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21 mars 2007

Jean-Marie Le Pen et moi

Lepen2 Voilà plus de vingt ans qu'à chaque élection, les électeurs du front national et de son emblématique dirigeant augmentent leurs scores. Et je n'ai toujours pas trouvé dans mes relations, encore moins au sein de mes amis, le moindre individu osant me confier qu'il lui avait un jour accordé sa voix.

Tout bon frontiste me rétorquerait que c'est parce qu'en vrai bourgeois, je ne fréquente pas ces gens du peuple qui souffrent pour de bon, vivant au quotidien la mouise, acculés qu'ils sont à la ruine par le mondialisme triomphant, le capitalisme apatride levantin, l'immigration submergeante et le cosmopolitisme judéo-coincoin, liquidateur de la civilisation millénaire française, chrétienne, apostolique.

Il est vrai que je me situe plus près, géographiquement parlant, de la bonne ville de Saint-Cloud (92) où notre vengeur des pauvres et opprimés nationaux a paradoxalement ses habitudes, que de celle de Saint-Ouen (93) où grouille la populace de rastaquères honnise par celui que ses ouailles surnomment "le menhir".

Ce surnom fait ma désolation. Je l'ai déjà confié, s'il est sur cette terre un lieu où mon esprit s'apaise, où ma vie prend un sens, où je me sens chez moi comme nulle part ailleurs en ce monde, c'est dans cette part de lande et de mer qui va de La Trinité Sur Mer à Quiberon, survole Carnac, où trônent jusqu'à la fin des temps, fiers et immobiles, les arbres de pierre résistant à tous vents, cette belle armée de granit défiant l'éternité, aux lieux dits le Menec, Kermario et Kerlestan.

On a tout dit sur JMLP. Et personne n'a jamais vraiment su s'y opposer, pas plus qu'à ses arguments. Un Tapie prétendit lui avoir cloué son bec, au temps qu'il faisait de la politique. Mais c'est l'autre qui fut au second tour d'une élection présidentielle, quand le premier avait trébuché à la case zonzon.

Je ne connais personne qui sache aussi bien semer trouble et confusion. Qu'il vienne à se satisfaire du beau temps, les bonnes âmes n'auront plus aussitôt qu'une idée en tête: s'armer d'un parapluie. Tout problème par lui soulevé devient sujet tabou, les bons apôtres se voient contraints de nier jusqu'aux évidences dont il se plaît parfois à saupoudrer son discours, pour mieux faire passer ensuite le gros de son imbouffable ragoût.

Je pense ici clairement aux 30 années perdues depuis la légalisation sur le regroupement familial. Non pour l'avoir décidé, mais pour ne l'avoir jamais accompagné ni géré correctement, ce qui a bâti des boulevards pour l'argumentaire frontiste, des conditions de ghettoisation immorales, et l'invraisemblable confusion des esprits où nous sommes désormais rendus, sommés de choisir notre camp entre deux mensonges, rejet de l'autre d'un côté auquel seul l'angélisme imbécile black-blanc-beur serait en mesure de répondre

Inutile de rappeler tous les défauts qu'on lui prête. Evoquons pour cela Desproges, qui l'appelait "le sapin de Noel", et précisait "ce n'est pas tout à fait vrai, mais si on dit qu'il est raciste, il fait un procès"... Le pire est à mes yeux qu'un homme aussi intelligent (car il l'est, à n'en pas douter, plus que la majorité de ses concurrents) ait su prospérer en faisant aussi souvent appel à l'universelle bêtise, A celle de ces admirateurs, qui se contentent fort bien que les solutions simples pûssent convenir aux problèmes complexes. A celle de qui prétend symétriquement le combattre sans parvenir jamais à le faire reculer.

Notre pays a donc perdu 30 ans, c'est ma conviction. Mitterrand, Chirac, LePen. Chacun d'eux à sa manière, porte une part énorme dans cette historique responsabilité. L'un par son action, l'autre par son inaction, le troisième pour avoir durablement contaminé, à son profit, la nappe phréatique politique.

Demain, Gérard Schivardi (!)

Schivardi

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