Il était normal de garder pour dimanche le candidat de la pêche à la ligne et de la chasse au sanglier. Frédéric Nihous succède à Jean Saint-Josse pour porter haut la parole des péquenots, des ruraux, des beaufs à moustaches, des avinés du dimanche, des blaireaux méprisés pour leurs passe-temps cynégétiques, dont on finit par croire que la caricature proposée par Les Inconnus dans un sketch demeuré fameux reste en-dessous de la réalité.
Depuis trente années, Cabu et Henri Tachan ont par exemple dézingué à tour de bras les mordus de la 22. Pour mémoire, Henri Tachan est ce chanteur rive-gauche assez mordant dans ses propos, quoique demeurant peu connu du grand public, qui fredonnait entre autres :
"la chasse c'est le défoulement national c'est le p'tit Vietnam des frustrés, la chasse c'est la guéguerre permise aux hommes en temps de paix'...
Histoire de se souvenir que dans les années 70, on ne faisait pas toujours dans la mesure, au rayon métaphores audacieuses.
Citadin de naissance et de culture, je croise aux périodes de vacances quelques chasseurs, ayant des accointances familiales par alliance avec le Béarn et la Bretagne. Je ne me souviens pas avoir jamais croisé là nazis nostalgiques ou tortionnaires à grand peine repentis de la guerre d'Algérie. Il y a, je le soupçonne, un rien de parisianisme méprisant dans cette haine du chasseur, et beaucoup de méconnaissance, en plus de la sensiblerie, des lois réelles de la nature chez les écolos qui leur font la guerre.
En même temps, je n'ai jamais tiré au fusil de ma vie. Et la seule fois qu'on m'encouragea à tenir un canne à pêche, je manquai m'étrangler avec le fil de nylon que j'avais en deux temps emberlificoté dans les feuillages sis au-dessus de moi. C'est exactement comme la corrida. Cela ne me passionne pas une demi-seconde, mais j'ai spontanément tendance à me méfier de toute personne tentant de me convaincre de la barbarie de la chose. Comme je suis POUR le foie gras, je vote POUR le cuisseau de chevreuil et le droit de flinguer petit lapin ou gentille bibiche aux périodes désignées par la loi. Je suis pour que les jolis films de Walt Disney demeurent des contes pour enfants, et pas le code moral et pénal en vigueur dans un monde réel asceptisé, ou toute référence à l'ordre ancien aura été éradiqué par les coalitions objectives d'énarques puritains et de militants "antispécistes", végétariens de l'apocalypse et autres illuminés macrobiotiques.
Entre le chasseur du Médoc et Bougrain-Dubourg, qu'on se le dise, mon choix est fait depuis longtemps. Leur combat m'indiffère, mais je suis pour le droit de laisser perdurer des traditions dont la nuisance n'est démontrée par personne. Et je ne peux que m'amuser en constatant que ce sont les mêmes qui jadis s'affirmaient partisans de l'assez stupide "il est interdit d'interdire", qui passent aujourd'hui leur temps à vouloir tout pénaliser, sitôt qu'un comportement leur déplait!
N'allez pas en déduire que je voterai au premier tour pour le candidat de chasse pêche nature et traditions. Je vois d'un assez mauvais oeil toute candidature à la présidentielle estampillée du sceau d'un intérêt particulier, quand il s'agit de déterminer le cadre où s'exercerait, - enfin - , l'intérêt général.
Mais qu'on ne compte pas sur moi pour l'ironie facile, à l'égard des péquenots, des ruraux, des beaufs à moustaches, des avinés du dimanche, et autres blaireaux méprisés pour leurs activités cynégétiques dominicales.
Demain, c'est lundi, c'est sarkozy...












