J'ai voulu écrire une note, et je me suis censuré. Ca m'arrive parfois. C'est la pire des limites à l'exercice de blogging. Parfois je pense pouvoir aborder tel sujet en exprimant vraiment ce que je pense... J'espère alors qu'il suffira de mettre les bons mots aux bons endroits, pour que les gens comprennent ce que j'ai voulu exprimer. Et me relisant, je me rends compte que... ça ne marchera pas... Que nous sommes entrés dans une telle police de la pensée et de l'expression qu'on ne peut même plus prendre le risque d'être mal compris... Chacun est son propre flic.
Je me souviens de mon rédacteur en chef de la rubrique culture, du temps que je pigeais la rubrique rock de l'hebdo Politis. Je ne me retrouvais pas dans la ligne du canard, mais j'interviewais des groupes, et en attendant plus prestigieux comme je m'imaginais un avenir là-dedans, ça m'allait plutôt bien. Jacques Bertin tenait donc cette rubrique, étant par ailleurs ce chanteur poète plutôt ardu d'accès, bourru de tempérament, mais qui me réserva un accueil plutôt bienveillant. Ce dont je le remercie, rétrospectivement. Il quitta Politis après une tribune libre qu'on lui reprocha, parce qu'il avait évoqué de façon prétendument "incorrecte" l'évolution du quartier de Chateau Rouge où si je me souviens bien il habitait. Il y a des "tribunes libres" qui ne le sont qu'à condition de produire du consensus ou du prépensé. Reste à Politis, Bernard Langlois qui fut jadis présentateur du journal TV, et se fit renvoyer pour avoir ironisé à la mort d'une Princesse de Monaco.
Sur le web, on croise Langlois défendant le temps d'une tribune le très mal vu Eric Zemmour, qui cummule les désavantages comme d'autres roulent les mécaniques. Il a déjà cette vraie tête de fouine, du genre qu'on soupçonnerait de balancer en douce ses copains au surgé, ou de jouer les faux témoins contre un bon point. Une manière de délit de faciès pour ceux qui d'habitude en dénoncent le principe... C'est que Zemmour se déclare volontiers "de droite", ce qui est l'indécence même, et va jusqu'à préciser "réactionnaire", qui sonne presque comme une vantardise (mais en connaissant la saveur, je ne lui jette pas la pierre). Il renchérit pour moquer les féministes (il a pondu sur le sujet un petit pamphlet plutôt bien tourné, plus subtil, même si moins jubiliatoire, que celui de Soral du temps que celui-là n'avait pas encore rejoint le côté obscur de l'atroce.
Et donc Zemmour s'aventura voici quelques temps à revendiquer le droit de parler du mot "races", pour distinguer les individus, ce qui aussitôt fit frissonner la majorité pas du tout silencieuse, prompte à proposer qu'on le vire aussitôt du service public où il pige en sortant du Figaro. Car parler de "races" est nécessairement assimilable à du racisme. Et Langlois, (de Politis, vous suivez?) de se faire aussitôt tancer sur le sitedu journal; pour oser prendre la défense "de quelqu'un qui par ailleurs n'est pas [sa] tasse de thé".
La manière qu'ont ces gens de jouer au débat d'idées en clouant l'opposant au pilori pour non conformité est devenue pour moi la source d'une colère inépuisable. Comme hier, lorsque tel hiérarque socialiste en dénonce un autre pour "dérapages" intolérables. Il y a dans ce mot de dérapages tout ce que j'exècre, merci Libération, inventeur du mot pour désigner tout propos non conforme à la bienséance telle que l'entend le journal Libération. Ce mot de dérapage suppose perte de contrôle, de sa trajectoire, de son volant, de sa pensée... Il insinue qu'on ne se maîtrise plus soi-même, déniant à autrui le fait même de penser ce qu'il pense "en conscience"... quand bien même on ne serait pas d'accord. Ce mot de "dérapage" emporte avec lui toute la suffisance de ceux qui convaincus d'avoir raison, dénient à tout autre de penser différemment d'eux, fût-ce au nom du Bien en Marche. SURTOUT au nom du Bien en Marche.
C'est à cause de ceux là que je me suis ce matin censuré. Ce n'est pas grave, mais c'est assez énervant, au bout du compte.













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