Depuis qu'il a moqué DSK sur le thème "toutes aux abris, le priapique du FMI est dans la place", et depuis que Jean-Michel Aphatie, en bon Savonarole des studios, a souligné le manque terrible de talent caché derrière l'apparente insolence du trublion de France Inter, le débat fait rage. Les uns portent Stéphane Guillon aux nues, les autres remarquent la relative facilité des facéties auxquelles il s'adonne. On en cause par exemple chez mon pote Mry. Vous voulez mon point de vue? Non? Vous l'aurez quand même.
Stéphane Guillon part d'un constat plutôt évident, mis en rime il y a quatre ou cinq ans par l'ex-inconnu Didier Bourdon: on peut plus rien dire! Je m'use aussi à le mettre en évidence sur ce blog. Mais Bourdon est connu, Guillon une star, et moi ni l'un ni l'autre. Le journaliste américain Ted Stanger, dans un livre récent, se plaisait à remarquer que si les américains ont inventé le politiquement correct, ce sont les français qui ont déposé le brevet. Et j'ajouterai, qui en ont poussé la logique jusqu'à un point d'absurde et de schizophrénie impensable il y a vingt cinq ans, quand triomphaient sur les scènes Coluche, Desproges, et Le Luron, morts tous trois dans des délais rapprochés., et jamais remplacés par la suite, sinon par des ersatz, des succédanés. Vous reprendrez bien un Canada Dry, voilà pour le contexte.
Ma grande déception dans ce domaine, je l'ai déjà dit ici, demeure Patrick Timsit, qui promettait beaucoup, mais fut le premier je crois à céder à cette injonction qui allait devenir pandémie: la repentance, l'excuse publique. Ayant lâché dans un sketch que chez le mongolien, c'est comme dans la crevette, tout est bon sauf la tête, il se vit attaqué par des associations qui exigeaient, -et obtinrent-, un acte de contrition symbolique. Au lieu de les envoyer gentiment et poliment promener, ou de d'attendre les attendus de La Cour, Timsit céda, s'excusa, renonçant à sa liberté d'expression contre un plat de langoustines. Malgré toute l'amitié que j'ai pour les parents de trisomiques (mon père en fit un, dans son second mariage, qui eut donc été mon demi-frère s'il avait survécu) je regrette, déplore, et condamne mordicus ce renoncement à l'impertinence, au droit de l'humoriste à dépasser les bornes du bon goût. Timsit donna le bon exemple, c'est à dire le mauvais. Et qu'on ne vienne pas me citer Dieudonné remettant un prix d'insolence à Faurisson le négationniste, dans une salle parait-il bondée, pour arguer qu'on ne peut pas tout accepter. Il y a longtemps que M. M'balaM'bala a déserté les terrains de l'humour (et de l'honneur?) pour investir celui d'un genre particulier de politique. Rien à voir.
Ayant identifé qu'existe un terreau en jachère depuis vingt ans, Guillon fait mine de le cultiver. En live, sur Canal+, et désormais sur Inter. Le fait qu'il a capté le "marché" n'implique pas qu'il est légitime dans l'application du cahier des charges. En dehors de lui s'entend certes un vide abyssal. On a droit de garder sa capacité d'écoute.
Il me semble que ce type joue "facile". Partant d'une idée qui semble plaisante, il se contente du premier jet. En faux modeste, il prétend qu'il lui faut une journée pour écrire une chronique: u'il est un "laborieux". Je n'emploierais pas ce mot. Laborieux vient de labor qui signifie travail. Et précisément, ses saillies ne sont guère travaillées. Ce qu'il refile à ses ouailles n'est le plus souvent qu'un brouillon de bonnes intentions, qui n'ont jamais ni la perfidie d'un Le Luron, ni la finesse d'un Desproges, et pas davantage la fulgurance d'un Coluche. Ses ficelles ont l'épaisseur d'une corde à noeuds, la subtilité de ses attaques rappelle un panzer dans une impasse à sens unique. Et on dit de Jean Marie Bigard?! Et on tacle les Grosses Têtes?
Parce qu''il s'est récemment attaqué à Aphatie, qui l'avait également épinglé sur ce registre, on tente sur internet de faire de Guillon un authentique incontrolable, qui dérangerait les puissants. On en profite pour redorer le blason d'une radio de service public qui en l'occurence, ne me parait guère exigeante sur la diffusion du produit fini.
Pour moi, ce garçon se disqualifia certain jour où je le vis sur Canal +, dans le show de Stéphane Bern. Il y avait mission d'assassiner l'invité, sans que celui-ci eût jamais le moindre droit de réponse, ça évitait tout dérapage et ne laissait à la cible du jour qu'une pauvre alternative: rire (jaune) et encaisser sans mot dire... ou protester et passer pour un con. Jusqu'à ce jour où le chanteur Vincent Delerm inventa une troisième voie. Rien que pour cela, je lui garde un soupçon de sympathie, quand bien même ses chansons m'ennuient plus que la mort. Delerm déplia l'Equipe et se mit à lire en silence la rubrique football, désarçonnant illico le Guillon qui s'attendait à tout sauf à cette parade. C'est dans ce genre d'imprévu que se révèle l'étendue du talent. Coluche eut sans nul doute retourné la situation à son avantage, lachant son texte pour une impro dont on se fût souvenue. Guillon se contenta de pleurnicher que ce n'était pas bien, cette attitude. Qu'on ne respectait pas son "travail". Habitué qu'il était à tirer les cheveux des plus petits dans la cour, il s'étonnait soudain de prendre une claque inattendue sur son derrière. Et s'en trouvait tout désarmé, le chéri.
Telle est la vraie nature de Stéphane Guillon. Ni vraiment méchant, ni vraiment talentueux. Un ersatz, je vous dis. Dans la société globalement korekt que vous vous habituez à construire, Guillon tient le rôle confortable de l'alibi, il est le grand méchant loup du conte qui en vrai ne dérange personne. Hors DSK. Que j'aurais cru c'est vrai un peu plus mâdré. On me dira que la chronique incriminée a donc au moins permis de faire tomber ce masque. C'est se contenter de bien peu, la crise décidément frappe partout.














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