Il est 1.12, et ça pète depuis des heures. J'ai failli me noyer dans une flaque à la porte Saint Cloud. De retour au bercail les vitres tremblaient grave de la mort, éclairs, tonnerre, donnaient à cette fin de soirée une allure de monde à la dérive, à vous en étouffer de taboulé toutes les hordes de voisins en folie, bien après leurs sinistres apéros.
Envie de laisser pointer "le mauvais fond". rancoeur. méchanceté. mesquinerie. perfidie. Tous leurs vins rosés tièdes, leurs taboulés rances, les pizzas crâmées sur les bords et les cakes aux olives immâchables, à vous étouffer le premier Saint venu... Tout ça détrempé par un orage géant, libérateur et misanthrope, à vous redonner confiance, sinon en l'humanité, du moins en une nature souveraine et raisonnable.
Mademoiselle Mauresmo n'a pas pu jouer son deuxième set sur le court Suzanne Langlen. Une journée qui vous pourrit à la fois Roland Garros et Immeubles en Fête est forcément à marquer d'une pierre blanche. Pas grave. Elle perdra demain; sinon jeudi prendra sa trempe, faut que ça continue.
Je hais mai. S'enquiller successivement le Festival de Cannes (où les héros cette année furent "ces élèves de collège" dont les plus jeunes semblaient avoir dix-huit ans, où chaque fille affichait des décolletés à 95D de moyenne, rarement constatés chez des élèves lambda de classes de quatrièmes); et puis "Roland". Il me semble que je mourrai un mois de mai, et qu'en fond sonore j'entendrai le commentaire asthmatique du type de la 2, et la voix du speaker annonçant 0-40. Jeu blanc. Fin de partie.
Et la fête des voisins sponsorisée par l'argent public. Elle signe chez nous le nouveau pouvoir des gardiennes d'immeubles, rebaptisées "agentes d'ambiance communautaires", ou quelque chose d'approchant. Elles animent, désormais. Elles "créent du lien social". Elles donnent du "sens" à leur emploi. En font une mission. J'en connais une, dans le quartier, qui se vante d'aller débusquer les récalcitrants jusque chez eux, allez, pas d'histoire, venez donc prendre un verre. La dame de mon immeuble est jeune, sympa, professionnelle, serviable, souriante. Une bénédiction. Voilà une semaine que je frôle les murs et me fais discret. Pourquoi a-t-il fallu qu'elle aussi se mèle de "raffermir les relations entre personnes"?
Les uns m'empestent le week end à coups de merguez. Les autres me sabotent le samedi avec des musiques à la con qui s'éternisent "jusqu'au bout de la nuit", avec des oh o-oh oh-ho-ho, de fins de mitemps. La dernière hypocrisie de ces malfaisants, consiste à afficher une note dans l'ascenseur, confirmant leur volonté de cracher de la compile disco jusqu'à pas d'heure et à une puissance défiant l'entendement. Mais ils s'excusent par avance du bruit qu'ils pourraient causer, ce qui est à la fois une faute de goût et de français (je me fous qu'ils S'EXCUSENT eux-mêmes!) d'un faux cuisme achevé (cet emploi du conditionnel, comme si éventuellement pouvait s'évoquer l'hypothèse d'une partie de scrabble géant, d'une partouze adelphique sans arrière fond musical, d'un concours de tables tournantes, ou tout autre amusement respectant la quiétude des gens du 4ème). Enfin, pour couronner le tout, ils ajoutent (celà depuis peu, z'ont du trouver le truc sur quelque site communautaire boboiste) "si vous ne pouvez pas dormir, venez donc chez nous boire un verre!". Mais précisément! je ne vois qu'une perspective plus détestable que devoir supporter leurs gouts musicaux de chiottes: aller boire un verre "chez ces gens-là". Plutôt crever d'inanition.
Il faudrait des orages tout mai. Que le déluge submerge tout et tous, quarante jours et quarante nuits. J'étais ce soir de méchante humeur, à l'issue d'une journée où je partis cinq fois en vol plané dans la rue à cause d'une paire de pompes mal équipée pour la pluie. 01.46. Je vais me coucher. Tout à l'heure à dix heures, pour ne rien vous cacher je suis interviewé par un magazine sur le thème : les blogs ont changé leur vie. Pourvu que je sois mieux tourné à l'heure de lui parler. Est-ce que ma vie va changer mon blog, c'est plutôt ça que j'aimerais savoir. Mais c'est sans doute trop demander. D'ailleurs, ai-je encore une vie?











