Donc, Samedi et Mercredi (et peut-être allons-nous passer à un jour sur deux, j'hésite), invitation à rôder dans la discothèque de Mossieur Resse à la recherche des 100 disques qui l'ont marqué à vie, série commencé ici samedi dernier.
Nécessairement, il va y avoir beaucoup d'albums TRES connus. Des incunables, incontournables, inoubliables, indispensables indélogeables. Mais aussi quelques uns moins attendus peut-être. Pas forcément "les plus grands disques" tels que prétendent l'affirmer les journaleux spécialisés, en faisant mine d'objectivité, ce qui est un contresens évident, tout n'étant dans ce registre qu'affaire de choix, parti pris, et pourquoi non, mauvaise foi. Disons les 100 qui me sont indissociables...
Ah oui, et j'ai oublié ceci: il n'y aura pas que du ROCK. Attendez vous à des incursions coté indien, gipsy, jazz vocal, celte, soufi. Et si je trouve une solution, quelques perles classiques "aussi".
Ai-je déjà raconté, ici ou ailleurs, comment je me fis éjecter du fameux magasin temple rock Open Market, par son éminent proprio Marc Zermati (producteur, label manager, vendeur de skeuds plus ou moins officiels, organisateur de concerts, et conscience de la rock culture french way. Un CV comme un roman).
Il avait dans ces bacs cet album pirate de Lou Reed, intitulé Rock n Roll Animal, et je lui demande si c'est bien celui "qui vient de sortir" (qui portait le même nom). Va acheter tes disques à la FNAC, petit con, qu'il me répond, Marc! Quelques années plus tard, je le recroiserais, en radio, à travers des promos d'artistes (c'est qu'il a -entre autres- produit les Dogs, ce monsieur)... et même, hmmmm, nous sommes amis Facebook...
Rock n Roll Animal raconte la période dite "junkie" de Lou Reed. Ses entrées titubantes sur scène, maquillé tel un trav retour du taf' au petit matin, mimant durant "Heroin", -morceau de bravoure de l'époque-, le tout méchant shoot assassin. Tout en lui était noir, du falzar de cuir aux lunettes, du zonblou à la vision du monde aussi joyeuse qu'une descente de fix au fond d'un caniveau. Du moins, ce que j'en imagine. Je ne suis pas comme certains rock critics de la place, qui vous jouent la sonnerie aux morts à la seringue. Dieu merci, j'ai jamais touché à ces merdes-là.
Pour en revenir à mon Lou, ses chansons puaient la mort à dix pas. Il avait sorti peu avant, cet album intitulé Berlin, une merveille, aux perspectives plus sombres que votre prochain contrôle fiscal.
Dieu sait combien de fois j'ai écouté ce disque public avec l'impression d'entrer par la grande porte dans l'enfer de Dante. Même si je ne l'avais pas lu.
Les deux guitaristes Dick Wagner et Steve Hunter se renvoyaient la balle avec une débauche d'effets wah wah qui m'allaient bien, Zappa étant déjà à cette époque mon guitariste préféré. Et les virtuoses de la guitare me faisant alors baver plus que de raison.
L'ensemble préfigure évidemment l'esthétique punk, emphase, lyrisme, démesure en plus. Certains pensent aujourd'hui qu'il s'agit d'un disque surfait, surjoué, surestimé. Je continue de lui vouer une tendresse particulière. En tout adolescent existe une dimension suicidaire. Et cet album-là, son ambiance faussement incitatrice, en réalité théatralisée, m'a peut-être sauvé d'un passage à l'acte, dans ces périodes où l'on fait assez facilement n'importe quoi... Ca tombe bien, car Lou Reed est aujourd'hui un vieux monsieur apparemment tranquille, que l'overdose, tant mieux, n'a jamais rattrapé... Restent ces guitares. Bavardes, diront certains. Envahissantes? Pas mon avis. Une sonorité d'époque, mon pote. Ne pas chercher plus loin.
