Une remarque de Loic sur ma note d'hier me pousse à revenir un instant sur le cas Renaud le chanteur. Ce lecteur me soupçonne de partialité et il a bien raison. Il se demande si j'aurais exprimé la même acrimonie, si au lieu de faire un album de chansons ch'ti (que je n'ai jamais pu ingurgiter d'une traite, je le confesse) il avait chanté les remparts de Concarneau ou les menhirs de Carnac. En quoi il me connait un peu... Mais non, franchement, ça n'aurait pas joué, et je vais lui démontrer pourquoi.
L'affaire se passe juste avant la Fête de l'Huma 1984. Renaud est alors au sommet de sa gloire et franchement, j'aime beaucoup ce qu'il fait. Par une copine qui manage un groupe de rock chilien dont je parle assez souvent dans mon émission de radio, et qui est sous contrat avec Renaud, j'obtiens une interview après le sound-check, à la Courneuve, deux jours avant qu'il passe sur la grande scène. L'interview se passe super bien. Je lui pose des questions qui semblent lui convenir et le surprendre. Un vrai moment agréable?
A tel point qu'il me lance une confidence.
Tu sais me dit-il, dans les années 60, j'étais fan du disque Hugues Aufray chante Dylan, j'adorais ce disque. Moi aussi je lui dis! On en parle alors quelques instants, comme deux potes. Et il me précise: je vais te dire un truc que je n'ai encore dit à aucun journaliste... je suis en train de préparer un album qui s'appellera Renaud chante...
.... Brassens! je le coupe, enthousiaste! tu vas faire "Renaud chante Brassens"!
- Pas du tout, qu'il me fait en souriant! Je veux faire Renaud chante Springsteen! J'adore ce mec, sa voix, ses chansons, et je travaille actuellement l'adaptation des paroles!
Ca pour un scoop, c'était un scoop! Renaud chante Springsteen! (qui viendrait un an plus tard, fouler à son tour le champ de la Courneuve, mais pas pour la Fête de l'Huma...) Sauf que, le lendemain, je reçois chez moi un coup de téléphone un peu géné du manager américain de Renaud. Thomas Notton, si ma mémoire ne me fait pas défaut... Hervé, je suis très ennuyé, me dit il-en substance. Renaud m'a dit qu'il t'a fait cette confidence. Mais il regrette, parce que le projet est assez peu développé, il craint qu'on se moque de lui.... Bref, il voudrait que tu coupes ce passage. Bien sûr, il ne peut pas l'exiger. Mais il serait vraiment touché si tu acceptais.
Resse est comme ça. Un gros con. J'ai accepté, et coupé ce bout d'interview qui n'est pas passé en radio. C'est pour me remercier (pas si con que ça, peut-être?) qu'il me choisit ensuite pour enregistrer l'interview promo pour les radios libres, dont je ne me suis du reste jamais servi pour une quelconque valorisation personnelle... Interview promo, assez conventionnelle au demeurant. Ma (très courte) période Laurent Boyer!!!
Je ne dévoile l'anecdote qu'aujourd'hui, seuls quelques amis la connaissent. Mais l'histoire a deux prolongements.
Le premier: le jour où j'enregistrai chez son frère Thierry l'interview, j'ai pu entendre quelques extraits de ce projet, qui vingt ans après n'a jamais abouti. Je me souviens de Ramrod. je n'en ai à vrai dire pas gardé un souvenir ébloui. Mais j'aimais bien ce Renaud-ci, oui, que je n'ai jamais revu par la suite. On aurait pu devenir potes, qui sait? Est-ce pour cela que je suis aujourd'hui amer? Va savoir...
Le second : en revanche, quelques années plus tard, le chanteur enregistra bel et bien un album "Renaud chante Brassens"! Asez dispensable au demeurant... les reprises de Le Forestier sont mille fois plus crédibles. Mais moi, fan absolu de Mister Georges, j'avais senti le coup et eu raison... bien avant Renaud lui-même! Et vous voulez que je vous dise: ceci est la triste histoire de ma vie... j'ai souvent eu raison trop tôt. Ce qui est bien pire qu'avoir tort!











