Imaginez l'horreur. Enfermé dans un lieu tenu secret, vous vous retrouvez contraint d'écouter vingt jours de suite et sans discontinuer, LA MEME chanson de mettons... CALI (je dis celui-là, j'aurais tout aussi bien pu dire Yannick NOAH). Ni trêve, ni repos. A 3 minutes la chanson, cela nous mène à 20 fois par heure. 480 par jour. En 20 jours, 9600 fois.
Voici le genre de torture mentale qu'enduraient les prisonniers de Guantanamo, nous révèle Courrier International cette semaine, dans un article qui fait froid dans les Trompes d'Eustache.
Certes, j'ai un peu trop appuyé sur la craie. Grossi le trait. Exagéré l'horreur, pour les vertus de la démonstration. Dans le vrai monde, dans les vraies geoles où croupissaient de vrais gens, remplacez juste Cali par Eminem, ou Noah par Nine Inch Nails. Cela n'en demeure pas moins assez terrifiant.
Imaginer que la chanson, la musique, puissent être utilisées comme éléments de torture mentale, un peu comme sur NRJ mais en pire, nous démontre s'il en était besoin que l'homme est bien un loup pour l'homme. Même Jack Bauer, en 7 saisons de lutte contre les pires méchants de la planète, n'avait eu l'idée, ni poussé aussi loin la détermination pour faire avouer leurs méfaits aux terroristes. Et réciproquement, soyons juste, aucun d'eux n'avait poussé l'ignominie jusqu'à infliger au peuple américain le même tube de Linda Lemay, passé en boucle ad libitum par la voie des airs, ou le piratage des ondes. Ou bien les scénaristes de séries manqueraient-ils d'audace?
La réalité dépasse toujours la fiction...
"A un certain volume, le son engendre une saturation sensorielle, il détruit la subjectivité et peut [induire] une régression vers un comportement infantile", explique dans l'article Suzanne G. Cusick, professeur de musique à l'université de New York, et (tenez vous bien) spécialiste de l'usage de la musique comme instrument de torture dans les guerres actuelles.
Face à cette découverte, un paquet d'artistes se mobilisent pour dénoncer l'horreur. Leurs mobiles peuvent être variés. Rosanne Cash, fille de Johnny, en appelle au plus élémentaire humanisme. Mais on peut imaginer que certains protestent juste parce qu'on a utilisé LEUR chanson! On doit admettre que c'est assez vexant. Mon rap, une torture? Il te plait pas mon rap? D'autres, va savoir, n'auront peut-être pas été PREVENUS avant, comme il sied lorsqu'on s'apprête à utiliser un refrain pour une pub, un générique, une B.O.? D'autres peut-être contestent le non versement de droits d'auteur, l'utilisation à des fins de produits dérivés non prévus au contrat d'édition initial? A 9600 fois les vingt jours, tu mesures le manque à gagner?
S'en trouvera-t-il pour déplorer qu'on N'AIT PAS utilisé leurs morceaux? Il vous plait pas, mon rap?
Je sais. Je salis tout. J'ironise à vil prix à l'encontre d'une authentique indignation humaine, je dénigre une prise de conscience collective, oubliant que jadis, ce furent ces mêmes artistes pop (que j'adulais) qui se levèrent pour dénoncer la boucherie du Viet-Nam. Que ce furent aussi les artistes qui désignèrent le scandale Sun City, au coeur du système de l'apartheid; et qui soutinrent Mandela, et ne furent peut-être pas pour rien dans sa libération finale.
Je ne devrais pas ironiser.
D'autant que tout de même! s'avaler 9600 fois en vingt jours "We are the champions" de Queen!!! Même sur TF1 les soirs de Champions' League, ils n'osent pas aller aussi loin dans l'horreur. Encore que... Si on se qualifie contre l'Eire, va savoir s'ils ne seraient pas foutus d'y penser.
... Un loup pour l'homme, je vous dis.













Les commentaires récents