Henri Calet. Le nom ne me dit rien. Même sous la torture, je n'aurais su le prononcer. J'ignore tout de sa vie, tout de son histoire. De ses romans je n'ai rien lu. Je ne connais que cette phrase, dont j'aurais juré qu'elle venait d'un chanteur un peu moins plat que la plupart.
"Ne me secouez pas, je suis plein de larmes".
Voilà tout ce que je sais d'Henri Calet, pour l'avoir googlisé ce matin. Je ne le cite pas pour faire encore une fois ma coquette, mon cyclothymique en phase vertigineuse, dont il vous faudrait vous inquiéter de "l'état"; mais pour saluer le talent de plume. Ce sens de la concision, du raccourci, qui dit tout sans révéler rien.
C'est vrai qu'il s'en entasse, dans une vie. Parfois vous avez l'impression qu'elles ne jailliront jamais. Et puis certaines journées dans le genre intense, vous ont une densité tellement déconcertante. Celle d'hier. Déambulations labyrinthiques dans cet hopital où je devais ramener le matériel électronique et les tuyaux. Un modèle d'absence de communication des lieux. Vingt minutes ensuite pour regagner sa voiture. C'est sur soi qu'il faut implanter des gps. Peu importe.
Toute la matinée serait de cette nature errante, maussade, épuisante par le vide auquel elle me confrontait. Puis de midi à dix-sept heures, c'était comme la revanche de la vie, une accumulation de bienfaits dont rien ne pourrait être transmis. Vint alors un autre rendez-vous, et là, ce fut la déception de s'entendre dire une décision négative à mon endroit, qui me déçut après que j'eus c'est vrai redouté qu'à l'inverse on m'en eût fait la proposition. En somme, être à la fois redoutant une chose et son contraire. C'est tout moi, cela.
Mais je fis front, tranquille et serein. Rejetai la proposition qui me semblait "de consolation". Et fus heureux de ne pas succomber à l'insistance de celui qui me la faisait, dont je ne conteste pas la bonne volonté, mais: ses enjeux cessaient à l'instant d'être par capillarité "les miens". Je ferme les robinets.
Voilà mes décisions, car il faut que je me protège. Il faut que je cesse de me mettre en danger, et douter sans cesse, et m'interroger, et m'auto harceler. M'auto dénigrer. A prèsent c'est décidé. Comme dans le Parrain, quand la famille Corleone "aujourd'hui règle ses comptes", je me sens prêt à ne plus faire aucune place aux compromis, aux compromissions.
Je disais hier à quelqu'un. Parfois quand on se sent fragile, on se voit comme une feuille. Un seul battement d'aile d'oiseau suffirait à la faire chuter de l'arbre.
Depuis un bon moment, je suis l'arbre qui pourrait tomber de la feuille. Alors, si je tombe, que ce soit au moins du côté que J'AURAI CHOISI. C'est à dire du mauvais probablement, étant généralement peu perspicace, pour ce qui me concerne, tandis que j'y vois assez clair pour autrui.
La nuit était tombée. J'avais lâché mes outils. Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la soif et de la mort. Il y avait, sur une étoile, une planète, la mienne, la Terre, un petit prince à consoler ! Je le pris dans les bras. Je le berçai. Je lui disais : La fleur que tu aimes n'est pas en danger... Je lui dessinerai une muselière, à ton mouton... Je te dessinerai une armure pour ta fleur... Je... Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais très maladroit. Je ne savais comment l'atteindre, où le rejoindre... C'est tellement mystérieux, le pays des larmes.













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