Attention, cette note est assez désagréable à lire.
Hier c'était donc la fête de l'entreprise. On encourage dans ce pays les individus à créer la leur. On sait qu'une sur deux crève dans les trois premières années. Mais ça n'a aucune importance. Un type qui crée sa boite, c'est un chômeur de moins. Tant qu'il travaille, il cotise. Quand il ne travaille plus, il n'entre plus dans les statistiques, de toutes façons. Ni chômeur, ni érémiste, il appartient à la catégorie des transparents. ici j'ai déjà narré mes discussions avec la caisse d'assurance maladie. là j'avais poussé ce slogan "je suis profession libérale, sortez moi d'là!". Je pourrais vous raconter l'urssaf, la caisse de retraite, la banque, et l'administration fiscale, avec qui je m'entretenais encore ce matin. En gros, ils ont tous la même logique. Vous ne pouvez plus payer? Payez un peu chaque mois, et donc débrouillez-vous avec votre banquier. Le banquier qui évidemment ne vous autorisera pas des découverts au moment où vous n'avez pas de garanties de rentrées futures.
Tous ces gens assis à leur bureau vous imposent leur règle du jeu, et vous laissent juste comprendre que si vous avez été assez con pour prendre le risque de vous mettre à votre compte, ce n'est pas leur problème. C'est le problème de personne, sinon le vôtre, et celui de vos proches. Je ne veux d'ailleurs pas dire que créer sa boite est forcément une erreur. Plusieurs conditions permettent de survivre aux périodes difficiles qu'elle rencontre inévitablement. Je dis juste que si vous ne remplissez pas ces différentes conditions... vous connaitrez alors le sens de cette expression "a world of pain".
La suite de cette note est une réflexion qui frôle la sortie du route, comme on dit pudiquement dans Libé quand il s'agit de soulever un problème tabou.
Je travaille depuis 31 ans. Voilà 31 ans que je cotise à toutes les caisses, y compris maladie. Quand j'ai du m'arreter deux mois cette année, l'assurance maladie m'a dit que compte tenu de mon statut actuel, je n'aurais droit à aucune indemnité journalière. Les 30 ans de cotisations préalables n'ont rien à voir là-dedans: démerdez-vous. Dans le même temps, des gens dans ma situation observent l'agitation médiatique et associative autour de personnes qui exigent des droits (et les obtiennenet) bien qu'ils ne respectent pas la première loi du pays où ils veulent résider. Je me demande juste comment des gens moins "construits" que moi par des "valeurs", des "principes", une "hygiène morale", font pour résister quand ils sont dans la mouise, aux sirènes xénophobes, aux comparaisons foireuses (pas toujours si foireuses que çà, au reste). Eh bien, franchement, non seulement je ne le sais pas, mais je crains de les comprendre un peu mieux aujourd'hui que je ne les comprenais hier. Les systèmes de solidarité actuels, lorsqu'ils excluent leurs propres cotisants, les logiques étatiques qui ne reconnaissent aucun mérite à celui qui a créé son emploi, mais encouragent sans le moindre problème l'assistanat de ceux qui y sont installés parfois depuis des années, peuvent ils produire autre chose que du ressentiment, du populisme, de la xénophobie?
De quelles vertus faut-il donc être construit, pour garantir qu'on n'y cédera soi-même jamais?











