J'entendais hier matin un responsable de la majorité (m'a semblé reconnaitre le camarade Xavier Bertrand, mais je n'en jurerais pas) expliquer qu'il fallait continuer de commémorer le 11 novembre, quand bien même nous n'avons plus d'ancien poilu à féliciter. Car affirmait-il, et doctement, nos soldats étaient morts dans la Grande Guerre pour défendre nos valeurs.
Encore une de ces réécritures de l'Histoire dont le révisionnisme officiel est friand, dès lors qu'il lui permet de nous entourlouper profond sur fond d'humanisme universel à pas cher.
Outre que le ministre oubliait de nous préciser quelles seraient précisément ces "nos valeurs", je parie mes casque et baïonnette qu'aucun Poilu mort au front, qu'aucun des survivants dont certains finirent centenaires, entendît jamais parler de valeurs à défendre, concept éminément post-moderne nourri par cette grande vague "éthique" qui amuse le devant de la scène depuis quinze années grand maximum. C'est clairement au milieu des nineties que le Centre de Communication Avancée notait l'arrivée de cette nouvelle dimension segmantante, promise -hélas- à un avenir radieux sur la planète nian nian.
Oser que les Poilus se battaient pour défendre nos valeurs, sonne aussi pertinent que voir en Montaigne et La Boétie des militants de la lutte contre l'homophobie; d'affirmer que Jeanne d'Arc était anti-impérialiste; que Marie-Madeleine revendiquait la libération sexuelle des femmes; qu'Eve se battait au quotidien pour un meilleur partage des tâches ménagères.
Relire alors avec jubilation les citations suivantes, extraites du vertigineux Dictionnaire de la Bêtise de Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière. Au mot "boche".
Nos soldats, dans leur rude et clair bon sens, ont créé, pour désigner les Teutons, les quolibets de Têtes carrées ou Têtes de Boches, exprimant bien par là l'impossibilité d'une idée commune ou d'une entente possible avec les hommes dont les cerveaux sont faits si différemment des nôtres. Tête de Boche! Ca dit tout.
Tuer du Boche, battre le Boche, nettoyer la tranchée à la grenade, au couteau, au revolver, cela vaut la peine, et la peine de mourir. L'idéal national rayonne dans les âmes.
J'ai toujours prédit que les Boches en arriveraient à l'anthropophagie. Ils n'en sont encore qu'à manger du cochon qui a mangé de l'homme. Mais ils y viendront, vous verrez...
Il n'y a pas de citoyens et des militaires en Allemagne. Il n'y a que des Boches.
Défendre nos valeurs, qu'il disait... Bon défilé!
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