Il y a cet assassinat d'un enfant. Atroce. Horrible. Insupportable, forcément, pour les parents, la famille. Leur douleur. La vie qui bascule.
Mais il y a aussi tout ce qui entoure inévitablement chacun de ces actes criminels. Leur mise en scène, leur médiatisation. Une famille qui perd son enfant d'un cancer, ou d'un accident de vélo, on respecte sa douleur, sa peine. Mais si à la cruauté de la disparition s'ajoute l'horreur et l'incompréhension de l'acte violent, sa barbarie, doit s'y surajouter encore la captation de cette mort par la "communauté".
L'ouverture du 20 heures avec notre envoyé spécial sur place. Les photos du garçonnet, onze ans, adoré de tous, ici. Ou le récit de la découverte du corps atrocement mutilé. La macabre découverte par les gendarmes. Le village sous le choc (peut-être qu'il espère secrètement, le village, le début d'une affaire façon Grégory, qui rameuterait tous les journaleux de la place pour deux trois ans, ce qui ferait tourner le chiffre d'affaire, mais on peut pas le dire. On est sous le choc).
Tous ces poncifs de mort venus danser leur pauvre farandole à 20h02, heure du saucisson.
Et puis l'inévitable marche blanche. Tous ces braves gens dont on se demande bien ce qu'ils viennent faire là. Témoigner leur solidarité? Pleurer ensemble, version soft des bruyantes pleureuses du maghreb? Espérer choper une minute d'antenne pour y aller de la larmichette convenue? Les roses blanches déposées en silence au pied de la photo du gamin. Ce cérémonial datant de l'affaire Dutroux, reproduit à l'identique, chaque fois. Rituel qui pour le coup semble sans autre objet que dire "c'est notre tour à nous de le faire"; et "on est bien triste pour vous... [off: mais putain... on préfère quand même pour vous que pour nous].
Marches silencieuses, de création relativement récente, qui n'apparaissent au fond rien d'autre qu'un pénible avatar de l'omniprésente télé-réalité: être acteur du drame un peu quand même, du simple fait que ça se soit passé près de chez vous. Je suis l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu le père de la malheureuse victime.
L'interview de la mère du suspect-meurtrier-désigné-coupable, aussi. Plongée dans le quart monde. Bienvenue chez les Chtis, côté trash. N'ajopute rien au dossier, sinon la petite touche sordide qui vous dégoutera un peu plus de tout ce qui est peu ou prou "marginal", "hors du troupeau". Des gueules à faire peur. Le côté obscur de la France.
Et puis, sans transition, la sémillante, pimpante, époustouflante, virevoltante. Rachida. Une performance à elle toute seule. Ministre de la Justice. Garde des Sceaux, elle parvient en une déclaration -une seule- à faire tout à la fois fi de:
- la notion même de procédure judiciaire: dans l'affaire Valentin, d'une phrase elle règle le dossier... Expéditif? Supersonique, vu qu'elle oublie en vrac:
- la présomption d'innocence (elle déclare avant toute expertise que les preuves trouvées sont accablantes).
- l'indépendance et l'image de la justice (elle a donné des instructions pour que le juge fasse son travail. D'habitude quand elle n'en donne pas, il se tourne les pouces?)
- la souveraineté du jury populaire (avant tout procès elle fixe elle-même la barre: perpète, et 30 ans de sureté. Généralisée, la technique, c'est certain, désengorgerait les tribunaux.
- la question de la "responsabilité pénale". Apparemment l'assassin est un illuminé "sur terre en mission divine".
Tout cela ne l'a pas troublée, l'hagarde des sots.
A quelques pas de là, tandis que journalistes, ministres, voisins de palier, s'agitent pour et par les caméras, l'infinie solitude, les larmes des parents... dont on se demande si l'enfant qu'ils pleurent est encore tout à fait le leur.












