17 mai 2008

Sagan des banlieues et Pivot de quartiers

Voici une petite séquence triplement rafraichissante.

Elle sonne d'abord comme un pendant diversitaire au discours fumeux branchouille de la fille Mitterrand et de sa complice (au sens premier du terme), sévissant sur Europe 1 le samedi à l'heure où les lions vont boire.

En négatif de ces deux "femmes savantes", également "précieuses ridicules", découvrir Diam's en critiqueuse littéraire devient la plus savoureuse promesse. Revanche affirmée de de cellezéceux qu'une inculture crasse empêchait jadis de plastronner, et qui désormais peuvent s'en prévaloir comme d'une qualité, d'un atout décisif, pour briller sur la scène des médias et du discours.

En ultime avantage, ce petit clip dit clairement sur qui il faut désormais compter, pour l'avenir de la langue française. Et ça, franchement, je kiffe.

Mon amie Françoise a qui rien n'échappe, m'avait adressé cette "critique" du livre de la Sagan en question: j'en copie-colle (sans modification ni exagération) l'incipit, qui dit mieux qu'un discours. A savourer d'autant plus qu'il ne provient pas d'un blog individuel, mais d'une  agence qui cible "les ladiz chic et urbaine" (sic), et lui parle "comme il convient".

//kiff kiff demain!!//               

 

                    bonjours les filles ladyz et ladyz!!

sa fesai lonngtemps que je n'avais aps fais d'articles:D!!

mais voila je viens de finire le livre  de faiza guéne!! j'en avais bcp entendue parler mais j'amais pris la peine de l'acheter et avant hier qqn me l'offre je me suis tiens on m'offre le livre pourquoi pas le lire!! apres tout le ""bien"" mais aussi tout le mal que j'avais entendue du livre je me suis di pouquoi pas!!!

en rélalite  je l finis en  journée  pas parceque j'ai enormement aimer mais parceque je voulais une fin!!!

Voici l'occasion rêvée de revivifier quelques extraits d'un texte à haute densité; intitulé ma France à moi, il fit pâmer tout bon militant socialiste en quête de cause à défendre.

Elle fume des clopes et un peu d'shit, mais jamais de drogues dures,

Héroïne, cocaïne et crack égal ordures,

Souvent en guerre contre les administrations,

Leur BEP mécanique ne permettront pas d'être patron,

Alors elle se démène et vend de la merde à des bourges,

Mais la merde ca ramène à la mère un peu de bouffe, ouais.

-... Ma France à moi elle parle en SMS, travaille par MSN, Se réconcilie en mail et se rencontre en MMS,

-... Elle vit à l'heure Américaine, KFC, MTV Base Foot Locker, Mac Do et 50 Cent. Elle, c'est des p'tits mecs qui jouent au basket à pas d'heure, Qui rêve d'être Tony Parker sur le parquet des Spurs,

...- Non, c'est pas ma France à moi, cette France profonde... Alors peut être qu'on dérange mais nos valeurs vaincront... Et si on est des citoyens, alors aux armes la jeunesse, Ma France à moi leur tiendra tête, jusqu'à ce qu'ils nous respectent.

"Nos valeurs vaincront? Celles plus haut évoquées, peut-on imaginer. Vaste programme. Tout ce que la crétinerie américaine lobotomisante fourgue d'anesthésiant, rebaptisé "valeurs". Le mass marketing en ultime ambition, la déification des gladiateurs modernes, le conformisme vestimentaire, le moutonisme érigé en système, le rejet du passé comme  néfaste par nature, qu'on remplace par l'autocélébration du présent perpétuel, de préférence sans sens ni évolution. On attendrait presque, en conclusion, un "Ma France à moi, tu la kiffes ou tu la quittes"... Putain, si seulement j'avais le prix du billet...

Mais VOUS avez vaincu, chere Diam's! Allez donc trouver un enseignant qui ne vous citerait pas comme modèle! En contrechamp j'entendais jeudi, veille de grève, un prof fustiger les classes préparatoires "élitistes", forcément "élitistes". Il est certain que ma gamine, qui se lève à 6h15 six jours par semaine, saute dans le bus à 7h15, rentre des cours à 16 heures et bosse jusqu'à 23 pour passer en deuxième année, passe le dimanche à la bibliothèque de Beaubourg au lieu de maintenir debout le hall d'entrée, est vraiment une reine des gourdes. Comme "exemple à suivre pour s'en sortir", elle vaut pas un coup de Beaujolais, breuvage certes pas toujours excellent, que vous fustigez dans votre texte comme symbole de la France "profonde", à haïr.

PS: une lectrice de ce blog me demande, pour un sien travail créatif à forte connotation poétique, si les lecteurtrices pouvaient ici laisser quelques expressions "jeunes" actuellement en vogue (évitons le déjà surranné "c'est trop de la balle", et l'antédiluvien "sa race"). Vos contributions seront appréciées.

15 mai 2008

Rien à dire, le retour

Cette semaine qui commençait un mardi mit le bordel dans ma tête. C'est pas sérieux. Ma note d'aujourd'hui mise en ligne hier, et rien à dire aujourd'hui, encore, quel souk, je suis à l'ouest, total à l'ouest, comme disent les djeun's.

Ou plutôt: comme les vieux qui veulent causer le djeun. Les pires.

C'est pas demain que ça s'arrangera je vous le dis.

Juste pour me faire pardonner, une petite chanson, pour la route? Confidence, c'est celle que j'ai choisie pour le jour où on mettra le feu à ma boite, si jamais quelqu'un veut bien se donner la peine d'appuyer sur le (les) bouton(s) (Start / Play), merci.

Putain, fait chaud.

Comme dit le grand philosophe Thierry Roland, "mais le plus tard possible, on n'est pas pressés".

Kingston Trio: where have all the flowers gone? chanson écrite par Pete Seeger, et reprise par une foultitude.

14 mai 2008

Ce sera chaud

Ma petite gâterie du début de semaine est arrivée. Le Café (quel Café? cette simple question trahirait le novice en ce lieu!) m'a écrit. Cette fois -presque- en italien.

PSYPSYCOMMEDIA DELL'AMORE

Sept personnages pour nous aider à rencontrer l’autre

Nous sommes uniques parce que multiples et composés de plusieurs personnages.

Jusque là, je comprends, et même, toute ironie pour une fois mise de côté, je souscris. Sérieusement. Nous sommes, tous, chacun de nous, "clivés". J'en sais quelque chose, ouh la. Tiraillés entre nos aspirations et la réalité (souvent moins reluisante) entre celui qu'on aurait voulu être, et celui qu'on est devenu. Ne riez pas, mais pour une fois, je rejoins la présentation de madame K-fé de l'Amuur, si souvent taquinée ici avec ses invitations si savoureuses.

Sauf que l'affaire se corse. car...

Éric Berne, père de l’Analyse Transactionnelle, enseigne que 7 états différents existent à l'intérieur de nous. Osons dire que ces 7 "états du Moi" symbolisent les 7 personnages qui nous habitent !

Là, je m'interroge, évidemment; qui sont ces 7 ? "Mes 7"? Sont-ce les 7 Nains? Les 7 samouraïs? Les 7 Mercenaires de John Sturges? Le line-up original de Chicago Transit Authority (si, si, vérifiez, ils étaient 7 aussi). Les 7 célibataires de Sacha Guitry?

Luigi Pirandello prend le relais. Il interroge : sommes-nous « Un ? Personne ? Cent mille ? ». La vie ne représenterait-elle pas un grand théâtre, les 7 états du Moi, « Sept personnages en quête d’auteur » et l’auteur de la pièce, nous-même ?

Une scène magique : la Commedia dell’Arte

Chaque personnage de la Commedia illustre les états du Moi ; il s'incarne avec la puissance de son corps et la magie de son masque.

J'apprécie comme il convient la référence à Pirandello et au théâtre.

On aurait même pu remonter jusqu'à Shakespeare:

All the world's a stage,
And all the men and women merely players:
They have their exits and their entrances;
And one man in his time plays many parts,
His acts being seven ages.

Sauf que Shakespeare est un anglais, donc rationnel, qui parle de 7 rôles consécutifs, quand Pirandello les verrait concurrents en simultané. Là, forcément, l'homme du concret, de la "com", s'interroge. S'il faut 7 personnages pour (relire le titre) "nous aider à rencontrer l'autre", comment allons-nous faire puisque l'autre est également 7? Faut-il mettre en place un "speed dating 7 sur 7", où les 7 de l'un devront rencontrer les 7 de l'autre et réciproquement? Si on doit rencontrer plusieurs personnes qui sont sept, qui va organiser le planning? Et les numéros de portable? Et si, comme le rappelait Coluche dans un sketch fameux, "un homme averti en vaut 2", chacun viendra-t-il à 14, puisqu'on aura tous reçu l'email? Les consignes de sécurité seront-elles adaptées? Y aura-t-il assez de petits fours, surtout si certains viennent pour manger comme 4?

En tous cas si je dois "m'incarner avec la puissance de mon corps et la magie de mon masque", je crois plus prudent de rester à la maison. Risquer faire fuir (d'effroi) une telle assemblée ou chaque convive affamé vaudra 1X7X4X2= 56 personnes, je ne me le pardonnerais pas.

A toutes fins utiles, je vous donne quand même l'adresse où s'inscrire

Réservation impérative cafedelamour@mac.com

Et ne me remerciez pas 56 fois

10 mai 2008

5 chansons françaises pour être vieux après Pascal Sevran

Mélange d'hommage et d'ultime manifeste pied de nez (lire note précédente). Mais aussi mélange d'exhibition ponctuelle, mes propres doutes et souffrances (lire notes encore plus précédentes, et ), et ce vague sentiment de "renoncement" qui par moments (et notamment ces jours-ci) m'habite. Quoi ma bite, qu'est ce qu'elle a ma bite? Tais toi, Johnny. S'il te plait. C'est déjà suffisamment compliqué comme ça.

5 chansons pour dire à qui sait que oui, existent des sacrés labyrinthes. Et à ceux qui ne savent pas encore, qu'ils seraient bien aimables de me dire comment ils ont fait. 5 chansons à fredonner, écouter, mais aussi ENTENDRE, et COMPRENDRE. Ce serait ça l'idée...

Enjoy!

On m'a fait gentiment remarquer que tout le monde n'ayant pas mon âge (canonnique, mathusalemesque, antédiluvien) il faudrait préciser le nom des artistes.

Dont acte.

1. François Béranger, Le Vieux. 2. Félix Leclerc, Le petit Bonheur 3. Edith Piaf, Milord 4. Léo Ferré, 20 ans. 5. Jean-Roger Caussimon Comme à Ostende.

Tous morts? Oui, tous. C'est dire qu'on peut enfin chanter tranquilles.

Les 6 morts de Pascal Sevran

Pascal Sevran, cette fois ça y est. On nous assure qu'après la fausse nouvelle de sa disparition, annoncée sur Europe 1 sans vérification voici quelques semaines, il a succombé, pour de bon, à son cancer au poumon. Ce privilège, mourir deux fois, pourrait suffire à son bonheur posthume. Mais, - et je pense qu'il le savait, c'était un homme à qui on ne la faisait pas-, Sevran était déjà mort tant de fois de son vivant...

Il y eut la mort lente de ses émissions, où il tentait de faire survivre une chanson populaire écrite, genre suranné des temps anciens, ce qui l'avait irrémédiablement catalogué ringard aux yeux des petits marquis de la téloche et des médias. Et parmi les rares qui affirmaient les apprécier quand même, combien laissaient entendre que c'était au "second degré"; pour le côté kitsch, décalé. Les émissions de Sevran était ce musée sonore où le téléspectateur passe cinq minutes, vérifier que le passé d'avant l'Herr Modern, d'avant l'éternel présent, est bel et bien noyé dans le formol.

Il y eut la mort du Mitterandolâtre, qui s'étant appliqué à gravir chaque année la Roche de Solutré, (si ma mémoire ne me trahit pas, c'était aux week-ends de Pentecôte; et comment ne pas voir comme symbole qu'il soit passé la veille de ce week-end là, précisément) avait fini par préférer soutenir un Sarkozy, plutôt que d'adouber Royal comme on l'eut attendu d'un "fidèle". S'y lisait alors sa lucidité, mais aussi ce pathétique besoin de 's'exprimer" ENCORE, de DIRE son choix dont tout le monde se contrefichait. Cet acharnement à ne pas accepter de se taire et rejoindre pour de bon le passé... Cruel sursaut d'agonie d'un grognard déjà mort, mais qui ne le sait pas.

Il y eut la mort du pamphlétaire, honnis, vilipendé pour quelques dérapages, comme il convient de dire. Hier, sur un site où l'on annonçait sa disparition, il fallait qu'on replace, en bonne place, cette provocation sur l'Afrique où les ravages de la faim étaient aussi la conséquence d'une absence totale de gestion de la démographie. Il avait résumé le problème d'une formule lapidaire sur la bite des noirs (qui en fait dit-on rêver plus d'une et d'un, mais pour d'autres raisons). Elle lui avait valu les foudres de tous les Kapos Korekts. Et s'il avait réagi de quelques mots « J'écris et je dis ce que je veux. Me considérer comme un néo-nazi est une belle connerie », c'était montrer que sa rodomontade ne valait rien, face à l'armada des rectificateurs, des rééducateurs, des redresseurs de mots; pas plus que le dernier que lance comme un défi un fusillé, juste avant que le mot "Feu" l'envoie ad patres. Plus personne n'écrit et ne dit ce qu'il veut, Sevran! Faudrait se réveiller, mon vieux, et mourir pour de bon!

On trouve aussi sur quelque site, un court extrait de "débat" face à Alonso. C'est ici l'homme qui s'agite, exprime son dépit, sa hargne, et sa haine du spectacle des femmes en treillis militaires, mitraillette au cul, et cette obligation d'y voir un symbole de l'égalité (imbécile) entre les sexes. J'aurais pu prononcer ses mots-là sans en retirer un seul. Je l'avais déjà écrit ici. Le suc était là dans le non-dit: ce regard effaré, en contre champ, de la Kaporal Chef. Elle ne disait rien. On entendait juste penser ses yeux écarquillés : " il ose encore dire cela? Et devant moi? Il ne rampe pas encore? Je n'ai pas encore réussi à le faire taire "? Oui, la langue gigotait encore, et le moribond renâclait à la boucler.

Mais elle n'avait même plus besoin de venir lui répondre sur le fond. Puisqu'il n'y a plus de fond.C'était le toréador debout devant la bête à genoux. Et ces dernières phrases de bon sens n'avait pas plus de sens ou de portée que le souffle ultime du vieux taureau, ou du vieux con, qui enfin débarassent l'arêne ou le plancher. Il suffirait d'être patient.

C'est fait. Sevran a fait place nette. Petite consolation, Sevran: il est rare qu'un seul homme sache mourir (au moins) six fois.

07 mai 2008

L'avenir est tout trouvé

Il y avait ce type, Rwandais, qui s'appellait Corneille. Il fit un carton dans les "charts", avec une soupe aux rnb sucrotée, fadasse, mais du moins, inoffensive. Puis repartit comme il était venu, mais t'inquiète il reviendra. Vient toujours le moment où comme les cigognes, les casse-burnes sont de retour.

Ces jours-ci, ma fille me signale l'éclosion d'un Jean Racine, qui doit donner dans le genre R & B aussi, ou rap, ou les deux.

Racine, Corneille, en attendant Boileau, ce n'est plus un hasard, c'est déjà le début d'une tendance.

J'attends l'éclosion des prochains: Moli-R... Bo d'l'R... Joachim du Bel-é... Roux Sô. Artchur Rimb'0.... Appoline R.... Verl'Haine... Voltchère....  Ronse Hard.... Mon-Tes-Kieu...

Comment ça va leur déchirer l'avenir. Trop top, la culture de demain. Tous ces jeunes qui s'approprient enfin le patrimoine, comment ne pas entendre déjà le choeur ravi des chroniqueurs télévisés, condamnés à s'emerveiller de ce rien, incapables qu'ils sont de produire par eux mêmes autre chose.

Il y a trente ans, mes profs de lycée partaient des Rolling Stones ou des Beatles pour progressivement nous amener à Dickens ou Steinbeck dans le texte. La culture jeune servait de porte d'entrée vers "la culture tout court"'. Brassens m'emmenait vers Villon ou Théodore de Banville. Ferrat vers Aragon. Ferré vers Verlaine, Rimbaud, Appollinaire, Baudelaire... C'est ainsi que j'ai pris un 16 au bac français. La chanson est elle la poésie d'aujourd'hui?

Il y a quinze ans, on renonçait progressivement à passer de MC Solar (dans le meilleur des cas) à Rimbaud.

Désormais on a bouclé la boucle, Rimbaud n'est plus un poète, c'est LE grand "rappeur du 19ème siècle". Ramener le passé à sa seule dimension acceptable: l'éternel présent. Du passé faisons table rase. Je ne suis pas certain qu'écrivant cela, Eugène Potier songeait "aussi" à la culture. Trop tard.

Ce n'est pas que vieux con, je sois condamné à ressasser que "c'était mieux avant". C'est que la marchandisation frénétique de la musique et de la poésie ont cette conséquence obligatoire: passer d'une production artisanale, soignée, à une production "de masse" industrialisée. Les pressé qui me taxeraient là de réactionnaire feraient bien d'y réfléchir à deux fois.

C'est ainsi que toute honte bue, Marianne (pour le coup bien mal inspiré) avait pu titrer, Diam's: la nouvelle Barbara.

A ce compte là, Cindy Sander, c'est Edith Piaf. Et Julien Doré, Chaliapine.

... Qui ça??????

PS1: "la musique se vend comme le savon à barbe, pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule. Tout est prêt, les capitaux, la publicité, la clientèle. QUI DONC INVENTERA LE DESESPOIR?" (Léo F. "Préface")

PS2: et si mamz'elle m'y autorise, je rendrais bien public un échange d'emails que nous avons eu récemment, sur l'état de la chanson française...

18 avril 2008

Cancer, millésime 88

"Noel au scanner, Pâques au cimetière."
Peut-on mieux faire, ou mieux dire? Peut-on plus de panache qu'un pied de nez à sa propre "finitude"? Pour, comme il disait, rire de la mort puisqu'elle ne se gêne pas, la mort, pour rire de nous.

Moi ce n'est plus la mort qui me fait peur. J'ai mis bien des années à me faire à l'idée, mais j'ai fait les voyages qui permettent d'en apprivoiser, du moins, le caractère inéluctable. Mais... ce qui précède... Le meilleur moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier, plaisantait (je crois) Clémenceau. Pour la mort, ce serait le pire. La déchéance, la souffrance, l'agonie, le calvaire, ce Golgotha qu'on saurait ne monter qu'une fois, une seule prise... et n'être pas "bon" dans le rôle...

Il semble que Desproges avait choisi la meilleure attitude de courage: en profiter un max, ou tout du moins faire comme si; au bout du compte, la même élégance.

J'ai peur le moment venu, de n'avoir pas son cran, cette maturité d'âme. De m'attarder, de gémir, de pleurnicher, ratiociner, commenter, gigoter, gesticuler, crier, maudire, en rajouter, une dose dans le pathos, pour au bout du compte, - Cyrano, toujours- "tout rater, même ma mort".

Les gens que j'aime meurent souvent du cancer. Hormis Lennon, et son overdose de balles, ou Ferré, d'une vieillesse apaisée. Mais si je compte... Brassens, Béranger, Muray, Harrison... Et Desproges, donc. 20 ans ce jour La fin de siècle ne le méritant pas, elle s'est arrangée pour qu'il y passe, évitant ainsi qu'il lui réglât son compte. Qu'en eut-il dit, Desproges, de tout ce qu'est devenu le monde, eut-il fini reclus, haineux, comme Céline, ou vieux cabot sans dents, comme Bedos? Eut-il tenté, comme Muray, d'en faire une oeuvre littéraire, mais d'y passer quand même, qui préféra crever de son tabagisme, plutôt que céder au diktat hygiéniste des "médecins malgré nous"?

En attendant, me poursuit l'image du chapeau de Bashung, et de ses lunettes, masquant mal l'absence de sourcils. Je l'évoquais hier. J'y pensais cette nuit. Son visage me hante. Le crabe déteste les artistes.




14 avril 2008

Bleu Pétrole

Ab13Ayant lu que les textes du nouveau Bashung étaient pour la plupart torchés par le chanteur de Louise Attaque, j'ai ressenti cet étrange sentiment de désappointement. Comme si Springsteen avait décidé d'enregistrer un duo avec Florent Pagny.
Depuis que Ferré est parti chanter la Mort ailleurs, que Brassens a cassé sa pipe, que Nougaro tape la coinche avec Armstrong, ils sont peu nombreux, ceux qui me procurent du vrai plaisir en francepige. Kent. Thomas Fersen. "M". Catherine Ringer, au rayon fille, si seule. Et je crois bien que c'est tout. Ah si. Le Forestier. Souchon. Mais leur empressement à faire la queue leu leu dans toutes les grand-messes patronnesses, me rend un poil circonspect à leur endroit.
Ensuite des seconds couteaux, oui, Sanseverino... Akhenaton... Jeanne Cherhal. C'est peu dire qu'on a vite fait le tour. Resterait Manset, auquel on ne pense jamais.

Deuxième artisan de ce nouveau Bashung, justement. Disque en apparent manque d'intensité, déconcertant si l'on a gardé à l'oreille les incomparables sommets de Fantaisie Militaire. Quasi folk, au sens mollasson du concept. Inquiétant, aux premières écoutes. Le type de Louise Attaque à deux doigts d'endosser la tunique de bouc et misère.

Pourtant, à petits feux, voyez. La magie opère. Les mélodies semblaient un peu trop "faciles", elles vous envahissent insidieusement. Les paroles avancent vers vous comme de lentes litanies, vagues obsessions. Son côté Dylanien. Psalmodique?

Il reprend le "voyage en solitaire" de Manset, justement. Tournant de sa carrière, pile quand j'ai cessé de l'idolâtrer, Manset, moi qu'il avait fait tant fait planer avec la Mort d'Orion...

Et Suzanne, aussi, de Leonard Cohen, dans l'adaptation qu'en avait fait jadis Graeme Allright.

Dans les deux cas, versions volontairement cassées, diction qui vous entraine loin du sentier rebattu de la mélodie originale, trop souvent ressassée. Dylan, encore. Mais son coté sadique, cette fois, tourmenteur des nostalgies faciles. L'album s'appelle Bleu Pétrole, plus obscur que clair. Il y a de la vie qui s'use, là, une lente avancée vers l'âge de vieil homme.

Mes icônes ont ces jours ci bien plus que les tempes grises.

12 avril 2008

Papa Maman la bonne et moi

Quand sonneront les derniers jours de 2008, le moment sera venu de désigner "l'homme de l'année". Ou la femme, rectifieront en choeur les plus modernes d'entre nous; face à quoi se fut jadis trouvé l'inévitable grincheux regimbeant devant l'icône paritaire, pour en appeler aux seuls mérites, à la qualité, plutôt qu'à l'origine sexuelle de l'impétrant(e).

Ces querelles n'ont plus raison d'être. Elles ne sont plus de saisons. Les voici balayées par l'histoire hautement emblématique des temps nouveaux, du dénommé Thomas Beatie. Quelques médias s'en sont fait l'écho, mais encore insuffisamment, peut-on penser, au regard de ses mérites. Qui sont grands.

Thomas Beatie se présente à nos yeux émerveillés comme (sic) "le premier homme enceint" de l'histoire, quelques trente ans après le film où le regretté Marcello  paradait sur les affiches avec un ventre rebondi, pour incarner "l'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune".

ThomasbeatieSauf que cette fois, c'est du sérieux, la photo ci dessous, qu'on jure n'avoir pas traficoté chez photoshop, l'atteste sans conteste. Seuls les plus réactionnaires d'entre vous refuseront de s'émouvoir devant le sourire apaisé de Thomas, main doucement posée sur le ventre rond, et cette touffe mignonne pointant sous l'aisselle, gage du naturel de cet épisode pourtant inédit.

Il y a une explication. Rationnelle? A chacun d'en juger.Jadis Thomas s'appelait nous dit-on Tracy Langgondino. Le malheureux était né femme, et voulant passer de l'autre côté, se fit donc opérer tel le premier transexuel venu. Qui donc penserait même à s'en étonner? Exit Tracy, bonjour Thomas. Qui se fit faire l'ablation des deux seins, plus quelques bonnes doses de testostérone, histoire de connaitre, enfin et pour de bon, les joies quotidiennes de Gillette Sensor Excel.
Rien que de très banal. Sauf qu'au moment de changer de sexe, Tracy/ Thomas décida de garder en bon état de marche l'utérus et les ovaires, dont l'ingrate Dame Nature l'avait initialement dotée.

Cette dernière attache à son état d'origine lui serait plus tard d'une réelle utilité: apprenant que sa compagne ne pouvait avoir d'enfant, Thomas décida de remettre au boulot trompes et ovules, d'arrêter momentanément la testostérone, et de porter le futur chérubin.

Et c'est ainsi que votre fille est muette, eut conclu Molière, dont on se prend à rêver qu'il vécût aujourd'hui, pour nous pondre cinq actes de la belle façon sur cet épisode édifiant.
On dit qu'en leur quartier, se sont trouvés de méchants esprits pour s'offusquer qu'on pût à la fois être "mère et père". Alors que tout ceci démontre simplement la "relativité" de ces notions de "genres" et de "sexes". Et la dimension exclusivement culturelle de ces problématiques, dont on s'étonne qu'elles en soient toujours, "à l'aube du 3eme millénaire".

Maman, comment je suis née? demandera un jour la rejetonne, à la compagne de Thomas.

Comme tout le monde mon chéri, répondra la maman, avec cet air de douceur qui dans toutes les familles accompagne la révélation du beau mystère de la vie. Je vais t'expliquer.

Ton père et moi sommes allés acheter du sperme à la banque du coin, puis Maman se l'ai fait injecter en clinique, mais comme ça n'accrochait pas, c'est papa qui a pris le relais. Nous avons toujours été partisans, ton père et moi, du partage des tâches ménagères. Cela dit, ne lui en parle pas aujourd'hui. Il est dans sa mauvaise semaine, et bien que cela ne soit rien d'autre qu'un triste stéréotype des temps anciens, force est de constater qu'il est toujours un peu à cran, dans ces périodes là. Sa testostérone fait mauvaise équipe avec ses oestrogènes. Tu comprendras tout ça, quand tu seras plus grande. Enfin... plus grand... Enfin... euh... Tu comprendras.

Bientôt nous féliciterons ce nouveau-né qui a officiellement trois mères.

 

11 avril 2008

Une bouée, des palmes, une larme de joie

J'aimais bien Philippe Manoeuvre, de son vivant. Tête pensante du magazine Rock & Folk, c'était le type à qui on ne la faisait pas, sitôt qu'il fallait disserter des Stones, Led Zepp, ou de quelque autre drogué, sale, alcoolique, aux sexualités interlopes, venu s'époumonner dans leur sillage. Je lui dois de savoureuses découvertes; et après tout, il m'arrive encore de mettre des ray-ban, de prendre le temps qui passe comme un train en plein thorax. Même en douze mesures, l'andropause vous a des a-cotés cruels. Je peux comprendre.

J'ai appris que l'homme est père d'une jeunesse, ce qui aide peut-être à saisir ce soudain prurit jeuniste, mais tout de même.... Succéder... à Dove Attia... sur M6... Dans un registre supposé plus "destroy", moins lyrico are ane bee puisque les vagues vont, viennent, et repartent, et que l'actuelle serait "rock". Mais du coup, devoir faire comme si des BB Brunes jouaient aussi pour vous...

Comme s'il était possible de la revivre encore, la grande, juteuse, fabuleuse excitation première, l'initiale, la primale, celle des frissons instantanés, ceux qui vous saisissent la toute première fois, "hey ho, let"s go" et derrière, le premier riff d'un Johnny Ramone. On n'est jamais dépucelé qu'une fois.

Ainsi y avait-il plus que de la perplexité à le voir, mercredi, s'ébaubir devant un Purple Rain que piétinaient consciencieusement deux tâcherons néophytes, lesquels probablement ignoraient tout de Prince la veille au soir même. N'importe, il s'appliquait à faire semblant d'y croire, soutenu par une gentille Lio engoncée dans un cuir mauve comme une qui aurait oublié sa ration de ménophytéa ventre plat.

Si la vieillesse est un nauffrage, ces deux-là doivent pour très vite acquérir une bouée et des palmes.

Cinq minutes devant ce tragicomique brouet, mercredi... Avec "ma gamine à moi". Qui Dieu soit loué ne fut pas dupe, et fila très vite dans sa piaule vérifier qu'on trouvait le nouveau Raconteurs disponible en torrent.

J'en étais là, hier, et las, de ce blues nocturne. Et ma chère Françoise m'envoie ceci. Je vous ai déjà parlé de Françoise. Elle ne commente jamais ici, mais m'envoie des emails savoureux, drôles, désespérant de lucidité, je lui ai même proposé de tenir ici une rubrique... un jour, peut-être, dira-t-elle oui.

C'est en somme une version anglaise de cette nouvelle star, avec son jury, son public, ses goyaux convaincus qu'ils auraient le talent minimal. Arrive ce type. Une tête, aux bonnes grosses joues, ce vague strabisme, les dents qui trahissent la basse extraction... Pour qui comprendrait pas trop bien l'angliche, le gusse est vendeur dans quelque PhoneHouse d'outre manche, au sud du Pays de Galles.

La suite, ici...


Comme me dit Françoise, puisqu'on ne saurait mieux dire: "pour les expressions qui changent sur les visages", et "pour le sourire merveilleux de cet homme".

J'ajouterai: pour quelques larmes d'émotion, du côté de chez moi.

NB vendredi 13h30: Je ne connaissais rien de cette histoire avant hier! Mais apparemment cette découverte de Paul Potts a fait grand bruit outre manche.

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