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07 février 2008

Cali m'héros de la résistance

On avait déjà Yannick, qui est à Bob Marley ce que Barbelivien est à Bob Dylan. Voici qu'une autre voix se lève. Courageuse et droite, elle défie de toute sa fougue la sombre nuit fasciste qui ce soir de mai 2007 s'abattit sur la France. Indomptable, bravant tous les dangers, elle lâche son texte qu'on n'hésitera pas à qualifier de dantesque. On frémit de tant d'audace. Sois Rebelle et tais-toi pas.

On songerait un instant à Victor Jara, qui se fit casser les doigts par les militaires chiliens, pour qu'il ne puisse plus jouer de sa guitare. Qui de lui se fut souvenu... s'il n'y avait ce soudain héritier, reprenant le flambeau.

A chacun son Santiago.

Poignant refrain, cinglant dans son dépouillement, ce seul mot lancé par trois fois, défiance et provocation à  l'encontre du Pouvoir immonde, qui n'a qu'à bien se tenir les côtes. Fixant droit dans ses yeux l'absolutisme triomphant, ne baissant point la garde devant l'infâme, le poète poète est débout, et l'on frémit de tant d'audace je me répète, je sais, mais les mots manquent au bout d'un moment.

Ca s'appelle Résistance.

6 Mai 2007 on est montés à bord de ce grand bateau noir
On regardait hagards, ils sont fous, on pleurait de chagrin
Alors que des pétards explosaient dans les rues
Leur fête insupportable et puis leurs feux de joie
Nous partions têtes basses digérer notre nuit,
Vomir notre dégoût

Et déja de partout bien rangés courraient les policiers
Leur petit chef debout au balcon de la honte
Et le peuple à sa botte
Lui remettait les clés, la mémoire est bien courte
Notre France est aux fers
Tous les Denis Robert n'ont qu'à bien se tenir,
N'ont qu'à bien se tenir

Il pouvait maintenant à sa guise égorger la liberté
La main-mise sur tout, le grand marionnettiste
Des journaux, des télés
En regardant le port s'éloigner dans le noir
J'ai serré fort mon fils, si triste de me voir si triste
Mais dans mes yeux je sais il a bien lu mon coeur

Résistance, résistance, résistance

Tout autour tout ces feux tous ces points de lumière
Ces milliers de bateaux
Je connais ce signal c'est celui de nos frères
Hissons haut le drapeau
Main dans la main nous allons revenir
L'heure n'est plus aux pleurs il faut organiser le venir
Et dans ces heures sombres repense à Charletty,
Repense à la lumière
A tous ces coeurs lancés ce murmure qui gronde,
Ne s'arrêtera plus
Dans ce nouveau maquis ne pas suivre à genoux
Ne jamais se soumettre et toujours résister droit debout,
Droit debout

Résistance, résistance, résistance
Résistance, résistance, résistance

Tu peux pleurer mon fils, oui mais pleurer pleurer de fierté
Nous allons revenir bien plus forts,
Bien plus forts que jamais

Repense à Charletty, Repense à la Lumière. L'allégorie royalienne.

Voyez, je trouve que ce n'est pas du tout vulgaire, en rien scandaleux, pas du tout incongru, de placer sur un même plan ceux qui tombèrent au petit matin, à Chateaubriand ou au Mont Valérien, et ses petits états d'âme de bobo socialo, tristounet d'une défaite amère. Ce n'est en rien insultant pour Jean Moulin torturé à mort, pour Moquet fauché à 17 ans, pour Manouchian et ceux de l'Affiche Rouge, pour tous ceux qui tombèrent au Plateau des Glières. Ca n'est pas du tout infamant, d'ainsi banaliser ce mot de  "résistance". Non, vraiment. Rien d'inélégant; pas de hors sujet. L'époque a les Aragon qu'elle mérite. Vous avez, nous avons Cali.

Les seuls mots qui me viennent sont vulgarité crasse, putassière indécence, pornographique détournement de l'Histoire à de basses fins mercantiles, méprisable amalgame sur fond d'imbécillité graveleuse.

Résistance mon cul, dirait Zazie; la vraie, - celle de Queneau. On eut la gauche caviar, on a la droite cassoulet chère à Roumanoff (une saucisse entourée de fayots). Mais voici la gauche Guevarra de Moquette,  qui prend ses délires pour des réalités, confond défaite électorale et nuit des longs couteaux, glâpissant si fort sa colère d'intermittent nanti, qu'elle finirait par se faire peur à elle-même, s'il n'y avait un Denisot, un Nagui, pour venir le consoler sous les sunlights, à la fin du morceau.

Entre ici, Cali, au Petit Panthéon de mon immense mépris, tu as bien mérité ta place. Qui donc saura t'en déloger?

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