Ces jours-ci je farfouillais dans les blogs à la dame Alonso. Elle signe ses papiers "iA!", avec point d'exclamation. c'est rigolo, mais ça donne envie de lire Hi Han! c'est sans doute un préjugé. N'importe. On ne va pas rire longtemps.
J'y allais pour voir si on pourrait se réconcilier, moi et elle - pardon, elle et moi; en vrai, je pense pas qu'elle songe à me concilier, la médème. Si elle s'en contrefiche, de mes rodomontades! Sa petite entreprise connait pas la crise! et je ne vais pas lui chahuter le coeur de cible avec mes vaines contestations!. Cela posé, je ne le cache pas, j'ai surfé de Charybde en Scylla. J'ai rebondi d'invraisemblances en saugreneries. De sottises en platitudes. Fait provision d'idées toutes faites, d'affirmations méremptoires, cinglantes, aussi définitives que d'une infinie vacuité.
On ne m'y parle que d'un monde de Bisounours en négatif, où tout est désespérément noir, cruel et glauque, tant chaque femme y est fondamentalement, irrémédiablement, définitivement, une proie sans défense, qui ne pourrait sortir de sa condition d'éternelle humiliée qu'en rejoignant l'identité collective, "des Femmes". La définition parfaite du communautarisme, en somme. Là où l'individu dilue son unicité dans l'identité collective imposée, et n'a plus droit qu'aux émotions préprogrammées qui vont avec. Ici comme chez les bolcheviks, ube avant-garde de celles qui savent (trop rares; d'autant plus méritantes; à classer parmi les "élites") mènent combat. Sur le web et en librairies. Ce qui reste moins pénible que de se taper la sortie d'un Auchan de Sarreguemines, quand les femmes regagnent leur logis vers 22 heures, à l'issue d'une journée bien remplie. Peu de chances qu'elles y croisent jamais quelque Alonso par solidarité.
A dire vrai, elle n'a pas beaucoup d'idées, la Fée Losophe. Le magasin est même bien peu garni. Elle a UNE idée. Mais du genre fondatrice, d'où tout découle. On ne peut pas lui retirer cela: à décliner le concept elle met tout sa science rhétorique, une apparente conviction ancrée, un crédo, une foi. Qu'on peut aussi appeler discours obsessionnel, mais seulement si l'on est d'une humeur de chien. (comme moi ce soir).
On le sait, depuis Saint-Paul et les Pitres aux Corinthiens, pas plus la conviction ancrée que la rhétorique habile ne mettent à l'abri d'énoncer des âneries. Curieusement, l'axiome vaut pour Josef Staline, trop tôt arraché à notre affection, autant que pour l'Avenir de l'homme, qui n'a manifestement pas l'intention de passer son tour. Au moins un point où l'égalité progresse.
Ainsi, dans l'affaire Fourniret. Chacun a cru y reconnaitre, après ce qu'a narré la presse de ses ignobles exploits, le prototype du tortionnaire hors du commun; un sérial-killer qu'aucun adjectif ne saurait réellement qualifier. Chacun aura frémi, entendant la chronique proprement extraordinaire de ces vingt ans d'horreurs, les martyrs de jeunes femmes suppliant la complice de les épargner... mais j'anticipe. Nous y reviendrons.
Chacun, si l'on en croit notre penseure de la Cause, a eu tout faux. Celle-ci voit plus loin que le bout de mon nez, et pose sur ce cas un regard disons... différent. [Ici, je ne cite que les passages concernant le tueur psychopathe, sautant ceux qui dans le même article, évoquent la banderole des Chtis, ne me demandez pas le rapport, c'est déjà suffisamment confus]. Je mets en gras ceux où s'affirme sa vision du monde.
Le procès Fourniret suit son cours. Un tueur de femmes, de jeunes filles, de fillettes. Monstre ? Ou juste un type qui met en pratique la haine des femmes, mise en scène à longueur de temps, donnée à voir en permanence, par, entre autres, la pornographie ?
Exercice que j'aime bien: l'analyse de texte. Le féminisme, comme le diable, serait-il dans les détails? Passons vite sur l'évocation de la pornographie, dont on se demande ce qu'elle fiche là, sinon pour complaire la frange puritaine et pudibonde de sa clientèle, pour qui "pornographie" commence avec la pub d'un soutien-gorge Barbara dans un abri-bus. A-t-on jamais vu film pornographique encenser la torture, la mise à mort, sinon dans les délires alonsiens? Irait-elle rendre ses amis de Canal+ responsables, complices? Elle le leur a dit, sur le plateau du Grand Journal? Bast. Allons à l'essentiel, vers les explications.
Ce "juste un type qui met en pratique la haine des femmes", est assez ignoble Quel que droit qu'elle ait de l'affirmer. Comme j'ai le droit d'en contester la pertinence, et de la qualifier comme il convient. Ignoble, je répète.
Elle dit en effet, en une ligne que 1. Fourniret n'a rien de fondamentalement différent de n'importe quel macho ordinaire, toi, moi, nous, à supposer que nous en fussions, des machos, mais là dessus, guère de doute, on le va voir. 2. Qu'il a mis en pratique non pas SA haine des femmes, folle, obsessionnelle, rare, rarissime, à ce titre déconcertante autant qu'EXCEPTIONNELLE; mais LA haine des femmes, nuance. "LA" haine: la big one. L'universelle. Celle sur quoi repose l'oppression millénaire, qu'on croise à tous coins de rue, convoquant ensemble les sifflets d'admiration crétine, la blague grivoise de fin de repas qu'il convient d'interrompre d'un regard agacé, l'ancestral patriarcat des campagnes depuis lurette oublié, mais dont il convient d'affirmer qu'il fait toujours plus de dégats qu'hier, l'inégalité des salaires, le malpartage de vaisselles et sanitaires, tout ceci sur le même plan que les tortures infligées par Fourniret à ses malheureuses victimes. Tout ce tintouin, allant de la banale plaisanterie de bistro à l'inhumanité la plus féroce, devient ici la MEME chose, le MEME scandale, la MEME horreur. Qu'en pensent les familles des martyrisées, je ne pose pas de suite la question.
La violence contre les femmes, (...) qui va jusqu’au meurtre en passant par la torture, ça fait juste partie des « faits divers ». Les « faits divers », c’est le nom du déni. La barbarie contre les femmes, ça fait partie du paysage, de l’ordre établi... C’est bien malheureux, ma pauvre dame, mais c’est la fatalité… Des hommes tuent des femmes, ça a toujours été comme ça, et ça sera toujours comme ça…
S'agit pas de nier qu'il y ait des assassins, parfois, des maris cogneurs, ou même qui mettent le feu à leur promise. C'est toujours trop. Mais de souligner qu'il n'y a plus, ici, au plan des idées et de l'argumentation, de différence de nature entre le psychopathe obsessionnel et tel banal Roger, pétri d'a priori sur les "gonzesses". Juste une question de degré, revenant à affirmer que si dans tout homme sommeille un cochon, celui-ci cache mal le tortionnaire, le malade mental, le serial killer. Nous sommes tous des Fourniret en puissance. Et c'est ainsi que
Des dizaines, des centaines de femmes, souvent très jeunes, parfois des fillettes, paient de leur vie la sauvagerie de notre culture vis-à-vis des femmes.
D'où sort-elle ce nombre? Pourquoi pas des milliers? Pourquoi pas une femme sur trois, comme avait suggéré Royal? Là, ce n'est même plus l'homme Fourniret qui est en cause, en icône représentative de l'ensemble des ordures masculines peuplant (on allait dire encombrant) cette planète, qui est pointé. C'est le vivre ensemble forcément "sauvage", donnée initiale, anthropologique, implacable. Surtout parce qu'elle est nécessaire en tant que base fondatrice, à la "théorie" féminalonsiste. Là, toute femme n'existe plus qu'en tant qu'être féminin collectif, partageant nécessairement les mêmes aspirations, souffrant unanimement les mêmes maux, dont le calvaire d'une seule devient celui de toutes les autres, y compris de celles qui n'ont jamais RIEN vécu (et grand bien leur fasse). Ce qui revient, mais elles refusent de voir cette absurde conséquence du postulat, un calvaire dérréalisé, vidé de sa "vraie" tragédie, rabaissé à sa dimension de simple argument.
On quitte alors le délire pour retourner vers l'ignoble. Mais doublé du crétin. Car s'il n'y a pas de différence de nature entre un Fourniret et le macho standard, il n'y en a plus non plus (seulement de degré), entre les calvaires terrifiants vécus par ces jeunes vierges, et la banale, quotidienne vexation qu'une femme subirait quand on aurait dans la rue sifflé sa démarche, commenté son décolleté, ou ri de sa dégaine.
Cela, "i.A!" est-elle assez peu "humaniste" pour ne l'avoir pas senti, à l'heure de fourguer son éternel couplet victimaire? N'a-t-elle pas entendu, même de loin, l'absence infinie de compassion à l'endroit des familles, et des femmes qu'elle prétend défendre, que sous-tend "son implacable démonstration"?
Mais on continue à faire comme si chaque assassinat était déconnecté de celui qui précède ou celui qui suit. Combien faut-il de mortes pour que l’on perçoive que cette violence fait système ?
Oublié, zappé, Fourniret. Pour répéter ad nauseam, jusqu'à ce que les plus faibles esprits l'acceptent, la base du dogme. Dans le monde selon "i.A!", n'existe pas la sordide, l'ignoble exception conduisant certains humains jusqu'au bout de l'horreur. Mais la longue, implacable, farandole des victimes, auquel sur le trottoir d'en face, répond la longue implacable farandole des machos dont la violence fait système.
Mais que dirait-elle, autrement? Dès lors que toute son existence, médiatique, livresque, webesque, bloguesque, télévisuesque, repose sur ce seul et unique postulat, dont un Flaubert n'eut même pas voulu pour un tome 12 du dictionnaire des idées reçues? Mais pourquoi se priverait-elle, d'un autre côté? Puisqu'il en faut une dans le cirque médiatique, que ce soit celle-là! Au moins sa rhétorique donne pas mal à la tête, elle peut complaire les âmes simples.
Tel Philipulus, le Prophète paranoïaque de l'Etoile Mystérieuse annonçant l'Apocalypse et la Fin du Monde, elle peut donc continuer de sonner son tocsin, invoquer l'absolue horreur quotidienne, à laquelle je ne songe pas un instant qu'elle-même puisse croire en sa réalité. Car si je la crois manipulatrice, opportuniste, dans la construction de son créneau commercial, je ne doute pas, en réalité, de son intelligence, où s'est bâti ce positionnement sans concurrence: Beauvoir pour Femmes Actuelles.
Fatalité ? Ordre naturel ? Ou conditionnement culturel intense qui valorise la violence, impose les stéréotypes de femmes-victimes et d’hommes-prédateurs et encourage l’expression publique de la haine des femmes à mesure qu’il censure la pensée féministe ?
"Faits divers" ça ne veut rien dire. Il s’agit de violence machiste. Quotidienne. Sordide. Insupportable. Le massacre des filles continue dans le voyeurisme médiatique et l’indifférence des pouvoirs publics.
Belle envolée lyrique, supposée en appeler à la mobilisation de celles qui... Entendons-la plutôt comme un parfait mépris du genre humain, ici réduit à deux figures immuables, comme à Guignol. Aussi pitoyables l'une que l'autre. Femme victime, homme prédateur. Les deux se retrouvant mis en scène dans un théâtre de mensonge qui donne furieusement envie de se pincer : où a-t-elle vu qu'on censure ICI la pensée féministe, quand c'est L'ABSOLU CREDO OBLIGATOIRE et INEVITABLE de l'air du temps? (Je parle de la France, là ou sévissait Fourniret; pas de l'Iran, ou du Talibanesque Afghanistan) Dogme qu'aucun animateur de tolquechaud n'oserait jamais contester, de peur de paumer sa place in petto? Censure?! quand elle-même a son rond de serviette sur tous les plateaux, et fait profession de femme en colère, aux bons soins du service public? Et l'ancienne patronne de Ni Putes Ni Soumises, elle est où? Aux fourneaux ou au gouvernement?
Alonso, pour paraphraser Céline, c'est la cause des femmes à la portée des caniches. Elle fourbit des argumentaires à la hauteur du lieu où ceux-là laissent généralement leur trace. Au caniveau. Et qu'on ne vienne surtout pas me sortir le couplet des femmes battues auquel je serais insensible. Je doute qu'elle ait jamais fait, comme moi, le pied de grue armé d'un nerf de boeuf, pour empêcher un mari violent de revenir jusqu'à sa malheureuse épouse. Ni de l'accompagner jusque dans un de ces foyers où quelques malheureuses avaient plus envie de tendresse amicale, compassion, de conseils concrets, que des discours convenus de bourgeoises émancipées, voyant ça de leur balcon.
Reste une question sans réponse. Une fois compris qu'une femme les résumerait toutes, puisque toutes sont également victimes: que penser de la compagne du monstre "ordinaire" dont en bout de course on a déjà oublié le nom. Vous savez, celle qui nettoyait les sexes des jeunes filles et contrôlait leur virginité, les préparait pour l'assaut final, et restait sourde à toutes les suppliques, quand celles-ci se voyaient parties vers la mort?
N'y aurait-il pas là plus qu'un indice, signifiant que tout ceci n'a rigoureusement rien à voir avec le "sexisme", le "machisme", mais bien avec la folie, ou la perversion incontrolable?
Sans doute, dans le monde selon "i.A!" cette complice est-elle "victime aussi". Et pourquoi pas "victime d'abord", tant qu'on y est, en tant qu'elle est femme, et quoi qu'aient pu entendre à son sujet les observateurs au procès. Mais il est vrai qu'ils étaient trop occupés à leur "voyeurisme médiatique".
Pour moi, même pour rire, je n'irai plus farfouiller dans les écrits de cette penseuse-là. De féministe, m'apparait évident qu'elle n'a que l'étiquette, propre à leurrer les plus influençables, qui sont légion. Dans cette imprécation sans subtilité ni nuance, je sens d'abord la promo basiquement mercantile pour le bouquin qui sort.
Penseuse? Pensum! Indigeste. Et indigente.
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