Passant par hasard sur mon compte Typepad, je mesurai comme est triste la courbe de vos stats quand vous cessez un peu de publier... Arrivé au chiffre 111, je me suis senti bien seul, mais sans grande envie de passer à autre chose. Fatigue, lassitude. D'autres écrits à produire. Les uns parce qu'il faut bien vivre, les autres parce qu'il faut bien continuer à espérer... Ces jours-ci je me suis pris à imaginer un "worst of". Surement pas la série des "111 disques que j'abomine", vu que si je ne les écoute pas, ce n'est pas pour vous les infliger (vous affliger). Mais une petite salve de 12 chansons qui ont ce don de m'exaspérer dès la première note. 12 scies. De la guimauve à l'état abrupt. Du sirop. Quelques nanars français, quelques tubes adorés du reste du monde, mais par moi vomis. Ca commencera incessamment sous peu.
Peut-être même avant. Ca dépendra de mon humeur (plus con que moi, t'humeur!)
En attendant, je reviens sur ce disque des 111 qu'une actualité marketing remet sous les feux de la rampe. LA WOMAN figurait avec le dossard 29. Mon album préféré des Doors, et de loin, même si je reconnais bien des vertus aux deux premiers également. Celui-ci, m'évoque toujours cette moiteur des grands blues de nouvelle-orléans, bien qu'il ait été enregistré bien loin de la Louisiane. Chaque fois que je l'écoute, il me semble être projeté dans quelque bayou, alors que la réalité de cet enregistrement dit "mythique (dont parle magnifiquement Philippe Garnier dans le dernier R&F) se trouve à mille miles de mes imaginaires incertains.
Il se trouve que sortent ces jours ci des LA Woman par wagons. T'as le CD remasterisé. Avec version "un titre inédit".
T'as le CD version double, avec un album complet de versions alternatives. Celui qu'on m'a offert.
T'as le DVD avec les survivants qui t'expliquent en long en large et surtout de travers, comment Jim ceci et Jim cela.
Et puis s'il te reste un peu de monnaie en caisse, garde-la jusqu'au 16 mars, vu qu'on annonce pour ce jour la sortie du "LA Woman Workshop", vinyle pur fruit, avec éternuements du Lézard inédits, sans doute.
Evidemment, ce déferlement n'a pas la même saveur, selon que vous soyez moderne et de votre époque, donc pragmatiques, tout se vend tout s'achète, où est le blème? Ou vaguement passéiste et nostaljobard, un peu tristoune qu'on vous vende la vieille contreculture bab' "comme le savon à barbe", ainsi que l'avait annonçé Ferré autour de la même époque, extralucide comme d'hab.
Pour que le désespoir, même, se vende, ajoutait-il, mon vieux Léo...
Il ne reste qu'à en trouver la formule.
Tout est prêt: les capitaux... la publicité... la clientèle...
... QUI DONC INVENTERA LE DESESPOIR?
Je me suis fait offrir le CD avec ses versions inédites. Certes, ça vaut toujours le coup d'être écouté, si l'on aime les promesses inabouties, les esquisses, les brouillons. Généralement, à l'époque, les producteurs étaient pas plus cons que maintenant, ils sortaient la meilleure version du lot. Celles ici proposées n'ont donc d'intérêt qu'historique. Ce qui ne veut pas dire "aucun intérêt". Elles permettent de réentendre ce vieux Jim dans ses imperfections, ses impatiences, moins tragique, moins "shakespearien" (je ne sais pas pourquoi me vient l'adjectif, je le laisse, inspiration stupide peut-être, il m'évoque soudain le Roi Lear), plus humain.
Dans le dossier écrit par Garnier, grande plume historique de Rock & Folk, on fait parler le batteur John Densmore, qui lutte depuis des lustres contre ses ex petits camarades Manzareck et Kriegger. Cet insolent prétend qu'on laisse en paix la mémoire de Morrison, qu'on cesse de faire du pognon mortifère sur son dos. Il va, il erre, de procès en procès, tentant d'empêcher ses désormais adversaires de jouer sous le nom de The Doors. Il essaie de laisser une part de l'éthique d'époque intacte. Celle donc, de la "contre culture", qui comme tout, se fait tôt ou tard avaler par l'hydre insatiable du market' à trois têtes. On sait ça par coeur, Lennon vend des Tampax et des Citroen, Townshend vend les morceaux de Who's next comme génériques de séries (Baba O'Riley, c'est désormais la musique du générique des Experts, comme le Boléro de Ravel a été écrit pour les AGF). Hendrix finira en musique de spot pour un patch anti tabac, et Janis Joplin bientôt vantera les mérites d'une complémentaire santé. Disponible aussi en option "dépendance".
Fuck that life.

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