Les 6 morts de Pascal Sevran
Pascal Sevran, cette fois ça y est. On nous assure qu'après la fausse nouvelle de sa disparition, annoncée sur Europe 1 sans vérification voici quelques semaines, il a succombé, pour de bon, à son cancer au poumon. Ce privilège, mourir deux fois, pourrait suffire à son bonheur posthume. Mais, - et je pense qu'il le savait, c'était un homme à qui on ne la faisait pas-, Sevran était déjà mort tant de fois de son vivant...
Il y eut la mort lente de ses émissions, où il tentait de faire survivre une chanson populaire écrite, genre suranné des temps anciens, ce qui l'avait irrémédiablement catalogué ringard aux yeux des petits marquis de la téloche et des médias. Et parmi les rares qui affirmaient les apprécier quand même, combien laissaient entendre que c'était au "second degré"; pour le côté kitsch, décalé. Les émissions de Sevran était ce musée sonore où le téléspectateur passe cinq minutes, vérifier que le passé d'avant l'Herr Modern, d'avant l'éternel présent, est bel et bien noyé dans le formol.
Il y eut la mort du Mitterandolâtre, qui s'étant appliqué à gravir chaque année la Roche de Solutré, (si ma mémoire ne me trahit pas, c'était aux week-ends de Pentecôte; et comment ne pas voir comme symbole qu'il soit passé la veille de ce week-end là, précisément) avait fini par préférer soutenir un Sarkozy, plutôt que d'adouber Royal comme on l'eut attendu d'un "fidèle". S'y lisait alors sa lucidité, mais aussi ce pathétique besoin de 's'exprimer" ENCORE, de DIRE son choix dont tout le monde se contrefichait. Cet acharnement à ne pas accepter de se taire et rejoindre pour de bon le passé... Cruel sursaut d'agonie d'un grognard déjà mort, mais qui ne le sait pas.
Il y eut la mort du pamphlétaire, honnis, vilipendé pour quelques dérapages, comme il convient de dire. Hier, sur un site où l'on annonçait sa disparition, il fallait qu'on replace, en bonne place, cette provocation sur l'Afrique où les ravages de la faim étaient aussi la conséquence d'une absence totale de gestion de la démographie. Il avait résumé le problème d'une formule lapidaire sur la bite des noirs (qui en fait dit-on rêver plus d'une et d'un, mais pour d'autres raisons). Elle lui avait valu les foudres de tous les Kapos Korekts. Et s'il avait réagi de quelques mots « J'écris et je dis ce que je veux. Me considérer comme un néo-nazi est une belle connerie », c'était montrer que sa rodomontade ne valait rien, face à l'armada des rectificateurs, des rééducateurs, des redresseurs de mots; pas plus que le dernier que lance comme un défi un fusillé, juste avant que le mot "Feu" l'envoie ad patres. Plus personne n'écrit et ne dit ce qu'il veut, Sevran! Faudrait se réveiller, mon vieux, et mourir pour de bon!
On trouve aussi sur quelque site, un court extrait de "débat" face à Alonso. C'est ici l'homme qui s'agite, exprime son dépit, sa hargne, et sa haine du spectacle des femmes en treillis militaires, mitraillette au cul, et cette obligation d'y voir un symbole de l'égalité (imbécile) entre les sexes. J'aurais pu prononcer ses mots-là sans en retirer un seul. Je l'avais déjà écrit ici. Le suc était là dans le non-dit: ce regard effaré, en contre champ, de la Kaporal Chef. Elle ne disait rien. On entendait juste penser ses yeux écarquillés : " il ose encore dire cela? Et devant moi? Il ne rampe pas encore? Je n'ai pas encore réussi à le faire taire "? Oui, la langue gigotait encore, et le moribond renâclait à la boucler.
Mais elle n'avait même plus besoin de venir lui répondre sur le fond. Puisqu'il n'y a plus de fond.C'était le toréador debout devant la bête à genoux. Et ces dernières phrases de bon sens n'avait pas plus de sens ou de portée que le souffle ultime du vieux taureau, ou du vieux con, qui enfin débarassent l'arêne ou le plancher. Il suffirait d'être patient.
C'est fait. Sevran a fait place nette. Petite consolation, Sevran: il est rare qu'un seul homme sache mourir (au moins) six fois.




















El Kabbach aurait un peu d'humour* il aurait dû dire "nous étions les premiers à Europe 1 à avoir annoncé la disparition de Pascal Sevran..."
Cela dit le monsieur se considérait de gauche parce qu'il gravitait dans le sillage de Mitterand.
Pourquoi ne lui a-t-on jamais dit que Mitterand n'a jamais été de gauche?
(*et un peu de culture à cause que c'est précisemment ce qu'avait fait je ne sais plus quel rédac' chef qui avait annoncé la mort de Mark Twain plus d'un an avant la date fatidique. Ce dernier avait envoyé d'ailleurs au journal un démenti qui tenait en quelques mots : "l'annonce de ma mort est très prématurée".
Je désespère retrouver des talentueux(l'écrivain ET le rédac' chef en question) de ce calibre un jour...)
Rédigé par: Gilles | le 10 mai 2008 à 15:38
J'adore cette note. La bise mec ;-)
Rédigé par: Vinvin | le 10 mai 2008 à 16:31
On n'a pas deux morts, mais on ne peut pas en éviter une.
Rédigé par: cruella | le 11 mai 2008 à 22:20