J'apprends par la radio, ce matin, l'effroyable nouvelle. Un serial killer, du côté de l'Alsace, aurait trucidé en vingt ans 18 jeunes victimes, tous de sexe masculin, et nous dit-on, tous (ou presque) homosexuels. Il va sans dire que je compatis 18 fois à la douleur des proches des victimes qui en 20 ans n'ont pas encore pu commencer le travail de deuil, (ça c'est fait, 1 et 1 bis), et que je respecte évidemment la présomption d'innocence de ce vieil homme inculpé (ça c'est fait, 2).
Il reste que cette horrible succession de crimes, dès lors qu'il serait avéré que le coupable est bien celui sur qui se portent désormais les terribles soupçons (ça c'est fait, 3) soulève une série de questions quasi inédites, du fait de cette fameuse loi contre l'homophobie votée il y a quelques trois ans, et le fait que la nature homophobe d'un crime (donc a fortiori de 18) constitue bel et bien, au regard de la loi (qui s'impose à tous; donc à moi, ça c'est fait, 4) une circonstance "aggravante".
Première question: les Associations de défense des homosexuels vont ils monter au créneau et massivement se constituer partie civile, pour demander la qualification d'homophobie de ces crimes? On n'imagine pas qu'ils s'emparassent moins de cette terrible affaire que des âneries proférées par tel député, désigné à la vindicte et condamné en première instance comme en appel, pour des propos, qui au reste ne visaient personne en particulier (quoi qu'on pense par ailleurs de la pertinence des dits propos...)
Sauf que rien ne dit que c'est par HAINE de ces hommes que le serial killer en s'en prenait à eux, voire au contraire, comme risque de le démontrer l'enquête (voir troisième question).
Deuxième question: si ce gugusse avait zigouillé 18 hétérosexuels, en quoi sa série serait-elle moins horrible, terrible? ou pour le dire autrement, en quoi zigouiller 18 hétéros est-il moins grave (puisque l'inverse est PLUS grave)?
Troisième question: le présumé coupable est lui même homo, jadis travesti dans une boite en Allemagne, nous précisent même les médias. Cela pourrait dissuader les Associations de Défense de se constituer partie civile, et refuser d'invoquer l'infâme soupçon "aggravant" à son encontre. Ce qui démontrerait alors qu'il est moins grave de zigouiller 18 personnes quand on est homo, que quand on ne l'est pas.
Peut-être d'ailleurs pourraient elles, à l'inverse, plaider la souffrance, le mal-être, la douleur ontologique du coupable, d'abord victime de la société, rejeté pour sa différence... A moins que certaines défendent les uns, et d'autres l'autre? Et puis 1 crime passionnel... ou 18, ça se pourrait, aussi! Non?
....A moins! A moins qu'on admette à la fois l'un et l'autre: cet homme serait A LA FOIS homo ET homophobe. Schizophrène, en somme? Mais alors... la défense pourrait plaider la folie, l'irresponsabilité... et donc, acquittement garanti.
Que feront dans ce cas les Associations? Attaqueront elles la justice pour homophobie, pour avoir considéré l'homosexuel comme malade mental? Par quoi zigouiller un homo serait tantôt Aggravant... si on est hétéro... Tantôt atténuant, étant homo soi même.
A l'inverse, se satisfairont elles d'un jugement qui pourtant laisserait impunis tous ces crimes, empêchant alors les malheureuses familles des victimes de commencer ce travail de deuil sans quoi aucune affaire judiciaire ne peut proprement se refermer?
Evidemment, la réponse coule de source. C'est qu'un citoyen ne devrait pas être plus ou moins victime selon qu'il soit ceci ou cela. C'est qu'un crime n'est pas moins ou plus terrible selon qui l'a subi, mais bien selon les circonstances, les contextes.
Je continue de m'en demander pourquoi le législateur n'a pas suivi, en 2004, la recommandation de la CNCDH - commission nationale consultative des droits de l'homme- qui indiquait toute l'absurdité de ce type de loi.
Ou plutôt, je ne me le demande pas.
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