Sans doute vous souvenez-vous d'un de ces impayables moments qui émaillèrent la campagne ségolénienne, hier évoquée ici sur un ton quasi nostalgique. Elle avait suggéré d'évoquer le sentiment de "sororité", en balance à celui de "fraternité" qui sonnait un peu trop masculin. Donc, machiste.
Rien de plus idiot, naturellement. La fraternité désigne d'abord le sentiment entre frères et soeurs, puis par extension, le lien qui unit les êtres humains "en général", pas seulement ceux dotés d'une paire de testicules en état ou non de fonctionner. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité, nous précise par exemple la consternante "Déclaration Universelle des droits de l'homme", qu'on pourrait à tout le moins renommer "Déclaration Universelle des droits de la femme, de l'homme, et de tout autre genre imaginable, existant ou à venir". Sinon, à quoi bon.
Toujours sur la brêche, l'épatante Florence Montreynaud, jadis fondatrice des chiennes de garde, puis de la meute, signe cette fois pour le compte d'une association joliment nommée "encore féministes", un communiqué par emai, dont je reçois incidemment copie. Peu importe le sujet; arrivée au bout de son discours, la dame se fend d'une formule de politesse, étrangement tournée:
Adelphiquement*,
Réseau "Encore féministes !"
Maison des femmes, 163 rue de Charenton 75012 Paris -
Elle précise, car elle sait que j'Ignore tout, comme probablement 99,9% de ses destinataires, de cet adelphiquement dont ce crétin de Petit Larousse ne fait point mention, le con.
* Adelphiquement dérive de adelphité, mot qui désigne un sentiment entre fraternité et sororité. En français, sœur et frère proviennent de deux mots différents. Le mot adelphité est formé sur la racine grecque adelph- qui a donné les mots grecs signifiant sœur et frère.
Evidemment, adelphité n'existe pas non plus, pas plus qu'adelphiquement. Ou qu'adelphie, adelphique, adelphe.
Outre qu'on se tape allègrement, sur ce terrain du moins, de l'exemple des Grecs antiques (rappelons aussi qu'ils ne dédaignaient pas sodomiser les petits garçons de moins de 15 ans), cette volonté d'expurger une fois encore, par la bande, le mot fraternité, se révèle - une fois encore- une lubie d'obsessionnels gendarmes. Deux soeurs utérines constituent en effet, qu'on le veuille ou non, "une fratrie". Du moins, tant qu'une kapo du vocab' ne se sera pas penchée sur le dossier.
Néanmoins, tapant le mot dans google, je tombe effectivement sur quelques blogs d'hurluberlu-e-s qui se donnent de "l'adelphiquement" en veux-tu en voilà, prélude à la grande opération qui dans un avenir proche conduira à exiger qu'on grave aux frontons des édifices publics un "liberté, égalité, adelphité" qui, de par son petit cousinage sonore avec adolphitlere, choquera un peu sur le moment, mais vous verrez qu'on s'y fera très bien. C'est toujours comme ça, l'innovation. Au début, ça désarçonne. Ensuite, on ne peut plus s'en passer.
A toutes-et-tous-et aux-autres-aussi, j'adresse en ce mardi mes sentiments les plus adelphiques. Et vous invite à donner sa chance à ce nouveau néologisme innovant, qui apparait voué à un avenir radieux.











