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20 mars 2007

Arlette Laguiller et moi

Campdestravailleurs_2 Lorsque je vis pour la première fois la campagne d'affiche 2007 d'Arlette Laguiller, je crus que la dame avait cédé aux caprices de la mode, et subi un authentique lifting comme la première Jeanne Moreau venue.Un examen plus attentif du document rectifiait l'initiale méprise: plus prosaïquement, la camarade avait, miracle de photoshop, été retouchée un poil, telle un vulgaire Johnny ventant les mérites d'une paire de binocles, que même ma fille a plus de rides que lui.

Arlette2Au reste, une photo un peu moins avantageuse de notre madone des travailleurs en témoigne, le trotskysme même assidu n'épargne pas les outrages du temps. Mais je ne trouve pas ça très "sport", tout de même, de la part de nos amis de Lutte Ouvrière, de céder ainsi aux plus viles méthodes du marketing de la séduction. Il est vrai que la transparence n'est pas leur point fort. Combien parmi les citoyens qui depuis 1974 accordent leur voix à cette femme parce qu'elle vient du peuple, savent seulement le nom de l'organisation à laquelle elle appartient? Combien connaissent le nom de l'homme (chef d'entreprise) qui dirige depuis des décennies, sous le pseudo d'Hardy, cette quasi secte où chaque militant sacrifie sa vie personnelle, doit renoncer à tous les conforts bourgeois  et jusqu'à avoir des enfants pour la cause de "l'orga"?

Mes souvenirs avec la Fête de LO remontent à quelques 30 ans, j'y ai vu au fil des années un jeune Renaud, Henri Tachan, et tout un tas d'artistes engagés depuis lors oubliés. Laissez moi narrer une anecdote. A l'époque je fricotais dans les milieux trotskos, l'air du temps s'y prétait, et vous m'accorderez qu'il y a prescription. Toutefois, aussi rigoureux dans mon approche militante que dans la gestion ultérieure de mon patrimoine, je sacrifiais parfois à la consommation d'herbes folles que la morale léniniste en ces temps réprouvait. Ainsi ce jour là. Après avoir un moment discuté à quelque stand avec des camarades, je m'étais rendu à l'un des concerts proposés, et me vautrant au milieu d'autres chevelus, je me saisis bientôt d'un pête qu'on me tendait courtoisement. Sensible au geste convivial de ce voisin m'offrant le coupable calumet, j'aspirai sans vergogne ma portion de volutes... à la bonne franquette.

J'appris quelques mois plus tard, par l'ami d'un ami, qui militait dans cette noble organisation, qu'un "camarade" m'avait à cet instant repéré, en flagrant délit de fumette contre-révolutionnaire. Comme il m'avait aperçu sur son stand un peu plus tôt, le bolchevik avait aussitôt tiqué, en avait référé à un autre camarade du "SO" (service d'ordre), lequel lui avait "donné l'ordre de me suivre", pour ne rien ignorer de mes agissements ultérieurs. C'est à dire vérifier que je n'étais pas, au choix, trafiquant, RG, pabliste infiltrant pour la pervertir "l'orga"... ou membre de la CIA, va savoir?

Ainsi fus-je suivi comme mon ombre sans le savoir, par ce pitoyable flicaillon gauchiste. Qui sans le moindre état d'âme se fût un jour transformé, magie du Grand Soir, en délateur ordinaire, kapo, tchékiste, tortionnaire aussi bien, pour le triomphe "de la cause" et la "victoire inéluctable du prolétariat".

De cette pauvre aventure, naquit ma conviction qu'entre Trotsky et Staline, la différence était finalement ténue: le second avait su manier le piolet à distance... Mais sur le fond, ces deux frères ennemis héritiers du léninisme ne constituent jamais que les faces symétriques d'une même médaille.

Un ami me rétorqua un jour, tandis que je lui confiais ce point de vue, que la dame Laguiller "n'a pas, elle, de sang sur les mains".

A quoi je lui répondis, mais je peux me tromper, que c'est toujours l'occasion qui fait le larron.

Sans transition demain, Jean-Marie Le Pen.

Lepen

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