25 août 2008

En route pour la 5ème...

Aujourd'hui, 25 Août de l'an de grâce 2004, je me lance dans l'aventure du blog.. Ou tout cela nous menera-t-il, je ne le sais ni, mais ça a l'air rigolo.

Ca commençait comme cela, il y a 4 ans. Depuis? 4 années de blablas, râleries, rires, déballages plus ou moins judicieux de mes états d'âmes...

Plein de gens que je ne connaissais pas sont devenus des potes.. Je ferais bien la liste, envoyer une bise à chaque, mais j'en oublierais en route. Rencontres, complicités, confidences... déceptions, fortes, parfois. Mais finalement pas si nombreuses, au regard des satisfactions. Et les liens maintenus avec des amis chers, mais lointains.

Du travail, aussi. Cet intérêt pour le phénomène internet qui jusqu'alors ne m'avait pas titillé plus que cela... Même si les usages logiciels me passent parfois (souvent) au-dessus de la tête, j'ai heureusement quelques consiglieri pour ne pas me sentir totalement largué. Des opportunités se sont présentées, d'autres ne se sont pas concrétisées. Sentiment d'être au milieu du gué. Putain de vie d'indépendant.

Au bout du compte, plus de positif que de négatif, assurément. Juste l'inquiétude de ressasser toujours les mêmes colères, tourner en rond, confondre "ratiocination" et "radotage".

Un souhait? Que l'égo n'ait pas gonflé comme ceux de certains de mes congénères, dont je crains parfois qu'ils se prennent vraiment pour ce que les médias disent qu'ils sont...

Une frustration? N'avoir pas su passer de cette écriture quotidienne, salutaire, plaisante pour ceux qui reviennent, à quelque chose de plus... abouti... construit... littéraire... Sans doute  bloguer m'a-t-il révélé cette distance, bien réelle, qui existe entre écriture impulsive (compulsive?) et véritable travail d'élaboration artistique. Ayant pris conscience d'un petit "talent", je touche, en même temps, une limite personnelle bien réelle: oser.

Mais c'est bien. J'arrive à un âge où la pire des choses serait se mentir à soi-même. Et ça, au moins, je peux dire comme pour la cigarette il y a bientôt 20 ans: non merci, j'ai arrêté.

Pour le blog? Oui, merci, je continue.. Et je continue chez Typepad, où Anna m'a très gentiment reçu sur le blog de la Communauté, lors d'une interview en ligne ce matin, ce qui ne peut, évidemment, que m'encourager à continuer...

24 août 2008

Une olympiade de ratiocination

C'était une de mes TOUTES PREMIERES notes, il ya pile poil 4 ans, puisque nous allons (demain, je crois) fêter mon 4 anniversaire de blogueur, soit une olympiade, - qui n'est pas la durée de la fête olympique, mais le temps qui s'écoule entre deux, - entrer dans ma cinquième année de ratiocination quotidienne. J'aime bien cette note qui garde probablement (je ne suis pas allé vérifier en live) toute sa désespérante actualité. Et parce que c'était la première où je dessinais les contours de ce qu'allait devenir ce défouloir...

Patrick Montel!!!

Ce n'est pas qu'il soit incompétent, le journaliste de France 2 qui commente l'athlétisme. Ni qu'il manque de passion, là pas de danger, frôlerait plutôt l'infractus du myocarpe à chaque quart de finale. Non, c'est juste que Patrick, il est déséspérément GENTIL. Commentaires? Sermons sur la montagne, oui. Pas une athlète africaine dont il oubliera de nous rappeler "que ça n'a pas été facile pour elle tous les jours" et qu'on est "tous incroyablement contents pour elle", ce qui n'est sans doute pas toujours vrai. Aucune course handisport où il ne se privera d'appuyer que "ce sont bel et bien des sportifs comme les autres", ce qui va sans dire mais mieux encore en nous le ressassant. Pas un échec français qui ne deviendra aussitôt dans sa bouche "la cruelle désillusion qui frappe tous les amoureux de l'athlétisme". Et puis Hicham, Christine... cette manie d'appeler les sportifs par leur prénom, je suis désolé, ça m'exaspère.
Montel c'est un Thierry Roland qui serait soudain converti au politiquement correct. Avec lui je ne regarde plus les jeux olympiques, j'ai l'impression de racheter mes péchés de la semaine, de faire ma Bonne Action sous la houlette de Frère Sourire...

4 ans plus tard, je n'ai pas fait ma bonne action, Montel est toujours là, mais voyez comme on gagne en sérénité, je lui ai fermé pour de bon son clapet nian nian, et m'en suis beaucoup mieux porté. Le silence comme source d'inspiration, pour l'avenir de ce blog?

29 juillet 2008

La femme du patron

A peine me voilà revenu de notre petit périple américain, je me demande de quoi s'alimentera mon blog dans les jours à venir, août étant le mois des fréquentations désespérément basses, et j'ai beau n'être point narcissique au-delà du nécessaire, écrire pour n'être lu par personne vous a un petit côté désolant.

Les 10, 20 et 30 août, arriveront ici les 6, 7, et 8 eme séries du blind test. Il y aura eu auparavant celle de demain matin.

Pour le reste? je vais sans doute préparer la rentrée, et pour l'heure, me réaclimater à la belle et noble actualité française, dominée me dit-on chez Grincheux Grave, par la pub faite en sortie de conseil des ministres à celle du récent album de la "première dame de france".

A New-York, buvant un verre avec deux charmantes dames avec qui je travaille, me revient la question posée: what do you think of Carla...?

Jésuite en diable (répond à une question par une autre, toujours du temps de gagné), je demande "laquelle"?

La top model? la "premiere dame de France"? La "chanteuse"? Aucune de ces trois là ne me chagrine vraiment, en réalité. La conjonction des trois en une a pour le coup quelque chose d'indécent, quand bien même on viendra m'opposer qu'elle n'a pas à mettre sa carrière en péril du fait des responsabilités de son époux selon de vieux principes machistes ou sexistes. Ce côté donnez moi six pages de promo pour mon nouveau disque, ne donne pas l'image d'une indépendance acharnée des médias. Voilà que les ministres eux memes y vont de leur coup de pouce.

Vive la France, où les employés pas du tout cire-pompes s'ébaubissent aux chansonnettes de la femme du patron...

29 juin 2008

Avec tout ça j'ai raté la gaypride...

... Qui d'ailleurs s'appelle désormais "marche des fiertés", et le franglais y perd ce qu'y gagne la diversité: il n'y a plus désormais une mais des raisons de marcher fièrement chaque dernier samedi de juin. On pourrait évidemment estimer que si tout le monde a sa petite raison d'être fier, il ne sert plus à rien de vouloir l'affirmer. C'est pêcher par excès de rationalisation; d'autant qu'existe au moins une VRAIE raison de ne pas être fier du tout.

DrapeaunbJe voudrais alors participer, au moins une fois, à "la marche des hontes", où défileraient toutes celles et tous ceux qu'une sexualité morne et sans attrait, désespérément hétérosexuelle et soumise au diktat passéiste de la stricte position du missionnaire, rendraient piteux et sots au point d'en exciper, devant les masses de ricanants alternatifs. On se tiendrait sur le chemin de la manif, pour assister goguenards au triste défilé. On y accablerait les plus laids, les plus austères, de quolibets grinçants. Les défilants honteux, têtes basses, iraient vêtus de gris et de marrons fadasses. Sur le chemin on nous lancerait capotes, poppers, sextoys idiots en forme de jouets d'enfants pour le bain, strings et abonnements à des revues libertines, manière de nous apprendre un peu la vie. Nous n'en aurions cure. Dans un silence de plomb, notre pénible et lancinant convoi de chars moroses relierait nation à république; le parti socialiste n'y enverrait aucun éléphant; aucune télé ne daignerait filmer les participants revêches au fil du pénible trajet.

On me dira qu'un tel défilé existe depuis des décennies, qui renvoie vers la Pentecôte, les catholiques les plus traditionnalistes jusqu'à la Cathédrale de Chartres. Un tel raccourci relève de l'amalgame. On peut j'espère aspirer à une sexualité morne et sans attraits dans un parfait respect des règles de laïcité, dont les tenants sont souvent, eux-mêmes, mornes et sans attraits, costumes de velours avachis, pipes d'écume et barbes grises d'instituteurs jules ferryens, et allez donc à un congrès de la Libre Pensée, vous serez saisis par l'audace des looks.

D'autres estiment que l'hétéropride a lieu chaque année sur les Champs-Zé au matin du 14 juillet, avec chars d'assauts, rangers clinquantes et Marseillaise à fond la caisse. Une telle assertion est multiplement crétine, émanant de liberés eux mêmes (homos, gays, bis, trans, et assimilés). Car elle tendrait à dénier qu'on pût être à la fois général de brigade et adepte de "la jaquette flottante" comme on disait jadis. Or le temps n'est plus, où un Maréchal Lyautey devait taire ses préférences. Clémenceau avait à sa mort dit de lui, "il avait des couilles au cul, même si le plus souvent ce n'étaient pas les siennes". Aujourd'hui, plus héros que jamais, on l'inviterait chez Ruquier, on l'applaudirait chez Fogiel. Qui sera le Lyautey d'aujourd'hui?? Et puis! cette assimilation hative militaire/hétéro fait de surcroît l'impasse sur le rôle éminemment érotique qu'on accorde ici et là au prestige des uniformes, légionnaire, parachutiste, y compris dans des revues qu'il m'arrive de feuilleter, histoire "d'en finir avec l'homophobie par une politique de prévention musclée" (lu ce dimanche dans la presse).

Reste que ce monde tant attendu où l'hétéro aura droit à "sa journée dans l'année" n'est pas encore arrivé. Raison de plus pour accélérer ce qui doit l'être. Un lecteur ami m'envoie cette info : s'est tenu à Lyon, le 12 juin dernier, une conférence animée par Brigitte Rollet et intitulée : Quelle-s alternative-s à l’hétérosexualité dans le cinéma français ?

La pertinence d'une telle question n'échappe à personne, en tous pas à moi. L'intitulé lui-même laisse en revanche à désirer, vu qu'en toutes choses il peut, en bon français, y avoir "plusieurs solutions"; mais jamais plus qu'UNE alternative (comme dans l'expression c'est l'un OU l'autre).

J'avais cru comprendre que tout bon film français devait inclure dans le scénar son personnage gay permettant de coller aux exigences de l'air du temps. J'espère que le moment venu, lorsque "les alternatives" à l'hétérosexualité auront triomphé dans le 7ème art hexagonal, on laissera dans les histoires modernes une plaçounette à l'hétéro de service. Ce sera une façon d'assurer une fin de vie digne à quelques Jean-Marie Bigard que le temps n'aura pas encore éradiqués.

23 juin 2008

On a les rêves qu'on peut

Un jour sans "leur" musique
un jour sans voisins
un jour sans blabla
un jour sans rien
un jour sans paroles
un jour sans fausse promesse
un jour sans radio ni info
un jour sans foot
un jour, s'en foutre
un jour, partir
un jour, ne pas revenir
un jour, ne pas en revenir,
un jour, briser le mur de gauche, et celui de droite,
un jour, faire exploser le mur d'en face aussi
un jour, une batte de baseball
un jour, pour se la jouer joe pesci.
un jour c'est tout pour aujourd'hui.

on ne gagne pas tous les jours au casino.

17 juin 2008

Bonnes fêtes, mossieur Resse (on n'est jamais si bien servi...)

Avant-hier, c'était la fête des Pères. Ma fille a passé l'âge des pyrogravures et super cadres en coquillettes vernies, j'ai eu un polar d'une série que j'aime bien. Le Commissaire Marcas a cette particularité qu'en dehors des heures de service, il passe ses soirées au Grand Orient De France où il est adhérent. Evidemment, ses enquêtes le conduisent immanquablement sur la piste de réseaux ésotériques clandestins. Le 4ème tome "La croix des assassins" vient de sortir, et si ça ne fait pas un noeud au cerveau, ces histoires signées Giacometti (journaliste, pas franc maçon) et Ravenne (membre du GO) sont toujours bien ficelées.

J'ai profité du jour de fête pour appeler mon père à moi. Il vit donc désormais dans un noir total. A 500 kilomètres. Il était content qu'on se parle. Il a perdu tout espoir de recouvrer la vue. A force de faire les malins et se dire qu'on ne voulait plus "se voir", (dix ans, quand même, d'entêtement partagé) il ne "me" verra plus pour de vrai, jamais; ni sa petite-fille.

Mon conseil du jour: ne déconnez jamais trop longtemps avec vos parents ou vos enfants. Un jour il est trop tard pour de bon. Fin du conseil.

Aujourd'hui c'est la Saint Hervé. Barde breton. Aveugle (décidément on n'en sort pas). Patron des musiciens (et le blind test commence le 20, je vous rappelle). Accompagné par un loup. Des "loups" qui m'accompagnent, je vous prie de croire qu'il y en a une meute. Si certains pouvaient me lâcher la harpe, d'ailleurs, celtique ou pas... d'avance merci.

Il y a 10 ans pile poil, jour pour jour, je quittais TF1 avec ma lettre de transaction et mon chèque en poche. Depuis, Nonce Paolini est devenu ce qu'il est devenu, après un détour par Bouygues Telecom et ses cartes Nomads. Quant à Jean-Claude Dassier, 2ème homme pour qui j'avais là-bas une vraie admiration professionnelle (ce type est un cador, j'en démords pas) il vient de prendre la direction de l'information. Qu'il soit sarkozyste ou non, je m'en cogne. C'est le plus grand pro que j'ai croisé de ma vie. Pour le reste, suis-je heureux ou triste, avec le recul, de ce départ en queue de poisson qui signait le début d'une "autre vie" professionnelle? D'une: il y a toujours deux faces à une médaille. Deux: de toutes façons, vu le contexte d'alors, j'aurais fini par y tuer quelqu'un. De trois: je vous en pose, des questions?

Il y a dix ans donc, je partais de cette boite en pleine coupe du monde de foot. Ce soir, la France "joue sa vie" contre l'Italie, et franchement, pour ma fête, si elle pouvait se prendre Et un Et deux Et trois zéro, ce n'est pas charitable, je sais. Mais je ne vois pas cadeau pouvant me faire plus plaisir.

J'ai la fête acerbe; rien ne me réjouira tant que leur humiliation. (et merci à Sandiet pour le lien ci dessous)

Sinon, il y a toujours une réponse au Blind Test, hein... faut la trouver mais il y en a une... Et hier aussi, d'ailleurs... Pas des plus simples à soulever, mais bon. Elles y sont. "lol".

grandcorpsmourant_playlist sélectionnée dans Humour

31 mai 2008

Des feuilles, des arbres, des larmes, et des compromissions

Henri Calet. Le nom ne me dit rien. Même sous la torture, je n'aurais su le prononcer. J'ignore tout de sa vie, tout de son histoire. De ses romans je n'ai rien lu. Je ne connais que cette phrase, dont j'aurais juré qu'elle venait d'un chanteur un peu moins plat que la plupart.

"Ne me secouez pas, je suis plein de larmes".

Voilà tout ce que je sais d'Henri Calet, pour l'avoir googlisé ce matin. Je ne le cite pas pour faire encore une fois ma coquette, mon cyclothymique en phase vertigineuse, dont il vous faudrait vous inquiéter de "l'état"; mais pour saluer le talent de plume. Ce sens de la concision, du raccourci, qui dit tout sans révéler rien.

C'est vrai qu'il s'en entasse, dans une vie. Parfois vous avez l'impression qu'elles ne jailliront jamais. Et puis certaines journées dans le genre intense, vous ont une densité tellement déconcertante. Celle d'hier. Déambulations labyrinthiques dans cet hopital où je devais ramener le matériel électronique et les tuyaux. Un modèle d'absence de communication des lieux. Vingt minutes ensuite pour regagner sa voiture. C'est sur soi qu'il faut implanter des gps. Peu importe.

Toute la matinée serait de cette nature errante, maussade, épuisante par le vide auquel elle me confrontait. Puis de midi à dix-sept heures, c'était comme la revanche de la vie, une accumulation de bienfaits dont rien ne pourrait être transmis. Vint alors un autre rendez-vous, et là, ce fut la déception de s'entendre dire une décision négative à mon endroit, qui me déçut après que j'eus c'est vrai redouté qu'à l'inverse on m'en eût fait la proposition. En somme, être à la fois redoutant une chose et son contraire. C'est tout moi, cela.

Mais je fis front, tranquille et serein. Rejetai la proposition qui me semblait "de consolation". Et fus heureux de ne pas succomber à l'insistance de celui qui me la faisait, dont je ne conteste pas la bonne volonté, mais: ses enjeux cessaient à l'instant d'être par capillarité "les miens". Je ferme les robinets.

Voilà mes décisions, car il faut que je me protège. Il faut que je cesse de me mettre en danger, et douter sans cesse, et m'interroger, et m'auto harceler. M'auto dénigrer. A prèsent c'est décidé. Comme dans le Parrain, quand la famille Corleone "aujourd'hui règle ses comptes", je me sens prêt à ne plus faire aucune place aux compromis, aux compromissions.

Je disais hier à quelqu'un. Parfois quand on se sent fragile, on se voit comme une feuille. Un seul battement d'aile d'oiseau suffirait à la faire chuter de l'arbre.

Depuis un bon moment, je suis l'arbre qui pourrait tomber de la feuille. Alors, si je tombe, que ce soit au moins du côté que J'AURAI CHOISI. C'est à dire du mauvais probablement, étant généralement peu perspicace, pour ce qui me concerne, tandis que j'y vois assez clair pour autrui.

La nuit était tombée. J'avais lâché mes outils. Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la soif et de la mort. Il y avait, sur une étoile, une planète, la mienne, la Terre, un petit prince à consoler ! Je le pris dans les bras. Je le berçai. Je lui disais : La fleur que tu aimes n'est pas en danger... Je lui dessinerai une muselière, à ton mouton... Je te dessinerai une armure pour ta fleur... Je... Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais très maladroit. Je ne savais comment l'atteindre, où le rejoindre... C'est tellement mystérieux, le pays des larmes.

25 mai 2008

Silence

Quand je songe au silence, c'est toujours à la mer, en Bretagne, qu'il faut que je pense. Il me semble que c'est toujours là-bas qu'existe la vie. Là-bas que je pourrais supporter une journée entière sans rien dire, ni entendre, rien sinon l'éternel ressac, les cris de mouettes et le vent qui me gifle. Si vous voulez parler des rendez-vous manqués, c'est là que les miens se seront tenus, au bout du compte.

Je n'ai pas l'âme d'un pêcheur, ni le courage, ni la stabilité de l'oreille interne. Au bord de mer, je me serais contenté de regarder loin, la ligne d'horizon, sans jamais aller chercher plus loin que l'idée que je m'en faisais. Je serais demeuré assis. Contemplatif. Dans le silence de la mer, y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure. Ca, ce n'est pas de moi. C'est de Léo. Léo encore. Léo toujours. Qui me poursuit et ne me lâche plus la grappe.

Le silence. En certains lieux c'est un apprentissage "en soi". Une expérience à connaitre, que se taire. Mais le silence imposé. Cette musique qui ne veut pas chanter. Les violons en grève. Ce ne serait supportable, pour moi, que face à la mer. Et la mer en Bretagne. Pourquoi, moi, qui ne suis pas Breton, ai-je depuis plus de vingt ans l'idée que ma vie aurait du naître là bas? Entre pluie lancinante et tempête?

Je m'endors chaque soir avec l'idée d'un menhir ou le cri d'une mouette. Des amis se moquent de cela, ne comprennent pas pourquoi un banlieusard, pas même un parisien, s'est ainsi inventé un pays de cocagne où la pluie vous traverse deux jours sur trois. Je n'ai jamais rien su leur répondre, sinon l'étrange attraction tellurique, intense, irrationnelle, qui m'aspirait vers l'ouest sans même savoir pourquoi. Et cela fut dit, ici, et sur les autres blogs, depuis que j'en use.

Rien de nouveau, donc.

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Mais il m'arrive de croire, ces temps-ci où Paris me semble chaque jour plus abject, empli de malades, l'impitoyable machine à créer de l'imbécile, du méchant, du laid, du violent, du sale, du borné, de l'arrogant, du vilain, du sûr de soi, il me semble que la vraie, la grande, la fabuleuse erreur constitutive de ma vie, aura été de ne pas fuir, là-bas, aux temps où ma jeunesse n'avait encore rien compris de ces ressentis là.

Silence. Vague de mer, corne de brume, lumière d'un phare au loin, pleur d'une mouette, vent qui me bouscule. Silence, encore. Silence.

23 mai 2008

La vie c'est un Roller Coaster

Up and Down. And up again. Nice and Easy. Then rough. Top speed. and Down again.

La vie comme un roller coaster, pas la moindre assurance de "maîtriser" jamais vraiment les événements, ni les gens, ni leurs affects, et les miens pas trop non plus. Ainsi je me sens souvent et facilement déconcerté par les réactions, et je peux être le champion du monde de la mauvaise interprétation, qui vous fait tirer des conclusions hâtives bâties à partir d'un mot, d'une réponse formulée à la va vite.

Je ne sais plus qui est le con qui a fait l'éloge de la vitesse. Ils devaient être plusieurs, probablement, Vivre vite. Speed King, see me fly. De prisa de prisa.

Que d'âneries, si l'on y songe. Ce n'est pas sur les routes qu'il faudrait contrôler les vitesses. Mais dans les esprits, dans les coeurs, dans les cervelles où tout se précipite. Internet nous offre l'info instantanée, le battement d'aile du papillon sait me chatouiller la peau des couilles de l'autre bout de sa planète, et du coup je fais comme tous les autres connectés, je pense, réagis, déconne à plein tube en temps réel. Et comme je ne suis pas moins panurge que mes congénères, je considère qu'il s'agit d'un progrès.

Monde où chacun rêve d'accéder à l'animalité supérieure. Entre chiens de Pavlov et moutons panurgés en ADSL, cochons de payants et vaches à lait, je continue de croire à la pertinence de mon complexe du hamster, qu'un jour j'avais défini ainsi: le hamster la nuit ne dort pas. Il court dans sa petite roue animée; plus il court et plus la roue animée fait du bruit. Et plus la roue animée fait du bruit, plus il court c'est le bruit qui l'excite, et non la roue elle-même. Ainsi va ma vie. Au lieu d'une roue, j'ai un roller coaster.

"L'immobilité c'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps." (LF, encore)

22 mai 2008

Tant pis

"Le bon ni le mauvais ne me feraient de peine, si je savais que j'en aurais l'étrenne".

Cette phrase de Vian ne cesse de me trotter dans la tête. Je la googlise, et m'aperçois qu'elle traine sa vie sur tout un tas de blogs. Rejoindre la farandole me déplait. Allons-y néanmoins.

J'aimerais parfois, ici, lâcher la bonde, vraiment, à mes côtés obscurs. J'en ai. Cela n'est guère possible. On ne peut pas TOUT dire, ni là ni ailleurs, des sombres pensées, guère avouables, des idées préconçues, des stéréotypes auxquels on demeure "malgré tout" attaché. Très mauvais, les stéréotypes. Rien de pis, de plus sournois. Sources de tous les maux, lutter contre leurs dégats, sans relâche. Trainent dans les têtes, les stéréotypes. Fruits de l'éducation. D'autant plus insidieux. De sorte que derrière chaque cerveau, deux flics au moins sont désormais postés, dont l'un vous ressemble étrangement, des deux c'est le pire, pas seulement là pour vous faire taire a posteriori, il est veule et lâche, anticipe les réprimandes. "Autocensure", une des armes les plus fiables du monde harceleur post moderne.

Je viens de terminer précisément "le livre noir de la censure", qui passe en revue toutes les interdictions, limitations, menaces, qui désormais pèsent sur la liberté d'expression, dans tous les domaines de la vie, médias, religions, sexe, société, mode, arts, politique, "communautés". La pire y est évidemment cette abjecte "autocensure" a priori, qui par crainte de l'opprobre et de la judiciarisation permanente, ou parce que les rééducateurs ont déjà gagné la partie, vous impose l'odieux principe de précaution: ne plus oser parler. On me rétorquera que l'explosion des blogs indique au contraire la vitalité en ce monde, du débat d'idée. Vitalité mon cul. Songer à tous les petits flicaillons et flicaillonnes tapi-e-s derrière leur PC, prétendant oeuvrer pour telle "bonne et juste cause", et qui ne rêvent en réalité que rééducation, correction, éradication du mal...

Bref, j'eus aimé vous exprimer ici 3 idées peu recommandables et qui me sont venues au cours de l'étrange journée d'hier, successions de plusieurs phases intenses, curieusement évocatrices, chacune, du concept imbécile de "liberté". J'étais hier celui qui aimait traverser hors des clous. Mais je ne peux citer aucune de ces phases en exemple, pour plein de raisons. Il est évident que la liberté d'expression, la vraie, se limite désormais au dialogue en "one to one", et encore, à condition d'être certain que le terlocuteur ira pas vous balancer aux kapos, débiter sur son blog les villénies qu'il vous aura entendues proférer, ou vous cracher pleine poire le mépris que vous lui inspirez soudain.

Je ne dirai donc rien des écoles buissonnières où je me suis égaré hier. Ce n'est pas très important, bien que j'eusse aimé, dans un monde un peu différent, vous les faire partager. Mais on aurait ri, ça n'aurait pas été très bien. Les Kapos n'aiment pas le rire, au fond, dès lors qu'on rit toujours "contre" quelqu'un.

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