur, je l'appelle par son prénom, j'espère me rendormir, mais avec les flonflons des ravis c'est pas gagné. C'était quand la fête de la zique, déjà?
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Additif: La chanteuse Catherine Lara, qu'en qualité d'artiste je n'aime pas plus que Philippe Catherine ou Lara Fabian, mais que j'apprécie pour son intelligence, était l’invitée d'une émission de Laurent Ruquier. L’animateur qui non seulement ne fait pas mystère de ses préférences, mais surtout adore les rappeler à tous propos surtout quand on ne lui demande rien, interpelle la chanteuse violoniste, qui à une question "que regardez vous en premier chez un homme", avait un jour répondu du tac au tac "sa femme". J'avais adoré, une belle réplique, ça rend meilleur celui qui l'envoie et celui qui la goûte... Il lui demande si elle pense toujours ce qu’elle avait déclaré en 2005 : « L’enfant est le fruit d’un mariage d’amour entre un homme et une femme. Je défends cette idée-là. Si on vit en marge, il ne faut pas essayer de copier les normes de l’hétérosexualité »… Je trouve que c'est cela, la vraie "fierté". Celle qui ne demande rien à personne, et s'assume dans les avantages et inconvénients de sa "particularité". Et qu'on ne vienne pas me dire qu'elle peut se permettre parce qu'elle est artiste, donc marginale par essence. Ce n'est ici qu'une question d"élegance, et de cohérence personnelle.
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