Donc, c'est une chose entendue, j'aime parler musique. Disques, beaucoup plus que "concerts". Transmettre des émotions, des coups de coeur. C'est un truc que je faisais en radio, jadis, c'est là que le virus m'a pris. Avec les blogs, j'ai retrouvé cette vibration, via "RadioResse", blog qui me prenait un temps fou, une note par jour, et à l'époque mon p'tit gars, le téléchargement d'un mp3, son insertion dans la fenètre de texte, te prenait la demi-heure au bas mot. De quoi y couler sa barraque (barraque au bas mot. Blague).
Ici j'illustre mes notes de mises en connections des idées et chansons, musiques, etc. Pour beaucoup d'entre nous, la musique n'a pas tant d'importance que cela dans le quotidien. On écoute, on achète, on range. Pour ce qui est de moi, je peux rester des jours sans écouter de musique, mais j'ai toujours une chanson dans la tête, ou des paroles qui me traversent l'esprit. Pas toujours pour le meilleur. Avant-hier, j'ai été poursuivi par le dernier navet de Yannick Noah. C'est dire si l'on est parfois mis à contribution. Je ne suis pas comme Jacques Chirac qui dit "préférer une heure de mauvaise musique, à deux heures de bonne". Je préfèrerais perdre l'ouie, comme disait Armstrong, que de n'avoir plus jamais que les albums de Noah à écouter. L'horreur a ses limites.
Pourquoi l'idée de 100 disques qui m'ont marqué à vie? C'est une vieille lune de tout rock critic. Manoeuvre déroule ce fil d'Ariane depuis des lustres dans R&F. Et quand ils interviewent un zouave, c'est souvent pour lui demander "quels sont ses disques A LUI". Ceux qui l'ont frappé. Le premier acheté (ou volé?) le premier qui vous fit pleurer, celui de vos 20 ans, celui de vos 50, etc...
Après tout pourquoi ne pas céder moi aussi à cette monomanie sans conséquence? Avec le sieur Dubuc, esthète rock empathique (et sympathique) nous échangeons depuis des semaines autour d'un jeu dérivé du classique "Stones ou Beatles?" On doit en être aux 150ème échanges, et ce matin, nous évoquions Stephen Stills (et ses acolytes Nash, Crosby, Young).
Stephen Stills est un fieffé guitariste. A mes oreilles un des meilleurs. C'est une VOIX aussi. Son timbre éminement reconnaissable. Comme nul n'est parfait, il a un temps épousé Véronique Samson, ce qui dit assez la fragilité de notre humaine condition.
Stills, en 1972, regroupe autour de lui quelques musiciens férus de ce qu'on appelait le "country rock", des gens qui sous l'inspiration du trop vite parti Graham Parsons, inventent une synthèse entre pop-rock moderne, et country (ou blues) traditionnel. Ce genre, comme bien d'autres, a produit des abominations. Mais aussi quelques chefs d'oeuvre, dont les albums de Graham Parsons déjà cité, ceux des Flyning Burrito Brothers ou des Byrds dernière mouture. J'aime assez Poco, aussi.
Celui-ci, donc est pour moi le meilleur de ce genre. Il a pour nom Manassas, comme cette ville de Viriginie qui fut le théâtre d'une bataille de la guerre de secession.
Voilà bientôt 40 ans, bordel, que ce disque a été enregistré. Ce calcul suffit à me trouer le coeur. Je me souviens de qui me l'a offert, des circonstances, de la première écoute. Je me souviens de l'incroyable variété des morceaux qui le composent, tour à tour rock, pop, country, blues, traditionnel, où s'intercalent des solis audacieux. Stephen Stills y conduit le groupe avec une maitrise des compositions et une qualité de chant stupéfiantes. Dans cette promenade au coeur de ma discothèque intime, il ne tient ni le numéro 1 ni le 100, car je ne vais pas vous faire le coup du "classement". Je lui trouve en tous cas cette qualité rare: indémodable. Comme le blues. Intemporel, si vous préférez.
Donc, grand merci à Dubuc de m'avoir ainsi aiguillonné vers une nouvelle rubrique. En deux titres, parmi la vingtaine qui composaient ce "double" album, du temps qu'on causait vinyle... Et croyez-moi, ce n'est pas facile de faire un choix, tant cet album vaut pour son ensemble, et la qualité stupéfiante de CHAQUE morceau. Ce dernier qualificatif sans perfidie particulière à l'encontre de cet indécrottable "officier de narine", qu'a longtemps été Mossieur Stills.